Covid-19 : Colère dans le BTP

Publié le 20/03/2020

Gestion de crise houleuse dans le BTP. L’injonction des ministres du Travail et de l’Economie à poursuivre l’activité coûte que coûte n’est pas passée. Devant la bronca des syndicats et des fédérations patronales, le gouvernement semble vouloir trouver une sortie de crise.

Covid WebCes derniers jours ont été marqués par la colère et l’incompréhension dans le BTP, aussi bien du côté des fédérations patronales que des organisations syndicales. En cause, les déclarations des ministres du Travail et de l’Economie, qui voulaient exclure le BTP du dispositif exceptionnel de chômage partiel. Lors d’un passage sur LCI le 18 mars Muriel Pénicaud a accusé de « défaitisme » et de « manque de civisme » les entreprises qui stoppent les chantiers. Vive réaction de la Capeb, syndicat patronal de l’artisanat du bâtiment qui dénonce dans un communiqué « le chantage exercé par les Direccte sur les entreprises » ces derniers temps et exige un arrêt des chantiers pendant 10 jours, le temps pour le secteur de s’organiser. La fédération nationale Construction-Bois (FNCB-CFDT) appelait dans un communiqué « le gouvernement, notamment les ministres de l’Economie et du Travail à faire une clarification rapide des priorités et de la prise en charge des secteurs de la construction dans les dispositifs gouvernementaux de crise. »

« Entre le message du président qui dit « Nous sommes en guerre, restez chez vous » et les pressions exercées par les ministres sur les entreprises pour qu’elles poursuivent leur activité, l’incohérence est totale ! » s’agace Rui Portal, secrétaire général de FNCB-CFDT.  Depuis l’annonce de la généralisation du confinement, la plus grande confusion règne dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, notamment sur les chantiers, qui s’arrêtent les uns après les autres faute d’approvisionnement, sur décision des élus locaux, ou parce que les salariés craignent pour leur santé et font jouer leur droit de retrait. La situation se complique du fait de l’intervention sur un même chantier de plusieurs entreprises représentant les différents corps de métier. « Il y a une angoisse qui monte chez les salariés sur la plupart des sites car les mesures de protection ne sont pas appliquées, » souligne le secrétaire général de la FNCB. Ni gel, ni masque, ni mise en œuvre des règles de distanciation pour les ouvriers du BTP qui se sentent déconsidérés. « Ils ont le sentiment d’être traités comme de la chair à canon, lance Rui Portal. Il est irréaliste de dire qu’une distance d’un mètre peut être respectée entre les personnes, il suffit de voir des ouvriers des travaux publics poser des bordures de trottoir pour s’en rendre compte. Comment maintenir une distance dans un Algeco ? Ou quand on se déplace à 5 dans une fourgonnette ? Les entreprises de négoce de matériaux ont pour la plupart fermé leurs magasins, les cimentiers ont arrêté les fours, et aujourd’hui, ces entreprises sont enjointes à redémarrer l’activité et à faire revenir les salariés. »

La situation est gérée différemment selon les entreprises. « Chez Vinci, groupes constitués d’une multitude de petites entreprises, la gestion de la crise est renvoyée au niveau local, les décisions sont prises par les chefs d’exploitations, explique Rui. C’est plus centralisé chez Eiffage. » Dans les entreprises où le dialogue social est structuré, la situation est moins chaotique. Chez le constructeur Engie Ineo, un plan de continuité d’activité a été discuté avec les délégués syndicaux centraux et approuvé, la direction s’est engagée à faire un point deux fois par semaine avec les membres du comité social et économique sur l’évolution de la situation et le passage éventuel en activité partielle.  « La mise en place d’un plan de continuité d’activité ou la reprise de l’activité doivent absolument se négocier sur la base d’une évaluation des risques sanitaires, si le respect des consignes données à tous les citoyens ne sont pas respectées, nous comprenons que les salariés exercent leur droit de retrait,» insiste Rui Portal.

Ce besoin de clarification exprimé autant côté syndical que patronal semblait avoir été entendu par le gouvernement vendredi 20 mars. « Dans le cadre du dialogue social, nous devons définir un protocole déterminant les conditions d’ouverture et de fermeture des chantiers, dans les 24 ou 48 heures, » indiquait le ministre de l’Economie sur LCI, précisant que les entreprises du secteur pourraient accéder au chômage partiel. La FNCB compte prendre toute sa part dans les discussions à venir.

mneltchaninoff@cfdt.fr