CHRU de Brest Une section CFDT déterminée

Publié le 09/09/2015

Grèves ciblées, recours à un cabinet d’expertise, accompagnement des salariés en souffrance. Face à une direction inflexible sur son plan de retour à l’équilibre, la toute jeune section CFDT du CHRU Brest-Carhaix ne désarme pas.

Un combat de longue haleine. Dans leur local syndical de l’hôpital de la Cavale Blanche, à Brest, les militants CFDT laissent transparaître leur inquiétude quant aux dégradations des conditions de travail des agents hospitaliers. Depuis le début de 2014, ils sont vent debout pour sauver les emplois au Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest. En janvier 2014, la direction a dévoilé un budget prévisionnel déficitaire de 8,7 millions d’euros (3,5 millions après l’aide de l’agence régionale de santé [ARS]) sur un budget global d’environ 485 millions. Afin de résorber ce déficit, un plan de retour à l’équilibre a été concocté pour la période 2014-2016. Il prévoit de supprimer d’ici à la fin 2016 pas moins de 168 postes (dont 150 postes non médicaux) par des non-remplacements. Si elle ne conteste pas le bien-fondé d’une réorganisation, la section CFDT s’alarme des risques induits en particulier sur la qualité du service rendu aux usagers. « L’ampleur des suppressions de postes va dégrader les conditions de travail, déjà difficiles, des agents. Les équipes doivent remplir leurs missions dans l’urgence et avec moins de monde. Elles n’ont plus de temps à accorder aux patients et ne peuvent plus vérifier leurs actes. Les personnels soignants, en surcharge de travail, sont en souffrance. De plus, les rappels sont fréquents sur les temps de repos, ce qui désorganise la vie personnelle et familiale », regrette Pascale Lestideau, représentante syndicale CFDT.

   


Un syndicat impliqué

Renouvelée en pleine période de restructuration, en février 2014, la section CFDT a profité des formations proposées par le Syndicat CFDT santé-sociaux du Finistère (fonctionnement des instances, organisation des élections professionnelles, communication…). Elle a aussi pu compter sur la présence du syndicat lors des débrayages et rencontres avec la direction.

Le recours à des experts
Face à un dialogue social inexistant, la CFDT a travaillé avec la médecine et les psychologues du travail. Elle a aussi mandaté le cabinet d’expertise Syndex pour mener une enquête sur les conditions de travail dans les services. Le but : prouver par une expertise extérieure la véracité des faits décrits et obtenir des avancées de la part de la direction. Grâce au travail mené sur le terrain, la section a obtenu la stagiairisation de 166 contractuels.

Des militants en proximité
Afin de mobiliser en force les agents, la section organise des grèves service par service. Entre des accompagnements individuels et des visites sur le lieu de travail, les militants travaillent en proximité auprès du personnel. Cette implication vaut à la section d’être majoritaire au CHRU de Brest, avec 45,66 % des voix

   

Les autres pistes évoquées par la direction ne convainquent pas davantage : suppression de la prime Veil (versée aux infirmières et sages-femmes contractuelles, d’un montant de 90 euros bruts mensuels), allongement des conditions d’avancement de carrière, externalisation de la crèche hospitalière, augmentation de l’amplitude horaire du personnel dans certaines unités comme les blocs opératoires…

Se former pour déjouer les pièges

C’est dans ce contexte difficile que la section s’est fortement renouvelée en février 2014, alors même que débutait la campagne des élections professionnelles dans la fonction publique de décembre 2014. La charge de travail est lourde pour les permanents. Premières missions ? Travailler la visibilité et la communication auprès des adhérents et de la direction, définir un mode de fonctionnement efficace, apprendre à aborder des dossiers ardus dans l’urgence. Face à une direction rodée à l’art de la communication et aux chiffres, la jeune section a dû se former sur le tas et apprendre à déjouer les pièges. « Nous ne sommes pas des professionnels. La direction a tenté de profiter que nous étions une section toute fraîche pour nous amadouer. Avec notre manque d’expérience, nous aurions pu nous laisser séduire. Pour être plus performante et défendre au mieux les droits des salariés, se former est primordial », raconte Marie-Françoise Patinec, secrétaire de la section. Les nouveaux élus ont pu bénéficier de formations grâce au Syndicat santé-sociaux du Finistère. « Nous les avons formés aux pratiques syndicales de sorte qu’ils exercent leur mandat le mieux possible. Le syndicat leur a donné des billes afin qu’ils puissent négocier avec la direction et comprendre les jeux de postures », précise Christine Jacq, secrétaire générale du syndicat. En vue d’échanger conseils et méthodes de travail, les permanents n’ont pas hésité à contacter d’autres sections, comme celle du centre hospitalier de Quimper. De son côté, la Fédération santé-sociaux a cosigné des courriers destinés à la direction, au ministère et à l’agence régionale de santé.

