CAF de l’Aveyron, une section CFDT née avec le protocole préélectoral

Publié le 31/07/2018

En s’organisant en section juste avant les élections, une poignée de nouveaux militants a réussi son premier pari : permettre à la CFDT de retrouver une présence à la CAF de l’Aveyron plus de dix ans après sa disparition.

Alors que le bâtiment de la Caisse d’allocations familiales de l’Aveyron, à Rodez, est en plein lifting, son paysage syndical a aussi fait peau neuve en juin 2017. Absente du site pendant plus de dix ans, la CFDT a fait un retour remarqué lors des dernières élections professionnelles. Avec 36 % des suffrages, elle a taillé des croupières à Force ouvrière, jusqu’alors unique organisation syndicale dans l’établissement. Cet excellent résultat, la CFDT le doit à une toute jeune équipe et au flair de militants des réseaux interprofessionnel et fédéral.

     

L’étape cruciale du protocole préélectoral
La négociation du protocole préélectoral a permis au Syndicat protection sociale (Syps) de Midi-Pyrénées de repérer une opportunité d’implantation de la CFDT à la Caisse d’allocations familiales de l’Aveyron. Elle a servi de déclic. Le réseau interprofessionnel et fédéral, poussé par la volonté de quelques agents, a fait le reste.

Les fiefs syndicaux ne sont pas inexpugnables
« Lorsqu’une organisation syndicale est forte dans un établissement, les salariés peuvent ressentir une lassitude. Ils aimeraient parfois que ça bouge », constate Marie-Ange Asensio-Carot, secrétaire générale du Syndicat protection sociale de Midi-Pyrénées. Ces situations peuvent permettre de proposer une autre offre syndicale. C’est ce qui s’est passé à la CAF de l’Aveyron. Les fiefs ne sont pas des forteresses imprenables…

La proposition d’une autre forme de syndicalisme
Après plusieurs années de monopole de Force ouvrière, les salariés avaient envie d’autre chose. La proposition de la CFDT, fondée sur une volonté de dialoguer avec la direction, a séduit nombre d’entre eux. Elle va de pair avec l’engagement d’une plus grande proximité vis-à-vis de l’ensemble du personnel.

     

« La CAF de Rodez nous a envoyé un courrier, début 2017, pour négocier le protocole d’accord préélectoral, se souvient Marie-Ange Asensio-Carot, secrétaire générale du Syndicat protection sociale de Midi-Pyrénées. Une militante CFDT d’Albi, Véronique Baup, mandatée par nos soins, s’y est rendue. Elle a senti qu’il y avait là une réelle opportunité… » Bien vu. Cette intuition rejoint l’aspiration d’une poignée de salariés. Depuis quelques semaines, l’envie de se présenter aux élections les titillait.

Une histoire de copains

« C’est avant tout une histoire de copains », lance Jean-Antoine Millan, 36 ans, chargé de communication de la CAF de l’Aveyron. « Notre aventure syndicale a commencé fin 2016 par des discussions sur le contenu des procès-verbaux des réunions du comité d’entreprise, raconte-t-il. Toutes les questions étaient abordées sous un angle conflictuel, pas du tout constructif. On s’est dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça, qu’avec cette attitude il n’y avait pas grand-chose qui avançait. »

Ce « on », c’est un trio. Avec Loéticia Sarres, conseillère technique, et Charlotte Routaboul, conseillère en économie sociale et familiale, entrées à la CAF respectivement en 2009 et 2005, ils partagent les mêmes valeurs et la même analyse de la piètre qualité du dialogue social dans leur caisse. Au fil des discussions improvisées autour de la machine à café, une idée germe : la seule solution pour faire bouger les choses en faveur des salariés, c’est de mettre la main à la pâte. Alors pourquoi ne pas créer une section syndicale ?

Pendant des semaines, ils tergiversent, refroidis par les échos d’une époque où les bagarres syndicales étaient parfois violentes. « La CFDT était représentée à la CAF de Rodez jusqu’en 2005 mais ça ne s’est pas bien fini, expliquent-ils. Les relations entre les organisations syndicales étaient très agressives. » Des souvenirs qui ont laissé des traces et en ont rebuté plus d’un au moment de se lancer. « Nos collègues souhaitaient voir une autre liste se présenter aux élections. Ils nous encourageaient mais la plupart d’entre eux ne voulaient pas franchir le pas, souligne Charlotte. De notre côté, nous n’étions que trois et ne représentions pas tous les services. Nous avions du mal à nous sentir légitimes. » Cette valse-hésitation dure plus d’un mois mais l’envie de s’investir dans les décisions concernant les conditions de travail du personnel finit par balayer les premières réticences.

