Covid-19 : “Autour de Mulhouse, les hôpitaux de la région sont arrivés à saturation”

Publié le 20/03/2020

Alors que la ville de Mulhouse est l’un des principaux foyers du COVID 19 en France, Bertrand Brand, secrétaire général du syndicat CFDT Santé-Sociaux du Haut-Rhin témoigne de l’ampleur de la crise sanitaire dans le département.  

Comment l’hôpital de Mulhouse fait-il face à l’afflux de patients ?

L’établissement est saturé depuis une semaine. Certaines nuits, il accueille jusqu’à 200 patients, tous atteints par le coronavirus. L’hôpital est débordé. Et ce ne guère mieux dans les établissements voisins. L’hôpital de Colmar, à 45 kilomètres, est dans le même état. Les patients sont, jusqu’à maintenant, transférés à Nancy et à Strasbourg, mais eux aussi arrivent à la limite. Ils disent stop. Les lits se trouvent désormais en dehors de la région, à Belfort, à Besançon… Le Haut-Rhin est l’Italie de la France. Malheureusement, nous ne sommes pas encore au pic de l’épidémie.

Un hôpital militaire de campagne va être installé prochainement.

Ce sera toujours ça en plus. Mais probablement pas suffisant. Les choses vont tellement vite. On court après le virus. Il a une longueur d’avance sur nous. A Mulhouse, l’afflux est tel que nous utilisons, en une journée, deux fois plus de matériel que ce que nos stocks le permettent. Je ne sais pas combien de temps encore nous allons pouvoir tenir. Et si ce n’était que ça… Il y a énormément de décès. La situation est très compliquée pour les soignants.  

Un accompagnement spécifique a été mis en place ?

Nous avons obtenu la création d’une cellule psychologique. Les personnels sont en grande détresse. La solitude des malades est humainement très éprouvante pour eux. Les personnes qu’ils voient mourir ne sont pas accompagnées par leur famille. Elles partent seules. Mais malgré leur souffrance, malgré leur fatigue, malgré leur stress, les soignants ne se plaignent pas. Ils font preuve d’abnégation. Ils reviennent jour après jour et continuent de faire leur travail du mieux qu’ils le peuvent. Ce n’est pas seulement l’hôpital qui souffre. Tous les professionnels du social, du médico-sociale et du maintien à domicile sont débordés. Ils manquent cruellement de matériel et d’accompagnement. Ils sont en danger. Enfin, je veux aussi saluer tous les militants qui sont retournés dans les services pour prêter main forte à leurs collègues.

Quels messages les soignants mulhousiens veulent-ils faire passer ? 

Deux essentiellement. Le premier, restez chez vous. C’est vital. Le second, c’est anticiper avant qu’il ne soit trop tard ! J’ai pu échanger avec plusieurs secrétaires de syndicats de différents territoires. Je leur dis que c’est maintenant qu’ils doivent se préparer, qu’ils doivent échanger avec leur direction et mettre en place tous les mesures nécessaires. Il n’y a pas de temps à perdre. Sinon le drame que nous vivons actuellement se répétera ailleurs…

Propos recueillis par glefevre@cfdt.fr

Photo AFP