Chez Fleury Michon, la CFDT mise sur l'anticipation pour développer l'emploi

Publié le 03/03/2014

Réélue à la majorité absolue à l’automne 2013, la CFDT défend depuis de nombreuses années le développement de l’emploi et des compétences au sein de la marque de produits cuisinés.

« Lors de la remise des diplômes, une personne a pleuré. Pour beaucoup de salariés, c’était la première fois qu’ils recevaient un titre.?» Délégué syndical central chez Fleury Michon, Alain Ansel a été marqué par l’émotion de ses collègues lors de cette cérémonie. Pour les élus CFDT, il était primordial que les participants à la formation sur les savoirs de base bénéficient d’une remise de diplômes, de la même manière que ceux ayant obtenu un certificat de qualification professionnelle. «?La formation pour tous, tout au long de la vie?», c’est une des orientations poursuivies par la section syndicale depuis de nombreuses années. Elle constitue un outil stratégique dans une démarche globale d’anticipation. Plutôt que de subir les évolutions liées aux technologies ou au marché, comme l’automatisation du conditionnement ou la diminution d’activité pour les produits de charcuterie, la CFDT a opté pour une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) offensive, et ce depuis plus de douze ans. «?À l’époque, des productions étaient en baisse en raison de la forte concurrence entre les marques de jambon. Nous avons demandé la mise en place d’un plan de formation pour que les salariés puissent découvrir un nouveau poste, sur la base du volontariat, dans d’autres sites de production de Fleury Michon comme les produits de la mer?», explique Alain Ansel.

Négocier pour maintenir et développer l’emploi

surimi-fleury-michonDirecteur adjoint aux ressources humaines, Frédéric Fouré confirme qu’il existe «?une culture du dialogue social qui permet de négocier des accords en vue de maintenir et développer l’emploi. Il s’agit de sortir d’une vision court-termiste afin de ne pas se retrouver au pied du mur, avec le risque d’un plan social. C’est pour cela que nous avons signé dernièrement un accord GPEC sur trois ans.?»
Avant même le lancement des contrats de génération, la CFDT a impulsé la mise en place, il y a presque une décennie, d’un tutorat pour accompagner les salariés sur un nouveau poste. «?La moitié des tuteurs ont plus de 55 ans. Nous avons mis en avant la transmission des savoir-faire et des valeurs de l’entreprise en fonction de l’âge?», précise Franck Drouet, délégué du personnel. Et d’ajouter que dans le cadre d’une convention, les salariés repositionnés «?sont suivis depuis leur site d’origine. S’ils le souhaitent, ils peuvent réintégrer au bout de six mois un poste proche de leur activité antérieure.?»

L’automatisation a aussi permis de passer de 95?% de conducteurs de ligne masculins à un équilibre entre femmes et hommes à ces postes. L’égalité professionnelle, la formation, les seniors et les contrats de génération : pour la CFDT, il est évident que ces thèmes sont inter-dépendants et que la GPEC chapeaute ces questions. «?La loi a donné raison à notre approche puisque l’employeur va devoir regrouper les données sur tous ces thèmes pour les mettre à la disposition du comité d’entreprise?», souligne Alain Ansel. Les textes construits au cours des années précédentes ont permis de signer un accord global, en septembre dernier. La pénibilité fait également partie des sujets pris en charge. «?Il y a quatre ans, la direction ne voulait pas l’aborder, raconte Alain Ansel. Nous avons réussi à mettre en place un plan d’action avant de rouvrir la négociation. Aujourd’hui, les travailleurs de nuit et les salariés exposés au froid peuvent abonder leur compte épargne-temps en fonction de leurs contraintes et l’utiliser au cours des trois dernières années de leur carrière.?» Ce sont autant d’aménagements - auxquels il faut ajouter l’amélioration des conditions de travail et l’adaptation des postes, notamment pour lutter contre le fléau des troubles musculo-squelettiques - qui ont été appréciés par les salariés et construits en discussion avec eux.

   


3 700
salariés travaillent chez Fleury Michon en France, dont près de 3?200 en Vendée, avec une moyenne d’âge de 45 ans. Créée en 1905, l’entreprise a implanté la majorité de ses sites de production autour de Pouzauges où se situe son siège social. Trois autres sites sont situés à Cambrai, Plélan-le-Grandet Paris.

51,29?% des voix lors des élections professionnelles. En septembre dernier, la CFDT a conforté sa place de première organisation syndicale sur l’ensemble des collèges. Elle compte 73 élus dont 52 sont inscrits dans des parcours de formation syndicale.

   

«?Aujourd’hui, nous sommes les seuls à signer des accords et à parler d’emploi dans l’entreprise?», constate Alain Ansel, soulignant que la CGT et FO «?ne signent plus rien?». Répartie sur tous les sites de Fleury Michon grâce à ses nombreux élus, la CFDT dialogue continuellement avec les salariés. Suivant la demande des adhérents, les élus viennent d’obtenir une augmentation salariale de 1,5?%, soit le double de l’indice Insee. «?Véritable avancée sociale pour un petit groupe comme Fleury Michon?», selon Jérôme Greff, délégué syndical central suppléant, un contrat sur le risque de dépendance vient aussi d’être créé. De plus, un départ en retraite sur deux ou sur trois, suivant les volumes de production, sera remplacé, ce qui représentera 20 à 30 embauches en CDI cette année. «?De quoi donner confiance aux salariés?», conclut Alain Ansel.

nfigarol@cfdt.fr

photo © Frédéric Fournier