Chez Aircelle (Safran), la section passe à l’orange

Publié le 12/04/2016

Chez Aircelle, filiale du groupe Safran spécialisée dans la fabrication de nacelles pour avions, les militants CFTC ont décidé de rejoindre la CFDT afin de pouvoir peser. Le résultat des élections professionnelles a montré que les salariés avaient bien compris leur démarche.

Peut-on vraiment peser dans une filiale si on n’est pas présent au niveau du groupe ? Cette question, les militants CFTC d’Aircelle se la sont posée au début de 2015, à l’approche des élections professionnelles. Spécialisée dans la fabrication de nacelles (la structure qui entoure le moteur d’avion), cette entreprise de pointe, no 2 mondiale sur ce créneau derrière l’allemande Goodrich, est un poids lourd de l’aéronautique qui emploie 2 240 salariés en France, mais dont les marges de manœuvre dépendent essentiellement de la stratégie du groupe Safran, sa société mère. Représentative chez Aircelle avec 17,7 % des voix aux élections professionnelles de 2011, la CFTC aurait pu continuer à se développer, mais elle avait entre-temps perdu sa représentativité à l’échelle du groupe Safran.

À l’heure du choix

« Nous avons réuni la section et nous nous sommes posé deux questions, raconte Martial Auger, alors délégué syndical CFTC. Sommes-nous prêts à nous réinvestir pour un mandat de quatre ans et, si oui, sous quelle étiquette syndicale ? » Poursuivre à la CFTC signifiait en effet pour ces militants courir le risque d’être marginalisés au sein du groupe et, par conséquent, voir leur marge d’action au sein d’Aircelle se réduire.

     

Qui se ressemble s’assemble
Opposés sur le terrain à une CGT toute-puissante et guère portée sur le dialogue, les militants CFTC se sont tout naturellement tournés vers la CFDT quand ils ont éprouvé le besoin de rejoindre une organisation syndicale représentative au sein du groupe Safran. « Je côtoyais les élus CFDT lorsque je siégeais dans les instances pour la CFTC, explique Martial Auger. Nous avions la même approche du syndicalisme. »

Des hommes avant une étiquette
Le résultat des élections professionnelles montre bien que les salariés votent pour des collègues qu’ils connaissent et qu’ils apprécient avant de voter pour une étiquette syndicale. Le passage à la CFDT n’a provoqué aucune dispersion des voix. Ces militants ont continué leur progression, entamée depuis plusieurs élections.

Intégration à la fois professionnelle et régionale
En rejoignant la CFDT, ces militants ont découvert la structuration de la CFDT au sein du groupe Safran ainsi que la CFDT dans leur région. Ils ont notamment apprécié l’offre de formation qui leur a immédiatement été proposée. « Nous sommes encore un peu perdus entre toutes les structures CFDT, s’amuse l’un d’eux, mais ça commence à rentrer ! »

     

La première question a été tranchée rapidement. Les militants avaient envie de continuer l’aventure. La seconde a demandé un peu plus de temps, même si elle n’a pas été source de conflit. Très vite, il leur est apparu primordial d’être présents dans les instances stratégiques de Safran afin de disposer des bonnes informations au bon moment. « Nous sommes tombés d’accord sur le fait qu’il fallait que l’on rejoigne une organisation représentative au niveau du groupe, raconte Rodolphe Coisy, aujourd’hui l’un des élus CFDT au comité d’entreprise. Nous avions le choix entre la CFDT et FO. Nous avons rencontré les deux organisations, mais le choix n’a pas été cornélien. Du point de vue des valeurs, rejoindre la CFDT était plutôt évident. Et, pour tout dire, la représentativité de FO au sein de groupe étant en danger, cela ne nous a pas encouragés à explorer cette piste en profondeur. » Côté CFDT, l’affaire a également été rondement menée. Sur les trois sites Aircelle en France (Le Havre, Saclay et Toulouse), la CFTC était surtout présente au Havre (le plus gros établissement avec 1 600 salariés), où la CFDT n’avait plus de militants. À Toulouse (230 salariés), la situation était inversée. La CFTC n’était pas présente. Le rapprochement ne soulevait donc que quelques difficultés sur le site francilien (210 salariés), difficultés qui ont pu être levées en bonne intelligence.

