Chez SM Vinci, des adhérents CFDT déterminés à faire respecter leurs droits

Publié le 07/07/2015

Au sein de cette PME narbonnaise, la toute nouvelle section syndicale CFDT a dû recourir à la grève pendant trois jours afin de faire respecter les droits des salariés.

Après quatre mois d’impasse dans la NAO (négociation annuelle obligatoire) conclus par trois jours de grève dure, les salariés de SM, filiale de Vinci Construction, ont obtenu une revalorisation de leurs salaires, la régularisation des indemnités de déplacement non payées et une prime d’ancienneté. C’est un premier bras de fer victorieux pour l’équipe syndicale nouvellement élue et un gage de confiance concernant l’avenir. C’est également une première dans cette PME qui n’avait jamais connu de mouvement social jusqu’à cette année. « Il n’y avait ni syndicats ni mécontents », se souvient Julio Da Fonseca, aujourd’hui délégué syndical de SM Vinci.

   


Adhésions et crédibilité
Seul syndicat sur le site de SM Vinci à Narbonne, la section CFDT totalisait 30 adhérents avant la finalisation de l’accord, soit un tiers des salariés. À l’issue du conflit, elle a recensé 20 adhésions supplémentaires. Les salariés ont pu constater qu’une argumentation bien construite et bien nourrie portait ses fruits. Ils ont repris confiance, ils savent qu’ils ont la possibilité de se faire entendre, qu’une parole syndicale peut porter ses fruits.

Le soutien de tout un réseau
De la préparation des élections jusqu’à la fin du mouvement de grève, les tout nouveaux militants CFDT ont bénéficié du soutien syndical d’autres structures : unions locale et départementale, syndicat et fédération ont été à leurs côtés et leur ont apporté logistique et savoir-faire.

Des résultats concrets en faveur des salariés
À l’issue du conflit, les militants ont obtenu, outre le paiement des indemnités de grand déplacement, une revalorisation salariale de 0,4 % bénéficiant à tous les salariés, une prime d’ancienneté et une meilleure prise en charge de la mutuelle par l’employeur.

   

Pourtant, le 1er juin dernier, 60 salariés ont décidé de se mettre en grève. Sept chantiers sont stoppés : deux Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), des logements à Narbonne-Plage, une station d’épuration, un gymnase, une maison de retraite et une caserne de gendarmerie. Le conflit porte sur des indemnités de déplacement non payées.

Vous avez dit “igédés” ?

L’entreprise SM Vinci emploie 104 salariés dont 60 ouvriers « mobiles ». Pour que ceux-ci puissent se rendre sur leurs chantiers respectifs, l’ancienne direction avait adopté une des options de la convention collective : mettre à la disposition des salariés un transport gratuit au départ du siège de l’entreprise, à Narbonne. À la fin décembre 2014, Vinci Construction annonce la suppression de ce système, laquelle doit être compensée par des indemnités de déplacement forfaitaires. Petit problème : la direction n’applique pas le barème prévu par la convention collective du bâtiment*.

Les chantiers se répartissant sur trois départements (Aude, Hérault et Pyrénées-Orientales), les salariés de SM Vinci font parfois jusqu’à 200 kilomètres aller-retour dans la journée. Les frais de déplacement constituent pour eux un problème à la fois crucial et quotidien. C’est pourquoi la convention collective définit avec précision le calcul des indemnités en question : jusqu’à 50 kilomètres par jour, il s’agit d’un petit déplacement donnant lieu à une IPD (indemnité de petit déplacement). Cinq zones distantes de 10 kilomètres chacune entrent en ligne de compte dans ce périmètre et donnent lieu à une indemnité différente. À partir du 51e kilomètre (après la zone 5), on considère qu’il s’agit d’un grand déplacement et l’on passe en IGD (indemnité de grand déplacement), équivalente à 60 euros par jour.

« Or le système d’indemnisation progressivement mis en place par Vinci chez nous était tout autre : sur nos bulletins de paie sont apparues de nouvelles zones, jusqu’à douze… et une gradation des indemnités sans aucune correspondance avec le forfait IGD », souligne Manu Perez, l’actuel secrétaire du comité d’entreprise. En fin de mois, les salariés touchaient alors jusqu’à deux fois moins que les sommes dues.

La force du réseau CFDT

À la suite d’une petite enquête auprès de différents niveaux de structures syndicales CFDT et dans d’autres filiales de Vinci Construction, les entorses à la convention collective et les distorsions avec des accords de groupe apparaissent au grand jour. En quelques semaines, avec l’aide des structures CFDT locales, Julio Da Fonseca, Manu Perez et Ali Amallouka, tous trois salariés de SM Vinci, organisent des élections et les remportent avec 90 % des voix. À la fin février, un tiers des salariés de l’entreprise sont adhérents de la toute nouvelle section, qui réclame la mise en place de la négociation annuelle obligatoire. Car, en la matière, tout reste à faire : « Pas de prime d’ancienneté, pas de nettoyage ni de réparation des vêtements de protection et surtout des IGD non payées… », explique Julio Da Fonseca. « Il n’était pas question de ‟faire couler la boîte”, comme on nous l’a reproché. Nous voulions juste être logés à la même enseigne que les autres filiales du groupe. »

La direction promet de revoir ses calculs mais, en l’absence de régularisation dans les mois qui suivent, une grève illimitée est décidée à la fin mai. Rodolphe Fabrier, secrétaire du Syndicat interdépartemental construction et bois Aude - Pyrénées-Orientales, coache l’équipe. Bernard Barsalou, secrétaire de l’Union locale CFDT de Narbonne, apporte son soutien logistique afin d’organiser la manifestation au siège de SM à Narbonne. Enfin, lorsque la direction arrive de Montpellier pour entamer la négociation, au troisième jour de grève, le 3 juin, Patrick Goudalle, délégué syndical central de Vinci, et Nourredine Boudjeniba, secrétaire du comité d’entreprise européen de Vinci, en déplacement dans la région, viennent renforcer les effectifs. « La mise en commun des moyens a été essentielle pour créer le rapport de force nécessaire. Ils nous ont donné une grande leçon de négociation ! », insiste Manu Perez, qui a également félicité tous les salariés ayant suivi ce mouvement de grève avec « calme et détermination ».

Aujourd’hui, les chasubles orange sont rangées et tout semble être revenu à la normale. Mais de cette grève éprouvante, ils ont appris les bienfaits du réseau et souhaitent approfondir leur engagement syndical au sein de la CFDT par le biais de la formation.

cnillus@cfdt.fr

* Convention collective nationale des ouvriers employés par les entreprises du bâtiment non visées par le décret du 1er mars 1962 (c’est-à-dire occupant plus de 10 salariés) du 8 octobre 1990.

   


Fiche d’identité

• Créée il y a trente ans, rachetée par Vinci Construction en 2004, SM est spécialisée dans le gros œuvre, le génie civil et les ouvrages d’art. Elle répond surtout à des commandes publiques.

• En 2008, au plus fort de son carnet de commandes, la société comptait 180 salariés. Depuis trois ans, elle a perdu 26 % de sa masse salariale, passant de 141 salariés à 104 aujourd’hui.

• Malgré l’érosion de son chiffre d’affaires, SM Vinci affiche une excellente santé financière et continue à réaliser des bénéfices.