Chômage : “Les entreprises doivent pouvoir assumer une véritable responsabilité sociale”

Publié le 27/01/2015

À la tête du réseau d’associations Alerte, qui lutte contre la pauvreté, l’ancien président du Secours catholique, François Soulage, appelle le patronat et les syndicats à négocier sur le chômage de longue durée. Entretien.

Quel est le rôle du collectif Alerte ?

Il y a vingt ans, les grandes associations et fédérations qui luttent contre la pauvreté et l’exclusion –telles que l’Armée du salut, Emmaüs, ATD Quart Monde, le Fonds social juif unifié, le Secours catholique, le Secours populaire, la Fnars (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale), entre autres  – ont voulu se doter d’un outil d’interpellation commun. C’est ainsi qu’est né Alerte, pour porter les questions cruciales sur l’exclusion auprès de l’opinion et des pouvoirs publics.

Aujourd’hui, nous travaillons sur deux grands thèmes. Début 2013, le gouvernement a adopté un plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Ce plan résulte de l’action menée par Alerte en 2012 au cours de la campagne présidentielle. Il comporte sept chapitres suivis par les différentes associations du collectif. L’autre grand thème sur lequel nous travaillons, c’est l’emploi. Nous avons estimé que cette question avait été abordée de manière incomplète lors de la conférence sociale de juillet 2014. Les mesures visaient le chômage dans sa globalité mais négligeaient le chômage de longue durée.

 

Quels risques avez-vous pointés ?

Si on conçoit des réformes sans tenir compte des personnes les plus fragiles, ces dernières seront mises de côté. Notre démarche vise à faire entrer les personnes les plus éloignées de l’emploi dans le « cadre moyen » pour ne pas les enfermer dans un ghetto. Par exemple, le compte personnel de formation, qui vient d’être mis en place, ne peut malheureusement pas, aujourd’hui, être utilisé par un chômeur de longue durée ni par un jeune qui n’a jamais travaillé car ils n’ont pas pu acquérir d’heures.

Autre exemple, comment permettre à une mère de trois enfants travaillant en horaires décalés de suivre des cours ? La réponse pour nous n’est pas de créer des crèches spécifiques mais d’ouvrir les structures existantes aux besoins de tous les publics. L’organisation de notre société conduit à marginaliser les personnes qui ne sont pas dans la moyenne des actifs. Nous pensons au contraire qu’elles doivent être au cœur des réformes.

 

Comment travaillez-vous avec les partenaires sociaux ?

Cela fait longtemps que nous dialoguons sur la question de l’emploi. En 2010, nous avons réalisé ensemble le guide Vers l’emploi, mais pas tout seul. Aujourd’hui, nous disons au gouvernement qu’il faudrait parvenir à un accord national interprofessionnel sur le chômage de longue durée. Il est important que les partenaires sociaux arrivent à négocier un tel accord. Cela permettrait d’avoir une loi forte. Nous espérons que le gouvernement va faire des propositions pour que cette négociation s’engage.

 

Quelles relations entretenez-vous avec les syndicats ?

Je crois à la fécondité entre nos deux types d’engagement : celui des syndicalistes, qui ont une obligation de résultat, et celui des associations, qui ont une obligation de moyens. Les associations s’appuient beaucoup sur le bénévolat. Or, en s’engageant à accompagner une personne, un bénévole ne sait pas s’il va réussir. Un syndicaliste a pour vocation de négocier et de défendre les intérêts des salariés. Les associations n’ont pas pour mission de négocier, elles défendent une cause. En témoignant sur la difficulté à vivre des personnes qu’elles accompagnent, elles peuvent ouvrir le champ de négociation aux syndicalistes.

 

Quel rôle les entreprises doivent jouer pour combattre l’exclusion sociale ?

Il faut mobiliser le secteur marchand pour accueillir les personnes éloignées de l’emploi car le secteur non lucratif est saturé. Avec 5,5 millions de chômeurs, les employeurs ont un tel choix qu’ils se dirigeront toujours vers les personnes les plus proches de l’emploi. Il est donc indispensable que les entreprises disposent d’outils pour ne pas discriminer à l’embauche. Une de ces mesures de « banalisation » consiste, par exemple, à offrir aux chômeurs de longue durée une formation qualifiante reconnue par le monde de l’entreprise et élaborée avec celui-ci. Une fois embauchée, la personne doit pouvoir continuer à être accompagnée, y compris socialement. Nous parions sur la bonne volonté des entreprises. Il est possible de les aider à assumer une véritable responsabilité sociale en leur donnant les moyens de lutter contre le chômage de longue durée.

nfigarol@cfdt.fr

   


La CFDT et le collectif Alerte

couverture livreAvec les autres syndicats et les représentants des employeurs, la CFDT rencontre régulièrement le collectif Alerte. Ce travail commun s’est notamment concrétisé par la publication du guide Vers l’emploi, mais pas tout seul. Aux côtés des associations, la CFDT a soutenu l’organisation d’une conférence qui a abouti à l’adoption, le 21 janvier 2013, du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Ce plan est axé sur sept grands thèmes : l’accès aux droits, l’emploi, l’hébergement et le logement, la santé, l’enfance et la famille, l’inclusion bancaire et la lutte contre le surendettement, la coordination des politiques de solidarité. Plusieurs mesures réclamées par les acteurs sociaux ont été mises en place dans ce cadre.

Ainsi, l’Observatoire de l’inclusion bancaire a été créé en novembre 2014 pour évaluer les pratiques des banques à l’égard des personnes en difficulté financière. Autre mesure phare, la garantie jeunes octroie une allocation aux 18-25 ans en situation de grande précarité s’ils s’engagent dans un parcours d’accès à l’emploi et à la formation. À la fin 2014, le gouvernement a enfin annoncé la création en 2016 de la prime d’activité, qui était aussi prévue dans le plan. Elle s’adressera aux travailleurs ayant une rémunération proche du Smic, y compris ceux âgés de moins de 25 ans.

Lors de la conférence sociale de juillet 2014, la CFDT a porté ses revendications (accès à la formation et à la qualification, aide au recrutement et accompagnement dans l’emploi) pour les personnes les plus éloignées de l’emploi. Comme les associations, la CFDT est aujourd’hui en attente du plan d’action promis par le gouvernement.