Chez Stanley Tools Black & Decker, la CFDT a du ressort

Publié le 01/08/2019

La restructuration de la société n’a pas découragé les militants CFDT de Stanley Tools Black & Decker. Ils sont de toutes les batailles : conditions de travail, dialogue social et qualité de vie au travail.

Des mètres, des scies, des pinces à main, des niveaux. Le site de Besançon de Stanley Tools France ferait le bonheur des bricoleurs. Ça n’a pas toujours été le cas pour les 300 salariés. « Nous sommes passés d’une entreprise avec des ouvriers fatigués, sous pression, convoqués, seuls, après chaque arrêt maladie… à un endroit où commence à régner un véritable dialogue social, s’enthousiasme Babacar Kebé, délégué syndical CFDT. C’est qu’on revient de loin. »

     

Convaincre les sans-étiquette
À la suite de pratiques syndicales qui ne faisaient pas l’unanimité, la section CFDT a dû convaincre les salariés qui avaient peur et qui n’avaient plus confiance en personne. Les élus ont passé du temps avec chacun, vu individuellement, et se sont rendus très disponibles.

Informer en toute transparence
Après chaque réunion avec la direction, le délégué syndical réunit les salariés par groupes de 30 personnes. Il informe précisément sur la teneur des discussions avec la direction puis demande l’avis de ses collègues. Des assemblées générales rassemblent ensuite la quasi-totalité des salariés.

Veiller aux conditions de travail de tous
Stanley Tools Black & Decker emploie de nombreux intérimaires et salariés en contrat à durée déterminée… avec lesquels les élus CFDT n’ont pas toujours de contact. La section veille donc à contrôler le registre des salariés afin de s’assurer de la mise en place de bonnes méthodes.

     

La société d’aujourd’hui est le résultat de la fusion de deux unités. Mabo à Besançon, spécialisé dans les mètres déroulants (racheté en 1970) et Bost à Laissey (à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Besançon), fabricant de pinces depuis 1956, racheté par l’américain Stanley Works en 2006. La marque a ensuite changé de nom et est devenue Stanley Tools Black & Decker en 2010. Cette restructuration a engendré des dégâts collatéraux et sociaux avec des licenciements en 2009 et un douloureux passage à vide. « Les gens allaient mal et, malgré cela, la direction était relativement tranquille parce que personne n’osait rien réclamer », souffle un ouvrier en testant le serrage d’une pince.

L’engagement syndical pour remédier au ras-le-bol

La CFDT, présente dans la boîte depuis une dizaine d’années, ne fonctionnait pas très bien. En 2014, l’ancienne équipe a laissé la place à de jeunes militants motivés, engagés, enthousiastes. Babacar Kebé, salarié à Stanley depuis vingt et un ans, n’avait jamais été tenté par le syndicalisme. Le ras-le-bol a été trop fort. Ouvrier, il voyait ses collègues commencer à décliner, déprimer, en raison de la charge de travail, de trop faibles températures dans les ateliers, d’un certain mépris de la direction. « Moi-même j’avais froid, je travaillais sur une machine de grenaillage dans un coin de l’atelier qui n’était pas chauffé, j’en parlais à mon superviseur qui me répondait qu’il lui était arrivé de travailler dans sa vie dans des endroits où la température descendait à 6 °C ! Avant même d’être élu, j’avais essayé d’alerter la direction mais rien ne changeait ni pour moi ni pour personne ; j’ai été mis à pied plusieurs jours, on me reprochait de quitter mon poste pour aller me réchauffer ! » En parlant avec ses collègues, il se rend compte que ses problèmes sont communs à tous les salariés. Melvin, 35 ans, technicien en atelier, est de ceux-là. « J’étais sous pression, j’avais l’impression de ne pas être considéré. Je me sentais encerclé, surveillé, et mon chef me poussait à faire plus vite, sans jamais me remercier pour les efforts, alors il fallait que ça arrive : j’ai fini par craquer », soupire-t-il. Chrystelle Hugues, ouvrière depuis vingt ans, élue au CHSCT, ne s’était non plus jamais investie. Mais l’enthousiasme et les arguments de Babacar l’ont convaincue de sauter le pas. « Je me suis dit qu’il fallait qu’on se fasse respecter par la direction et les chefs. On ne pouvait pas rester comme ça, à être mal considérés, les salariés étaient à bout », se souvient-elle.

Dès leur arrivée dans la section, les élus traitent les dossiers les uns après les autres, avec méthode, patience et pédagogie. Marc Szabo, secrétaire de la CFDT-Métallurgie Besançon-Haut Doubs, se souvient très bien de ces ouvriers à la fois remontés comme des pendules et attentifs, ouverts, prêts à s’impliquer, comprendre, apprendre et s’engager. « C’était incroyable, ils étaient néophytes mais pas du tout naïfs. Ils voulaient améliorer la vie des salariés, c’était très simple, on les a conseillés, et ils ont bénéficié de formations syndicales. » Aux élections de 2014, la CFDT remporte tous les suffrages, la CGT n’existe plus.