« Côté CFDT, l’arrivée de ces militants a très vite été perçue comme une belle opportunité de s’implanter dans un bastion historique de la CGT. Toutes nos tentatives d’implantation au Havre avaient échoué jusque-là, raconte Marc Aubry, coordinateur CFDT de l’ensemble du groupe Safran et délégué syndical central de Snecma, autre filiale du groupe. Je connaissais Martial Auger car il représentait la CFTC au sein du groupe Safran avant la réforme de la représentativité, j’avais donc eu le temps de constater que c’était un militant travailleur qui avait une démarche constructive. Nous avons commencé par nous voir discrètement pour examiner comment ce rapprochement pouvait s’opérer, puis nous sommes allés à la rencontre de l’ensemble des militants CFTC d’Aircelle afin de leur expliquer comment la CFDT fonctionnait. » En parallèle, la coordination CFDT de Safran a fait se rencontrer les militants CFTC et le Syndicat de la métallurgie CFDT du Havre ainsi que l’union Mines-Métaux de la région.

Les élections professionnelles d’octobre 2015 ont montré que les salariés d’Aircelle avaient bien compris l’intérêt de ce rapprochement. L’addition des voix de la CFTC et de la CFDT a permis de gagner 1,2 point (de 24,7 % en 2011 à 25,9 % en 2015). Au Havre, les ex-CFTC ont particulièrement progressé en passant de 18,4 à 22,4 %. « Le choix de rejoindre la CFDT a créé une dynamique dans la section, explique Martial. Cela a été l’occasion de nous réinterroger sur nos pratiques syndicales et le sens de notre engagement. Jamais nous n’avions autant travaillé dans le cadre d’une campagne électorale. Nous nous sommes également rendu compte que se présenter avec l’étiquette CFDT avait un gros avantage : les salariés identifiaient plus facilement notre positionnement “réformiste”, notre souhait de promouvoir un syndicalisme de dialogue au sein de l’entreprise. » À la CFDT de Safran, on se félicite également que ce rapprochement se soit opéré de manière exemplaire du début à la fin. « Nous avons identifié tous les obstacles et nous les avons levés les uns après les autres, calmement et de manière consensuelle, analyse Marc Aubry. Il n’y a eu aucune mauvaise surprise. Le plan s’est déroulé sans un accroc. »

Plus de force et de légitimité

Aujourd’hui, les militants d’Aircelle ont toute leur place dans la CFDT, aussi bien au sein de la coordination Safran qu’à l’intérieur de la CFDT locale. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux ont déjà bénéficié de formations proposées par la métallurgie en région. « Nous découvrons petit à petit le militantisme dans une grande organisation, analyse Martial. Nous sommes moins autonomes dans nos décisions qu’auparavant car nous devons davantage prendre en compte l’avis de l’ensemble de la CFDT du groupe avant de nous positionner, mais cela ne nous pose pas de problème, bien au contraire. Cette réflexion collective nous donne plus de force et de légitimité face à la direction. » Prochaine étape : poursuivre cette implantation au fil du temps. « La CGT n’a plus que cinq élus sur neuf au CE. Le temps de l’hégémonie est derrière nous », conclut Martial, aujourd’hui délégué syndical central CFDT.

jcitron@cfdt.fr

     

Repères

• Aircelle conçoit, intègre et assure le support et le service après-vente de nacelles de moteurs d’avion. L’entreprise emploie 3 800 salariés dans neuf sites et cinq pays. En France, Aircelle emploie 2 240 salariés au Havre, à Toulouse et à Saclay.

• Aux élections professionnelles de 2015, la CFDT d’Aircelle a recueilli 25,9 % des voix, derrière la CGT (40,3 %) et la CFE-CGC (31,7 %).

• Safran emploie 70 000 salariés dans le monde, dont 35 000 en France. La CFDT pèse 23,6 % des voix, derrière la CFE-CGC (31,5 %) et la CGT (26,2 %).