Chez Guerbet, la CFDT défend le pouvoir d’achat des salariés

Publié le 01/08/2019 (mis à jour le 06/09/2019)

Bien que prospère en France et à l’international, l’entreprise rogne chaque année un peu plus les acquis de ses salariés. La section CFDT est la seule à monter au créneau.

Sur son site d’Aulnay-sous-Bois, en région parisienne, les bâtiments historiques de l’usine Guerbet côtoient des laboratoires flambant neufs, témoins de la bonne santé de l’entreprise. Restée 100 % française, de la conception à la commercialisation, la société s’est peu à peu imposée comme le leader national des produits utilisés dans le domaine de l’imagerie médicale. Au côté des cinq autres grands groupes pharmaceutiques qui se partagent le juteux marché mondial du médicament, Guerbet affiche aujourd’hui une activité florissante : 83 % de ses ventes réalisées à l’international, un chiffre d’affaires qui flirte avec le milliard d’euros et un doublement de la taille de l’entreprise en 2015 à la suite de l’acquisition de Mallinckrodt, un gros laboratoire américain.

     

Formation pour tous
Le congé de formation économique, sociale et syndicale (CFESS) est un droit dont tous les salariés peuvent bénéficier sans réduction de salaire. Mallory Colin, déléguée syndicale CFDT de Guerbet, incite les adhérents et salariés à s’inscrire aux formations proposées par la CFDT. « À l’issue de cette formation, on ne voit plus les syndicats de la même façon ! », s’enthousiasme-t-elle.

Création d’un journal
Avec les moyens du bord, l’équipe CFDT de Guerbet a décidé de publier une newsletter, « Le Tract », un quatre-pages en couleur. On y trouve des articles et des interviews, des témoignages d’adhérents, le suivi des accords, des informations syndicales. En somme, toutes les informations à retenir sur les actions de la section. En 2018, cinq numéros ont été diffusés.

Proximité avec son syndicat
Sitôt élue, Mallory a voulu nouer des liens étroits avec son syndicat, le Syndicat chimie-énergie d’Île-de-France, pour se faire connaître mais aussi pour bénéficier d’un appui supplémentaire dans son parcours militant. « Je voulais un contact direct, de visu, pas un échange de mails, sourit-elle. Et chaque fois que je vais à Paris, je passe dire bonjour à l’équipe, même si je n’ai que cinq minutes. »

     

Inversement proportionnels à cette success story, les acquis sociaux, qui faisaient la fierté de ses dirigeants il y a quelques années, ont fondu comme neige au soleil. Longtemps connue pour son management familial et bienveillant, la société cotée en Bourse depuis 1986 est maintenant aux mains d’actionnaires… moins bien disposés que leurs prédécesseurs. « Aujourd’hui, l’entreprise a du mal à recruter et fait de plus en plus appel à des prestataires. Nous ne sommes pas les plus mal lotis au sein de l’industrie pharmaceutique, mais nous ne sommes plus, comme par le passé, une entreprise attractive », explique Mallory Colin, déléguée syndicale CFDT du site francilien. Depuis mai 2018, cette jeune élue a repris les rênes d’une équipe bien implantée mais de plus en plus malmenée. « Chaque année, la direction remet en cause des avantages acquis. L’objectif de notre section syndicale consiste à colmater au mieux », poursuit-elle.

Des anomalies dans les fiches de paie

Depuis quatre ans, la négociation annuelle obligatoire (NAO) avec la direction relève du bras du fer. En 2014, cette dernière a supprimé la grille de salaires de la maison, nettement plus intéressante que celle de la convention collective. L’année suivante, elle a écarté le principe d’augmentation générale. Les hausses de salaire sont désormais individuelles et indexées sur un mode de calcul combinant deux critères : une note attribuée au salarié à l’issue d’un entretien individuel d’évaluation et un indice qui est fonction du positionnement (salaire plus ou moins élevé) par rapport aux salaires médians de la santé. Ces deux critères déterminent si le salarié peut bénéficier d’une augmentation et de quel montant. « Avec ce nouveau système, certains n’ont plus droit à rien, déplore Agnès Mallez, élue CFDT et salariée depuis vingt-trois ans chez Guerbet. Les anciens surtout puisque leur salaire a évolué avec la grille : ils obtiennent un taux d’augmentation quasi nul. »