Faire cesser les pratiques managériales d’un autre temps

           

L’équipe se retrousse les manches, coachée par l’Union régionale interprofessionnelle. « Je ne savais rien, je partais de zéro, je n’avais jamais été syndiqué alors je me suis imposé une discipline de travail en étudiant les textes de lois, le droit du travail, on devait tout m’expliquer au début. J’ai lu énormément, discuté et compris beaucoup de choses de ce qui pouvait se faire et ce qui était inadmissible dans une entreprise », raconte Babacar Kebé. Lorsque des salariés l’informent de leur convocation systématique à la direction après chaque arrêt maladie, son sang ne fait qu’un tour. Il porte le sujet au comité d’entreprise et y détaille la procédure (qui consistait à convoquer en entretien un salarié ayant plus de trois arrêts dans l’année) avant de demander à la direction d’y mettre un terme. « Les explications de la direction ne suffisaient pas, parce que nous ne demandions pas un bilan mais l’arrêt pur et simple des entretiens de retour d’arrêt maladie », explique le délégué syndical. Pour avoir potassé le droit du travail, il sait que ces méthodes ne sont pas réglementaires. Et devant l’aplomb des élus, la méthode cesse rapidement.

À ces sujets s’ajoute un autre dossier, celui du déménagement à Besançon des activités des pinces du site de Laissey, petite ville située à 20 km de la capitale de la Franche-Comté. L’ancienne usine existait depuis cent vingt ans. Le déménagement a été accompagné par l’équipe et le CHSCT, avec des réunions qui rassemblaient les salariés du site vétuste. La section obtient la possibilité de réunir les salariés après chaque négociation, lors de rencontres d’un quart d’heure, une demi-heure, voire une heure si nécessaire. Un vrai dialogue social s’instaure. « Cela s’est ressenti assez rapidement, la parole a commencé à circuler, la direction a accepté de nous entendre, d’écouter nos demandes minimales mais justifiées, rappelle Babacar Kebé. Nous ne demandions pas la lune ! »

Repenser la qualité de vie au travail avec les salariés

Les résultats obtenus sont impressionnants. Pour les salariés ne disposant pas d’une voiture ou sans permis de conduire, une navette gratuite est mise en place. « On n’a rien imposé à personne, on a d’abord lancé un questionnaire sur les possibilités de covoiturage ou la mise à disposition par la société d’une voiture, détaille Chrystelle Hugues. Finalement, c’est le bus de ramassage qui a été préféré par tout le monde. » Il a fallu ensuite regrouper les bénéficiaires dans une même équipe aux horaires décalés : 4 heures-12 heures et 12 heures-20 heures.

Le déménagement n’a pas eu d’impact sur les seuls trajets, il a été aussi important sur la mise en place et l’adaptation des machines. Les élus, appelés avant et après l’installation de chaque nouveau poste, ont pris le temps de détailler avec les salariés les problèmes et leurs demandes : installation de multiprises, adaptation des lampes et d’un ventilateur en été. « Nous avons demandé au salarié comment il se sentait, si c’était confortable, s’il avait des besoins particuliers, poursuit l’élue. Comme le dialogue social était rétabli, nous avons pu facilement faire remonter les informations à la direction. »

Même chose pour les frais kilométriques. Un accord a été conclu avec la direction sur la prise en charge des déplacements. Autrefois, les indemnisations ne concernaient que les distances allant jusqu’à 30 km. Désormais, une prime de 4 euros par jour est versée aux personnes effectuant entre 7 et 80 km chaque jour.

Une équipe galvanisée après la visite de Laurent Berger

Rien de tout cela n’aurait été possible sans concertation intelligente. C’est d’ailleurs ce qu’a pu mesurer Laurent Berger lors de sa visite aux ateliers, en février dernier : « Les militants sont bien implantés et ont fait leur boulot. » Bien sûr, il y a encore des choses à régler sur des postes à gestes répétitifs, par exemple, notamment afin d’éviter les troubles musculo-squelettiques. « Nous sommes prêts à rester à la manœuvre pour avancer encore dans l’amélioration des conditions de travail de tous », avance la section CFDT, enthousiasmée par un dialogue aujourd’hui constructif et portée par des militants bien décidés à poursuivre sur cette voie.

hebdo@cfdt.fr 

       

Repères

• Stanley Tools Black & Decker regroupe deux unités : Mabo, à Besançon, spécialisée dans les mètres déroulants, et Bost à Laissey, fabricant de pinces depuis 1956, racheté par l’américain Stanley Works en 2006.

• Le site de Besançon est spécialisé dans les instruments de mesure, les scies et les pinces.

• Il y a quinze ans, la CGT était le syndicat majoritaire. Implantée il y a neuf ans, la CFDT est désormais la seule organisation syndicale, qui pèse aujourd’hui 100 %.

• Stanley Tools Black & Decker regroupe deux unités : Mabo, à Besançon, spécialisée dans les mètres déroulants, et Bost à Laissey, fabricant de pinces depuis 1956, racheté par l’américain Stanley Works en 2006.

• Le site de Besançon est spécialisé dans les instruments de mesure, les scies et les pinces.

• Il y a quinze ans, la CGT était le syndicat majoritaire. Implantée il y a neuf ans, la CFDT est désormais la seule organisation syndicale, qui pèse aujourd’hui 100 %.

   


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