Covid-19 : Chez Carrefour, “personne n’a envie d’être à la place de nos salariés”

Publié le 03/04/2020

Sylvain Macé, délégué national de la CFDT Carrefour, fait le point sur la situation des salariés de l’entreprise. Elle s’est améliorée mais pourrait l’être encore davantage. Interview.

Covid WebComment les salariés de Carrefour vivent-ils cette crise sanitaire ?

Il y a eu plusieurs phases. Le lundi 16 mars, un flux exceptionnel de clients a créé un climat très anxiogène dû à une mauvaise gestion de ce flux, sans régulation, sans filtrage, et avec juste un peu de gel mais pas gants ni de masques pour les salariés. A certains endroits, on a assisté à des crises de panique. Nous avons réclamé des protections avec des plexiglas, des gants qui ont été mises en place dans le courant de la semaine. Les principales difficultés ont porté sur la gestion du flux des clients. Dans certains magasins, les délégués CFDT ont participé directement à cette gestion et continuent. Heureusement qu’ils sont là pour protéger les salariés ! Depuis mardi 31 mars, les masques sont arrivés, ce qui a rassuré. Mais l’ambiance reste très anxiogène. Il faut se mettre à la place des assistantes de caisse qui, malgré le plexiglas, sont à 50 centimètres de tous ces clients. Clients qui pour certains sont parfois stressés, pas aimables et pour d’autres non respectueux des consignes. Les salariés sont agacés de voir des familles entières venir faire les courses, ou des individus revenir quatre fois dans la journée. Notre règle, c’est un charriot, un client et une gestion du flux client. Bref, la situation reste très anxiogène et personne n’a envie d’être à la place de ces salariés. Ils ont peur d’être contaminés mais aussi de contaminer leurs proches.

Y a-t-il beaucoup de malades parmi les salariés ?

Autant nous avons eu un bon dialogue social sur la mise en place des mesures, autant il est mauvais sur la visibilité de la maladie. La direction refuse de nous communiquer les chiffres de la cellule de crise. C’est très difficile de s’avancer dans ce domaine. L’absentéisme oscille entre 20 et 25 % soit 5 à 10 points de plus qu’en temps normal. Cela signifie qu’environ 15 % sont liés au Covid-19. Mais attention, ce ne sont pas tous des malades. Cela prend en compte les arrêts maladie pour garde d’enfants, le stress, la suspicion de maladie avec la quarantaine et les malades. Les retours que nous avons font état d’une moyenne de 2 à 3 malades par magasin.

En dehors de la stricte application des régles, quelles mesures a proposées la CFDT ?

covid CarrefourNous avons demandé une réduction de l’amplitude horaire d’ouverture. La direction nous a entendu. Les hypers et les supermarchés ferment désormais à 19 h au lieu de 21 h. La CFDT pense qu’on peut aller au-delà, jusqu’à 18 h. La clientèle est nombreuse le matin et beaucoup moindre l’après-midi. Nous avons demandé et obtenu la fermeture les dimanches 29 mars et 5 avril. En revanche, la direction veut ouvrir le dimanche et le lundi de Pâques. Nous y sommes opposés. Le problème, c’est que Carrefour est seul sur ces décisions, les autres enseignes ouvrent. Nous avons lancé le slogan « Pendant l’état d’urgence, pas de concurrence ». Il connait un grand succès sur les réseaux sociaux. Nous avons également proposé une réorganisation du travail comme la mise en rayon avant l’arrivée des clients et la fermeture du rayon lorsqu’il est ré-achalandé dans la journée. Enfin, nous réclamions depuis plusieurs années le non versement des dividendes aux actionnaires dans les périodes de plans sociaux. A fortiori, nous maintenons cette revendication en période d’état d’urgence. La direction a annulé une réunion avec le CSE sur la mise en chômage partiel. Est-ce lié au fait que le gouvernement a annoncé que les entreprises ne pourront verser de dividendes dans les entreprises si elles utilisent le dispositif de chômage partiel ?

Comment les salariés ont-ils accueilli la prime de 1000 euros ?

C’est une décision unilatérale de la direction qui a suivi celle d’Auchan. En l’absence de critères connus, et présentée comme une prime de risque, j’y vois un facteur de division entre les salariés qui étaient là avant le confinement, pendant et seront là après. Vus le niveau des rémunérations dans notre branche, les salariés ne sont pas payés pour mourir. Il faudrait mieux, en écoutant les organisations syndicales, parler d’une prime pour l’année 2020 qui prendrait en compte les efforts réels de chacun avant pendant et après la crise car il y aura besoin de salariés pour la reprise.

Que penses-tu de la plainte de la CGT contre le Carrefour de Saint-Denis ?

Je ne connais pas la situation précise dans ce magasin et je ne critique pas la CGT sur cette question. Ce qui est sûr c’est que là où les directions de magasin ne protègeront pas les salariés, nous n’excluons pas d’agir en justice. Cela dit, la plupart des directions respectent les règles, les établissements où ce n’est pas le cas ne sont pas majoritaires… mais encore trop nombreux.

Propos recueillis par dblain@.cfdt.fr