Chez Enercon, la section CFDT a le vent en poupe

Publié le 20/12/2012 (mis à jour le 16/01/2013)
Le groupe allemand spécialiste de l'éolien se développe à un rythme effréné en France. Grâce à la mobilisation de jeunes militants CFDT, un vrai dialogue social s’est mis en place dans cette entreprise qui ne connaît pas la crise.

Dans la période, le développement d’Enercon en France fait figure d’exception. De 8 salariés en 2006, la filiale française de cette entreprise spécialisée dans l’éolien est passée à 40 en 2007 puis 186 en 2009 et compte aujourd’hui plus de 400 collaborateurs répartis dans 21 bases de maintenance régionales. Le 19 octobre, l’entreprise a inauguré sa première usine dans l’Oise, d’où sortiront des mâts en béton. D’ici à 2015, 150 nouveaux salariés devraient y travailler. « C’est un peu plus calme ces derniers temps en matière de recrutement, mais nous avons eu des périodes folles », se souvient le délégué syndical CFDT Karim Nedjar.

C’est dans ce contexte de croissance effrénée qu’est née la section CFDT. Après quelques années à travailler « comme des dingues », les premiers salariés de l’entreprise – tous aussi jeunes que motivés – ont décidé de se regrouper afin de discuter sérieusement avec la direction de leur rémunération et de leurs conditions de travail. « À l’époque, on était toujours “border line” avec la législation, se rappelle l’un d’eux. Plusieurs points de la convention collective n’étaient pas respectés. On faisait énormément d’heures et nous étions toujours sur la route. La direction ne nous accordait pas pour autant d’augmentation. Elle était davantage préoccupée par la signature de nouveaux contrats que par la mise en place d’une politique de ressources humaines digne de ce nom. Nous avons donc fini par décider de monter une section pour nous faire entendre. »

Des débutants conquis par la CFDT

Après avoir mené leur petite enquête sur diverses organisations syndicales, ces jeunes salariés ont été conquis par la CFDT. « Nous n’y connaissions rien, admet le délégué du personnel de l’époque. À part quelqu’un qui avait été chez Sud dans un précédent travail, personne n’avait été syndiqué auparavant. »

Les premiers temps ont été particulièrement éprouvants pour la fine équipe. Il a fallu tout apprendre, sachant que la ­direction ne lui a pas franchement facilité la tâche. « Nous avons dû nous plonger dans le code du travail pendant nos longues soirées d’hiver », rit l’un d’eux.

Les résultats, presque immédiats, obtenus par la toute nouvelle section l’ont rendu incontournable au sein de l’entreprise.  À peine reconnue officiellement, au début de l’année 2010, elle obtient 5 % d’augmentation pour l’ensemble du personnel ! Plusieurs accords suivront dans la foulée, notamment sur l’organisation du travail et le temps de travail. Systématiquement, un référendum est organisé, et chaque scrutin renforce la légitimité des élus. « Les salariés nous ont toujours soutenus et ont approuvé nos positionnements, souligne Karim Nedjar. Beaucoup ont, depuis, adhéré à la section. »

Du côté de la direction, l’heure est à l’apaisement. Après des débuts conflictuels, les relations sociales se sont normalisées. « Nous n’avons cessé de dire que nous n’étions pas là pour couler la boîte, tient à rappeler Karim. Nous savons être fermes sur nos positions, mais nous avons toujours eu le souci de l’activité. La direction, finalement, l’a compris. »

Dans quelques semaines, de nouvelles élections professionnelles seront organisées. Signe de l’excellent travail effectué par ces militants, aucune liste concurrente ne s’est montée. Avec le développement de l’entreprise, il a fallu trouver un plus grand nombre de salariés volontaires et veiller scrupuleusement à la répartition des postes entre les régions et les métiers. Sur la dizaine de militants des débuts, deux ont décidé de ne pas se représenter, à cause de la fatigue mais aussi parce qu’il n’est pas évident de monter au front dans une entreprise qui reste tout de même assez petite. « Après trois ans de délégation, on accuse un peu le coup. Et comme j’ai pris des responsabilités dans mon travail, cela devient plus compliqué avec les équipes », explique l’un d’eux.

Heureusement, la relève semble assurée

« Quand on voit ce qui a été fait ces trois dernières années, on a envie de s’investir », assure un militant novice. « Nous allons mettre en place une nouvelle organisation après les élections afin de gagner en efficacité, explique Karim. Les nouveaux élus vont bénéficier rapidement d’une formation, et les responsabilités seront davantage partagées au sein de la section pour soulager quelques militants qui se sont particulièrement investis jusqu’à présent. »

Plein de sujets à aborder. Le programme des négociations de la prochaine mandature promet d’être chargé, et les bonnes volontés ne seront pas de trop. Outre les NAO et l’éternelle question des horaires de travail, la section aimerait bien s’investir davantage sur des sujets qu’elle n’a pas eu le temps d’aborder en profondeur avec la direction, tels que l’évaluation des personnelles, la pénibilité ou les œuvres sociales… De toute évidence, les militants d’Enercon n’ont pas l’intention de se reposer sur leurs lauriers !

Jérôme Citron

 

Enercon en quelques chiffres

Fondée en 1984, la société Enercon est une entreprise allemande spécialisée dans la fabrication d’éoliennes.Elle emploie plus de 13 000 personnes dans le monde, dont 6 000 en Allemagne et plus de 400 en France.
Avec environ 20 000 éoliennes installées dans plus de 30 pays, la société fait partie des leaders mondiaux de l’éolien.
En France, Enercon est la première entreprise du secteur avec 35 % du marché
La CFDT est la seule organisation syndicale de l’entreprise.