Conseil départemental de Seine-Saint-Denis : L’atout de la proximité

Publié le 21/08/2018

Au Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, le travail de terrain auprès des agents a permis de remonter la section et de faire revivre la CFDT. Malgré une concurrence syndicale très vive.

C’est l’histoire d’une renaissance. « On est repartis de rien après de lourdes pertes en 2003 », se souvient Jean-Marc Pacor, ancien secrétaire de la section du Conseil départemental 93 (CD 93) et désormais secrétaire général adjoint du Syndicat Interco 93. Lorsqu’il reprend la section, en 2012, celle-ci vivote depuis quelques années avec une dizaine d’adhérents. Dans un contexte de très forte concurrence syndicale, avec la présence de sept organisations syndicales et une CGT majoritaire et agressive, la tâche n’est pas simple. Pour relancer le développement et redonner à la CFDT toute sa place, il mise sur un travail de terrain auprès des agents, avec une première action emblématique auprès des personnels de catégorie C. À l’époque, quelque 90 agents du conseil départemental avaient passé un examen professionnel pour obtenir le grade de rédacteur. Sauf qu’ensuite leur situation n’a pas du tout évolué. « Nous avons décidé de taper du poing sur la table, de mobiliser et faire grève pour que ces agents, qui étaient en attente d’une nomination, puissent obtenir un poste correspondant aux compétences reconnues par l’examen. Ce qui a été fait. Cela a largement contribué à nous faire connaître », explique Jean-Marc. Forts de cette expérience, les militants actifs de la section décident de cibler certains secteurs par du travail de proximité, « là où l’on estime qu’il y a une carence d’accompagnement syndical, mais aussi là où l’on considère qu’il y a du potentiel de développement, comme dans les collèges, secteur jusqu’alors investi par FO ».

“Nous sommes efficaces, et ça se sait !”

     

Cibler des secteurs
En cherchant des secteurs avec de forts potentiels de développement ou en carence d’accompagnement syndical, la section du CD 93 s’est rapidement fait connaître dans les collèges du département. Pour cela, elle s’est tournée vers une militante présente au sein de l’équipe mobile de remplacement. Un atout maître quand il s’agit de déceler d’éventuels problèmes dans les établissements et mettre de l’huile dans les rouages.

Écouter, informer et accompagner
Le mercredi matin, lors des réunions d’information dans les collèges, comme le jeudi matin dans les permanences handicap, les agents savent qu’ils vont pouvoir bénéficier d’un accompagnement personnalisé par des militants experts du dossier. « Pour cela, il faut accepter de sortir de son bureau », note Meddi.

Prévenir la désinsertion professionnelle
Une attention spéciale est portée à la prévention de la désinsertion professionnelle. La CFDT, par le biais du CHSCT, a obtenu l’intervention d’un ergonome qui a étudié les situations où l’aménagement du poste ou le reclassement étaient nécessaires.

     

Dans les 125 collèges que compte le département de Seine-Saint-Denis, la CFDT fait une percée remarquée grâce à l’infatigable énergie de Gisèle Roussy. Adhérente depuis 2013, cette jeune femme pétulante est rapidement devenue incontournable dans la section. Son métier d’agent d’accueil et d’entretien dans l’équipe mobile de remplacement (sur un secteur qui couvre 32 collèges) lui permet de tirer au mieux parti de cette position de vigie itinérante. « Cela me donne la chance d’aller partout, de pouvoir repérer un souci dans un établissement. Désormais, je connais presque tous les agents ! », dit-elle sans fausse modestie. Partout, elle utilise la même méthode : écouter les agents et faire de la médiation, meilleur moyen de mettre de l’huile dans les rouages et de trouver des solutions avec les agents. Et ça marche ! Comme lorsqu’il s’agit de faire réparer le monte-charge d’une cantine scolaire (située à l’étage), en panne depuis plusieurs mois. « Chaque jour, les agents de ce collège aidaient le cuisinier, bientôt à la retraite, à porter des denrées à réchauffer, en passant par un escalier en colimaçon. » Très attentive aux conditions de travail des agents, elle doit souvent rappeler le droit. « On se retrouve souvent dans des situations ubuesques où, par manque de personnels, des agents se retrouvent à faire la cuisine alors qu’ils n’y sont pas habilités. » Avec d’autres membres de la section, elle anime également des réunions d’information hebdomadaires, le mercredi matin, sur l’ensemble des 125 collèges du département. « Au départ, on appelait le gestionnaire pour avoir les autorisations. Maintenant, on nous sollicite. Nous sommes efficaces, et ça se sait », note Meddi Ait Ouakli, le secrétaire de la section. « Et tout le monde a mon portable », ajoute Gisèle, qui tient à cette disponibilité auprès des agents afin qu’ils puissent l’interpeller en cas de besoin.

