Chez Bonduelle, la CFDT veille au grain

Publié le 07/10/2014

Dans la plus grande usine de légumes au monde, en Picardie, la CFDT agit au quotidien pour améliorer les conditions de travail des salariés.

 GAP0934« Le nombre d’accidents du travail était de 25 à 30 par an jusqu’en 2012. Aujourd’hui, il est inférieur à cinq. » Pour Laurent Fontaine, délégué syndical CFDT au sein de l’usine Bonduelle d’Estrées-Mons, dans le département de la Somme, « la sécurité, c’est l’affaire de tous ». Sur ce site de 50 hectares, plus de 270 000 tonnes de légumes sont conditionnées chaque année, ce qui en fait la plus grande usine de légumes au monde. Dans le secteur des surgelés , où la section syndicale CFDT s’est créée en 2000, les 416 salariés permanents sont soumis à de nombreuses contraintes : travail à des températures négatives, manutention et port de charges, exposition au bruit, gestes répétés à des cadences élevées, postures pénibles, travail en deux-huit et trois-huit, utilisation d’agents chimiques dangereux pour nettoyer les machines… Les troubles musculo-squelettiques sont nombreux, notamment chez les préparateurs de commandes, qui manipulent plusieurs tonnes de cartons chaque jour. Désormais majoritaire au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), la CFDT a obtenu la mise en place d’un plan d’action à moyen et long termes impliquant les managers. La direction s’est notamment engagée à « viser le zéro accident avec arrêt de travail » d’ici à 2025. « Il y avait des accidents, et rien n’était fait pour les éviter, déplore Laurent Fontaine. Mais le CHSCT a un pouvoir important. Nous avons fait arrêter l’atelier de conditionnement suite à un incident, et tout le travail de prévention que nous menons a permis de réduire rapidement leur nombre. »
Pour les 19 élus de la section CFDT, le fait d’être une équipe unie, constituant 90 % des membres du CHSCT, explique ces résultats. C’est d’ailleurs cette volonté collective d’agir en privilégiant la prévention qui a conduit Sébastien Guindeira, ancien élu CFTC, à rejoindre la CFDT il y a un an. Le secrétaire du CHSCT explique : « La culture du dialogue, la détermination de cette équipe à obtenir des avancées m’ont convaincu. » Pour limiter les ports de charges et les manipulations, le CHSCT a fait installer des tables élévatrices. Une formation, « la Bell* attitude », a été dispensée aux encadrants, afin de faire évoluer les comportements. « Il ne s’agit surtout pas de “fliquer” les gens qui n’auraient pas mis certains de leurs équipements de protection, mais d’être au contraire dans une démarche positive, souligne Sébastien. Par exemple, nous avons aussi formé cinquante observateurs, l’objectif étant d’instaurer un dialogue entre les salariés en vue de favoriser les bonnes pratiques. »

La vigilance des élus du CHSCT est permanente. L’automatisation des lignes a conduit à une réduction des effectifs et à une accélération des cadences. La CFDT a réussi à ralentir celles-ci dans l’atelier de conditionnement. Cependant, « on doit toujours intervenir auprès des managers pour que les procédures soient respectées, par exemple pour que la cadence ne reste pas à 16 sachets par minute lorsqu’un salarié doit remplacer la palettisation automatique qui est tombée en panne », raconte Jérôme Lotellier, secrétaire adjoint du CHSCT.

Equipe BonduellePlusieurs militants de la section sont caristes « grande hauteur » dans la chambre froide où sont stockées jusqu’à 23 000 palettes de légumes surgelés. Haute de 38 mètres, cette unité a vu le jour en 2011. Dans le bâtiment high-tech où la température est de -18 °C, des robots ont remplacé des salariés à la manutention. Ceux qui sont restés sont devenus pilotes d’installation automatique, tandis que les autres opérateurs ont été transférés dans d’autres unités. La CFDT a notamment obtenu que les chariots utilisés par les caristes, auparavant ouverts, soient équipés de cabines chauffées. Une avancée pour les conditions de travail, mais qui est aussi liée à l’arrivée de l’électronique embarquée : « Les cristaux liquides gelaient… C’est aussi pour cela que nous avons eu des cabines chauffées ! », commente avec humour Laurent Fontaine. Face aux conditions de travail difficiles, la section CFDT s’inquiète que les saisonniers constituent une variable d’ajustement. De juin à novembre, en pleine campagne de légumes, leur nombre dépasse celui des quelque 400 permanents puisqu’il peut atteindre 700 personnes. La plupart viennent de toute la Picardie, et parfois de plus loin, jusqu’à la frontière franco-belge. Certains saisonniers ont ce statut depuis de nombreuses années, sans qu’aucune embauche définitive ne leur soit proposée, et ce, alors même que des postes se libèrent. La moyenne d’âge des salariés est en effet de 47 ans. Beaucoup approchent de l’âge de la retraite, mais la section craint que tous ne soient pas remplacés. En décembre 2013, un accord a néanmoins été signé avec la direction pour l’ensemble du groupe afin de mettre en place des contrats de génération. La CFDT a obtenu des mesures destinées aux tuteurs âgés de 57 ans et plus (temps spécifique dédié au tutorat, prime de 300 euros, jours de congés supplémentaires). Six mois après la signature de l’accord, leur formation a débuté. Mais combien de jeunes vont être embauchés, alors qu’une centaine de salariés devraient partir à la retraite d’ici à trois ans ? La direction privilégie le secteur de la conservation, où la transmission des compétences est particulièrement en jeu, en raison de métiers spécifiques comme le sertissage. Qu’en sera-t-il du secteur des surgelés ? La question reste en suspens. Conditions de travail, emploi et sécurisation des parcours professionnels : la section CFDT est plus que jamais en vigilance orange.

 nfigarol@cfdt.fr

*Bell : « Bonduelle Europe Long Life » rassemble les activités de Bonduelle dans les légumes surgelés et en conserve.

   


51,54 %

La CFDT est la première organisation syndicale sur le site Bonduelle Surgelé d’Estrées-Mons. Avec 51,54 % des voix aux élections professionnelles (devant la CFTC et la CGT), elle démontre qu’elle a répondu aux attentes des salariés. La CFDT est aussi majoritaire à l’échelle du groupe Bonduelle.

Moins de 5 accidents par an

Le plan d’action mis en place par le CHSCT a permis de réduire le nombre d’accidents du travail, qui a été divisé par six en deux ans.