Covid-19 : Une reprise en douceur et concertée chez Toyota à Valenciennes

Publié le 06/05/2020

Depuis le 24 avril, les 4 500 salariés de Toyota retrouvent progressivement leur usine pour une période d'adaptation afin de vérifier que la reprise puisse se faire dans des conditions de sécurité optimales. Les militants CFDT y veillent !

La nouvelle n’est pas passée inaperçue. En plein confinement, l’usine Toyota de Valenciennes, seul site industriel en France du constructeur japonais, a rouvert ses portes et annonce vouloir reprendre la production de la Yaris au plus vite. Alors que les usines Renault et Peugeot sont toujours à l’arrêt, l’expérience est scrutée par toute la filière automobile. « Nous n’avons pas encore réellement repris, tient d’emblée à préciser la CFDT, première organisation syndicale avec 43 % des voix aux dernières élections. Il s’agit d’un test grandeur nature pour constater s'il est possible de relancer la production dans le respect de toutes les consignes sanitaires. L’idée est de faire venir par roulement l’ensemble des salariés à leur poste pour qu’ils puissent constater par eux-mêmes des dispositions qui ont -  été prises et faire des propositions d’aménagement. Ce sont eux qui, in fine, sont les mieux placés pour savoir si la sécurité est optimale. »

Distribution des consignes sanitaires

Soucieux que cette première rentrée se passe le mieux possible vu l’enjeu, la direction comme l’ensemble des organisations syndicales (à l’exception de la CGT qui refuse toute reprise) sont sur le pont. Dès 6 h 30 du matin (il n’y a qu’une équipe de jour pour le moment au lieu de trois équipes habituellement), le directeur de l’usine et les principaux cadres sont là pour accueillir les 1 500 salariés qui s’apprêtent à rejoindre les ateliers.

Sous les tentes récemment installées, des salariés volontaires donnent les directives sanitaires à leurs collègues dont c’est le premier jour : port du masque obligatoire en sortant de la voiture et pendant toute la journée de travail (celui-ci est changé toutes les quatre heures), distance de sécurité, obligation d’amener son repas… Les élus du personnel sont là également pour vérifier la fluidité des circulations et prendre le pouls de l’usine. Leur présence est primordiale d’autant qu’ils ont signé le protocole de reprise et comptent bien vérifier que toutes les mesures sanitaires sont appliquées. « Pour l’instant, nous n’avons pas de retours négatifs, constate le délégué syndical CFDT, Thomas Mercier. Les gens sont plutôt contents de reprendre et constatent le sérieux des mesures prises. »

À l’intérieur de l’usine, l’ambiance n’a rien à voir avec l’effervescence habituelle. À leur poste, les opérateurs s’ennuieraient presque entre deux arrêts de la chaîne pour réglage. Alors, ils en profitent pour prendre des nouvelles de leurs collègues après ces semaines de confinement. Il n’y a pas de sentiment de crainte visible. « On est mieux protégé que quand on va au supermarché », s’amuse une opératrice. Seule la visière en plastique qui s’ajoute aux masques sur certains postes semble agacer. Très vite, la buée gêne les opérations. « Là, ça va, car la chaîne ne se met en route que de temps en temps, mais ça va être l’enfer en cadence normale », s’inquiète l’un d’eux. Au moment de la pause, les nouvelles règles semblent être aussi assimilées  Les salariés mangent plus éloignés les uns des autres, soit dehors, soit sur des tables installées près de leur poste. Les cantines et salles de repos ont en effet toutes étaient fermées, tout comme les coins café où les machines ont été mises hors service pour éviter les rassemblements.

Des salariés sereins

Dans les bureaux qui surplombent les ateliers, l’ambiance est tout aussi calme. Des parois de plexi ont été montées entre les postes de travail par des salariés en interne. Aucune inquiétude apparente non plus… « La difficulté va être de faire respecter ces règles dans la durée et avec une activité normale, analyse Thomas Mercier, qui juge cette période d’adaptation indispensable avant d’imaginer une vraie reprise. « Il faut rassurer les salariés, leur permettre de prendre leur marque et leur donner la parole avant d’imaginer la suite. » Pour la CFDT de Toyota, cette crise est l’illustration même de l’intérêt de tout le travail mené ces dernières années sur la qualité de vie au travail et la prise en compte de l’expression des salariés. Cette culture qui s’est imposée progressivement dans l’usine permet aujourd’hui de réfléchir sereinement à la reprise dans un contexte pourtant très compliqué. « À l’exception de la CGT, toutes les organisations syndicales font bloc, explique-t-il. Et avec la direction, nous avons un dialogue franc et direct. Chaque jour, nous faisons le point de la journée pour ajuster le tir si nécessaire. Il faut se donner du temps. »

Des projets pour la suite

 Côté direction, le sentiment de vivre un moment crucial est tout aussi palpable. Le directeur ne cache pas son enthousiasme de voir la chaîne redémarre même si on est encore loin d’un fonctionnement normal. « Nous avons encore 20 000 véhicules à produire qui sont déjà commandés, explique le directeur du site, Luciano Biondo. Puis nous sortons un nouveau modèle. Je ne doute pas que nous serons opérationnels très vite et que nous serons en mesure de livrer nos clients qui ont déjà beaucoup attendu. » Signe des temps, alors que les ouvriers retrouvaient le chemin de l’usine ce jour-là, la Yaris Cross – le fameux nouveau modèle qui sortira prochainement de ces lignes d’assemblage – était présentée à la presse en visio-conférence, confinement oblige.

jcitron@cfdt.fr 

photo © Vincent Jarousseau