Le défi relevé du maintien dans l’emploi

Au conseil départemental, la CFDT s’est aussi appuyée sur l’expertise de certains de ses militants en matière de prévention, de santé au travail et de handicap pour se faire connaître. C’est le cas de Meddi, instructeur handicap à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées), l’une des structures composant le conseil départemental. À force de voir ses collègues agents du CD 93 aux prises avec des questions d’inaptitude s’adresser à lui pour des conseils, il persuade la section de l’opportunité d’ouvrir une permanence hebdomadaire dédiée au maintien dans l’emploi. Animée par Béatrice Albufera, assistante sociale et évaluatrice handicap à la MDPH, elle ne désemplit pas. Là, les agents bénéficient d’une écoute bienveillante et d’un accompagnement personnalisé pour monter un dossier de demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ou simplement remettre à plat un dossier mal ficelé pour pouvoir obtenir les prestations auxquelles ils ont droit. « On les aide à faire les bonnes démarches », précise Béatrice. Cet espace d’accueil permet en outre aux militants de repérer des situations nécessitant de faire intervenir telle ou telle instance. « Par le biais du CHSCT, nous avons récemment demandé et obtenu l’intervention d’un ergonome, indique Meddi. Cette action de proximité nous pousse également à étudier des aménagements des postes de travail possibles pour réduire les facteurs de pénibilité au travail (charges moins lourdes, limitation du port de charges, etc.). Voire proposer des solutions de reclassement. »

La perspective des élections de décembre 2018

L’expertise de ces militants, tout spécifiquement sur la question du handicap, est en tout cas désormais reconnue. La section voudrait aller plus loin et structurer un « réseau CFDT, régional ou national, entre les MDPH. Nous avons un temps d’avance sur les autres organisations syndicales sur ce sujet. Autant en faire profiter le reste de l’organisation », explique Meddi. À force de volontarisme, le travail des militants et les actions de proximité au plus près des besoins des agents ont payé. « On compte aujourd’hui 140 adhérents et on a consolidé notre présence dans les instances avec un premier siège au comité technique obtenu aux élections de 2014 », indique Meddi Ait Ouakli. Présents sur de nombreux fronts, les militants de la section voient aussi se rapprocher l’échéance des élections de décembre. Confiants, ils comptent bien « mettre le paquet pour gagner au moins un siège supplémentaire au comité technique ». Et ainsi rendre la CFDT encore plus efficace localement.

epirat@cfdt.fr 

photo © DR 

     

Repères

• Le conseil départemental de Seine-Saint-Denis compte environ 8 000 agents répartis dans une centaine de métiers liés à l’enfance (accueil, scolarité, etc.), l’emploi et l’économie, le cadre de vie (urbanisme, transports, etc.), la solidarité, le sport et la culture… Environ 85 % des agents sont des femmes.

• Aux dernières élections, en 2014, la CFDT a obtenu 11,87 % des voix. Elle se trouve en quatrième position derrière la CGT (majoritaire), la FSU et l’Unsa. La section compte 140 adhérents.