À la mi-janvier 2017, le trio se jette à l’eau. Première décision : choisir la bannière sous laquelle se présenter. « Nous avons fait le tour des sites internet des organisations syndicales, se remémore Jean-Antoine. Celui de la CFDT mettait en avant l’importance de la négociation, le pouvoir d’un syndicat comme force de proposition, l’émancipation des adhérents… Tout ce que nous cherchions. » Un choix conforté par une visite des locaux de l’Union départementale de l’Aveyron organisée dans la foulée. « Nous n’y avions jamais mis les pieds auparavant. La seule chose que l’on savait, c’est que les locaux se situaient au-dessus du restaurant de moules-frites, sourit Jean-Antoine. Les affiches sur les murs nous ont tout de suite interpellés. Elles parlaient d’égalité hommes-femmes, de handicap, de lutte contre le travail des enfants… Des thématiques qui nous parlent. » « Nous les avons accueillis à bras ouverts, se souvient le secrétaire général de la CFDT de l’Aveyron, Robert Mestre. Leur démarche représentait pour la CFDT une opportunité extraordinaire de s’implanter de nouveau à la CAF. D’emblée, j’ai senti qu’ils étaient très motivés. » Ensemble, ils lèvent les dernières craintes. « Nous avions peur de devoir répondre à des instructions, de perdre toute marge de manœuvre pour intervenir, bref de ne pouvoir agir que comme des moutons obéissant à des directives, se souvient Loéticia. Robert nous a vite rassurés. »

Le réseau CFDT se met en mouvement

À la suite de cette première rencontre, la dynamique s’enclenche. L’Union départementale et le Syndicat protection sociale (Syps) de Midi-Pyrénées prennent langue et évoquent la situation de la CAF de Rodez. Ils mandatent Véronique Baup afin de négocier le protocole d’accord préélectoral. La secrétaire générale du syndicat se rapproche de Jean-Antoine ; ensemble, ils prennent la décision de distribuer un tract en vue d’étoffer l’équipe. Sur celui-ci apparaît pour la première fois le nom Jean-Antoine Millan. Impossible de faire marche arrière. « Nous nous sommes dévoilés auprès des salariés ce jour-là », insiste celui qui arbore désormais la casquette de délégué syndical. L’introduction du tract résume parfaitement leur état d’esprit et leurs motivations : « Ne pas donner son avis, c’est laisser croire que l’on est d’accord avec les idées que font circuler les plus influents. Ne pas s’engager, c’est laisser les autres décider à votre place. Il est des moments où il est préférable de se manifester. Une participation, même modeste, vaut mieux qu’un désintérêt total. »

Ces explications font mouche. En quinze jours, une liste de six candidats est constituée. Quelques semaines plus tard, au terme d’une campagne mettant l’accent sur une autre forme de syndicalisme, à défaut de pouvoir valoriser un bilan, les urnes rendent leur verdict. La CFDT affiche trois élus titulaires (deux pour le premier collège, un pour le second) et trois suppléants. Une belle performance : la veille des élections, elle était absente du tableau. « L’élection, c’est un point de départ, insiste Marie-Ange. Le 15 septembre dernier, nous avons organisé, la référente développement du syndicat et moi-même, une réunion avec les nouveaux élus de la CAF de Rodez pour échanger sur le rôle de chacun et répondre aux problématiques du moment. L’objectif, désormais, c’est de professionnaliser l’équipe, notamment par des actions de formation. » Parmi elles, la formation « Être à la CFDT aujourd’hui » animée par le syndicat ou celle sur le rôle et la fonction d’un comité d’entreprise animée par l’Union régionale interprofessionnelle d’Occitanie. Pour Jean-Antoine, « elles nous permettent de mieux appréhender le statut du syndicaliste vis-à-vis de l’employeur mais aussi les obligations des uns et des autres. Nous sentons que nous avons du pouvoir : on représente quand même plusieurs centaines de milliers d’adhérents ! » Une prise de conscience qui va les aider à peser dans la gestion des dossiers à venir.

Les priorités du mandat

« Nous avons plusieurs gros chantiers à ouvrir », indique Charlotte. Au premier rang desquels se trouve la négociation sur le télétravail. « Nous sommes un peu à la traîne par rapport aux autres caisses. C’est pourtant un sujet qui concerne beaucoup de salariés. L’Aveyron est un des départements les moins peuplés mais aussi les plus vastes de France. Les agents peuvent faire beaucoup de route pour se rendre au boulot. » Autres priorités de la toute jeune équipe, obtenir plus de transparence sur la grille des salaires – notamment l’attribution de points de compétences, qui a une incidence non négligeable sur le montant des rémunérations – et favoriser l’égalité femmes-hommes au sein de la caisse. De beaux défis que la CFDT peut imaginer relever parce qu’elle a su profiter d’une étape importante pour son implantation, souligne après coup la secrétaire générale du Syps Midi-Pyrénées : « Un protocole d’accord préélectoral, c’est primordial, insiste Marie-Ange. Sans cet épisode, je ne suis pas sûre que nous aurions aujourd’hui des représentants CFDT à la CAF de Rodez. Du coup, nous avons dessiné un plan d’actions régionales notamment pour rappeler aux employeurs les textes et exiger qu’ils nous préviennent suffisamment en amont afin que l’on puisse mandater un militant. » Et, pourquoi pas, créer une section.

dprimault@cfdt.fr

       

Repères

• La Caisse d’allocations familiales de l’Aveyron verse des prestations à 40 000 allocataires du cinquième département métropolitain en superficie. Elle emploie 180 salariés : 80 au siège, à Rodez, les autres à Millau et dans les cinq centres sociaux gérés par la CAF.

• En juin 2017, la CFDT, qui présentait pour la première fois depuis des années une liste aux élections professionnelles, a obtenu 36 % des suffrages contre 64 % pour FO, auparavant seule organisation syndicale sur le site. La CFDT a récolté 30 % des voix dans le premier collège et 68 % dans le second.