Depuis 2014, la moyenne des augmentations de salaire est d’à peine 2 % par an pour les Otam (ouvriers techniciens et agents de maîtrise). En 2017, la hausse était d’à peine 0,5 % pour l’ensemble des personnels. Et, en 2018, la direction n’a rien proposé. La section a bataillé afin d’obtenir une augmentation garantie pour 80 % du personnel. Les augmentations individuelles étaient, quant à elles, fondées sur un calcul opaque puisque personne n’avait accès aux critères d’attribution des notes individuelles ni aux tableaux des salaires médians de référence de la santé. « Les augmentations ont été perçues comme arbitraires. Et puis comment contester tel ou tel taux sur sa feuille de paie puisqu’on ne comprend pas sur quoi reposent réellement les calculs ?, ajoute Mallory. En revanche, nous avons constaté des anomalies : les taux annoncés n’étaient pas toujours appliqués. Des erreurs ont été commises au moment de remplir les cases parce que le système n’était pas suffisamment clair et que les managers n’étaient pas assez informés. »

Seule la CFDT a dénoncé les erreurs découvertes sur les fiches de paie. Elle a alerté et contraint la direction à les rectifier. Au total, 145 personnes (soit 15 % de l’effectif total) ont obtenu une révision à la hausse de leur salaire. Depuis cet épisode, des réunions spécifiques de suivi des accords NAO ont été mises en place. Un barème de notations plus lisible ainsi que la mise à disposition des salariés des tableaux de référence liés au calcul des augmentations figurent également à l’ordre du jour des prochaines négociations salariales. « En résumé, nous devons nous battre tout le temps pour avoir des informations !, regrette Mallory. Cela crée un climat de défiance généralisé au sein de l’entreprise. »

Un nouvel accord relatif au réaménagement des horaires

À Aulnay-sous-Bois, une partie des salariés postés travaillent à l’atelier de remplissage des injectables. Parce qu’ils manipulent des principes actifs qui seront ensuite administrés par intraveineuse, ces tâches sont effectuées dans le respect de normes d’hygiène et de sécurité draconiennes. Or, pour limiter les temps de déshabillage et de rhabillage, les pauses sont rares et contrôlées. Il y a dix ans, l’aménagement des horaires avait été fixé en trois-huit avec une alternance de jours et de nuits. À l’époque, la direction a refusé de mettre en place une équipe de nuit dédiée, arguant que « le corps ne devait pas s’habituer à des horaires décalés ». Mais, avec le temps, cette formule révèle ses limites : les salariés sont épuisés, la maintenance est plus coûteuse… D’où la décision, en 2018, de négocier avec les organisations syndicales un nouvel accord relatif à l’aménagement des horaires. En vue de préparer la discussion, Mallory a rencontré individuellement chacun des salariés concernés pour échanger sur leur réalité et leurs aspirations : faut-il changer ? Si oui, à quelles conditions ? « Un travail que les ressources humaines n’ont pas fait », glisse-t-elle. S’ensuit une négociation soutenue, au rythme de deux rencontres par semaine avec la direction, durant laquelle la section s’engage à écrire un compte rendu après chaque séance. Finalement, l’accord signé en novembre acte le passage en deux-huit avec maintien du salaire. « Une victoire eu égard aux propositions de départ ! », explique la section. En revanche, la direction n’accorde qu’une seule pause (plus longue) en huit heures, au lieu de deux plus courtes auparavant. « Nous avons alors exigé dans l’accord des réunions mensuelles d’évaluation des impacts de ces nouveaux horaires sur les salariés », précise Mallory.

Mieux faire connaître le travail de l’équipe CFDT

Après tout ce travail effectué en seulement quelques mois, l’équipe CFDT souhaite booster son volet communication au-delà du journal créé par la section (lire le point 2, « Pour aller plus loin… »). Sur ce point, Mallory reconnaît manquer de bras, tant pour écrire que pour diffuser. Mais elle sait combien il est important, par les temps qui courent, de faire connaître le travail des militants CFDT qui obtiennent des résultats concrets dans leur entreprise.

cnillus@cfdt.fr 

       


Repères

• Guerbet, groupe français créé en 1926, est spécialisé dans les produits de contraste et solutions pour l’imagerie médicale.

• Le groupe, qui emploie 1 250 salariés en France, possède un site de production à Lanester (Morbihan) et un autre à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

• La CFDT est la première organisation syndicale du site d’Aulnay-sous-Bois (394 salariés). Aux élections de décembre 2018, elle a obtenu 34 % des voix, devant FO (31,72 %), la CGT (18,62 %) et la CFE-CGC (14,83 %).

   


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