Des modes d’action sur mesure

Baisse du nombre de postes à supprimer, stagiairisation, synchronisation des temps médicaux et paramédicaux… Pour faire entendre ses revendications, la section a multiplié les rencontres avec la direction jusqu’en septembre 2014. Cependant, les militants se heurtent à un mur, malgré leurs efforts et le soutien reçu. « La direction refuse de faire des concessions. Elle suit sa feuille de route et les consignes de l’ARS. Le dialogue social n’existe pas. Les partenaires sociaux ne sont qu’informés des mesures prises mais pas associés aux décisions, comme nous le souhaitons », déplore Pascale Lestideau.

Lasse de se faire ballotter d’une réunion à une autre, la section a décidé de cesser ces rencontres. D’autres modes d’actions ont été adoptés pour réclamer l’ouverture de négociations : manifestations, débrayages, appels à la presse et aux politiques locaux, blocages des instances et boycott du conseil de surveillance, distribution de tracts… Ainsi, le 9 décembre 2014, près de 500 personnels hospitaliers ont manifesté et protesté contre le plan de retour à l’équilibre et les suppressions de postes, à l’appel des organisations CFDT, CGT et Sud. Malgré ces actions communes, la section ne travaille pas en intersyndicale, en raison de divergences dans les revendications. Après avoir organisé des manifestations sur tout le CHRU, la CFDT mobilise le personnel service par service. Visites sur les lieux de travail, organisation de réunions de service, coups de téléphone réguliers… Les militants ont travaillé en proximité avec les agents. « Nous passons dans les services pour discuter avec les agents, les informer du but de nos actions. Les personnels se sentent davantage concernés et les revendications sont plus personnalisées. Les difficultés ne sont pas les mêmes selon les unités. Mais comme le CHRU est éclaté sur plusieurs sites, nous avons du mal à être présents partout », témoigne Marie-Françoise Patinec. En juin dernier, la mobilisation a été bien suivie au service d’endocrinologie et de neurologie. Elle visait à créer un poste d’aide-soignant au sein de l’équipe de nuit afin de soutenir les infirmières en nombre très réduit depuis la fusion des deux services. La direction a consenti à ce renfort durant trois semaines… jusqu’à la fermeture des lits en période estivale. La section assure qu’elle restera vigilante à la rentrée.

En parallèle, la section continue d’approfondir les dossiers de fond. Pour interpeller la direction sur les risques psychosociaux, la CFDT travaille avec la médecine, les psychologues du travail et les ergonomes. Elle a aussi mandaté le cabinet d’expertise Syndex avec l’objectif de mener une enquête sur les conditions de travail des agents. À la rentrée prochaine, une rencontre est prévue avec la direction. « Comme la direction ne nous entend pas et pense que l’on exagère, nous faisons appel à une expertise extérieure. Elle va prouver que les conditions de travail usent le personnel et que le nombre de postes supprimés est trop élevé pour assurer un travail de qualité. Nous attendons des actes concrets de la part de la direction et qu’elle change sa façon de manager », justifie Marie-Françoise Patinec. Quelques revendications ont été entendues. La CFDT a obtenu l’organisation de concours destinés aux contractuels pendant 2015 avec à la clé 166 stagiairisations. Les jours de RTT et les temps partiels devraient, quant à eux, être épargnés par les coupes budgétaires.

La proximité conjuguée au quotidien

La section conjugue aussi la proximité au quotidien. Les militants accompagnent les personnels confrontés à des situations difficiles ou à des relations conflictuelles avec l’encadrement. Ils sont de plus en plus sollicités. Au programme : conseils et informations sur les démarches à suivre, orientation vers la médecine du travail, soutien lors d’un entretien avec la direction. Grâce à ce travail mené au quotidien sur le terrain, la section est restée majoritaire lors des élections du 4 décembre 2014, avec 45,66 % des voix. « La campagne électorale en période de restructuration était un challenge pour notre équipe. Mais le travail de nos militants a été reconnu lors des élections », se réjouit Marie-Françoise Patinec. Prochain défi ? Séduire les nouvelles générations.

afarge@cfdt.fr

   


Repères

• Le CHRU de Brest comprend 7 lieux d’accueil spécialisés (hôpitaux, centres de soins et de réadaptation, Ehpad) situés à Brest Métropole et Carhaix.

• Chaque année, 592 médecins (plus les internes) et 4 819 personnels non médicaux accueillent plus de 460 000 patients externes et 120 000 hospitalisés. Le CHRU compte 2 500 lits.

•Majoritaire aux dernières élections professionnelles, la section CFDT compte 500 adhérents. De son côté, le Syndicat CFDT santé-sociaux du Finistère comptabilise 3 380 adhérents.