Covid-19 : Comment la CFDT de GTM Bâtiment Aquitaine construit la reprise

Publié le 14/05/2020

La sécurité sanitaire des salariés est la condition de reprise des chantiers dans cette filiale du groupe Vinci. Un enjeu dont s’est emparée la section CFDT ultra majoritaire.

Le lendemain de l’annonce du confinement, nous avons demandé aux représentants du personnel de se rendre sur tous les chantiers pour les stopper », explique Antonio Gonçalvès, délégué syndical de GTM Bâtiment Aquitaine, filiale de Vinci Construction France qui emploie 600 salariés et où la CFDT a remporté 97 % des voix aux dernières élections. « Nous n’avons pas rencontré de difficultés avec les encadrants qui étaient pour la plupart d’accord avec cette décision », précise le délégué syndical. Une fois les chantiers à l’arrêt, un flou subsiste quelque temps sur la situation des salariés. Les directives ne sont pas claires en ce début de confinement. Le gouvernement considère que le BTP doit continuer de tourner. Les dossiers d’activité partielle des entreprises du BTP sont refusés par les Direccte. À cela s’ajoutent les déclarations de la ministre du Travail qui qualifie de « défaitistes » les entreprises du secteur, suscitant un malaise dans la profession. « Nous avons eu l’impression que l’on prenait les gens du bâtiment pour des fainéants !» s’indigne Antonio Gonçalvès. Cette situation confuse finit par se clarifier quand le chômage partiel est enfin accordé au secteur du BTP, qui peut ainsi s’organiser en vue de la reprise de l’activité.

Un accord télétravail qui tombe à pic

Heureuse coïncidence, un accord télétravail venait tout juste d’être négocié chez GTM quand le confinement a été déclaré. « Au départ, la direction n’en voulait pas ! » se souvient Antonio. Les administratifs du siège social à Bordeaux, les salariés des agences d’Anglet, de La Rochelle, de Pauillac et de Limoges représentent environ 40 % de l’effectif de l’entreprise. Ces salariés ont pu rapidement basculer en télétravail dès la mi-mars. L’accord prévoit l’attribution de matériel informatique, de smartphones, d’un abonnement Internet ou, pour ceux qui ne souhaitent pas être équipés d’un téléphone professionnel, d’une indemnité forfaitaire qui couvre une partie de leur abonnement personnel. Une prime compense la suppression de l’indemnité de panier repas. Un accord aujourd’hui apprécié de tous, salariés et employeur.

Un guide de préconisations de sécurité sanitaire, élaboré par l’Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP) est publié le 2 avril après de nombreux allers et retours entre les ministères du Travail, de l’Environnement, de la Santé et les fédérations patronales. La FNCB CFDT a dû s’imposer dans la discussion pour apporter des améliorations au texte. S’il ne correspond pas exactement à ce que la fédération aurait souhaité, le guide a le mérite d’exister et de poser un cadre négociable au niveau de chaque entreprise. C’est l’usage qui en a été fait chez GTM Bâtiment Aquitaine. « Nous avons travaillé à partir des préconisations du guide et de notre expérience du terrain pour élaborer un document présenté au comité de santé et de sécurité et des conditions de travail (CSSCT) le 14 avril», explique le délégué syndical. Un représentant de la Direccte, de l’OPPBTP et le médecin du travail ont participé à cette présentation animée. « Quelques-unes de nos propositions n’ont pas pu aboutir, regrette le délégué syndical. Nous aurions souhaité un temps de travail réduit à 5 ou 6 heures pour mieux étaler la présence des salariés, cela nous a été refusé par la direction.» Pendant cette période incertaine, les élus du CSE informent en continu les salariés. Finalement, un compromis est trouvé. « Notre crainte était que les chantiers redémarrent sans que les mesures soient discutées », remarque Antonio, qui liste les points positifs obtenus : contrôle de la température, non obligatoire, mise à disposition de masques FFP2 ou FFP3, réaménagement des bases vie, qui regroupent les sanitaires, les vestiaires et les réfectoires dans des Algeco supplémentaires, régulation de la circulation, pause toutes les deux heures. De plus, et c’est sans doute le plus important, les ouvriers reprendront le travail sur la base du volontariat, même après la fin de la période de confinement prévue le 11 mai. « La direction s’est engagée à ce qu’il n’y ait ni pression, ni sanction, souligne le délégué syndical. Nos interlocuteurs sont conscients des risques et soucieux de la santé des salariés. Si un cas de Covid se déclare sur un chantier, nous le fermerons.»

Une recapitalisation envisagée

Autant d’éléments rassurants pour les compagnons, dont certains ont déjà repris le travail en effectifs réduits sur deux premiers chantiers pilotes, la construction d’un chai pour un château du Bordelais situé à Saint-Émilion et la rénovation d’un village du Club Med à Royan. « Ces chantiers ont été choisis parce que ces clients ont été les premiers à accepter le surcoût représenté par les mesures de protection »,  souligne Antonio. Une note alourdie est en effet l’un des freins à la reprise d’activité. Les donneurs d’ordre, collectivités locales, particuliers, promoteurs immobiliers ne souhaitent pas assumer les frais générés par la crise sanitaire.

Le risque économique lié à la baisse d’activité est réel et pèse dans les arbitrages. Le sujet n’a pas encore été évoqué en réunion de CSE mais il sera sans doute bientôt d’actualité. « La perte de chiffre d’affaires est probablement de l’ordre de 10 %, estime Antonio. Une recapitalisation de l’entreprise est à envisager.» GTM Bâtiment Aquitaine est le seul acteur de la construction dans la région pour le groupe Vinci. Un argument qui pourrait jouer en sa faveur.

mnetchaninoff@cfdt.fr