C’est l’emploi qui gagne chez Ugo ThyssenKrupp

Publié le 21/01/2015

La section CFDT de cette entreprise de 550 salariés située à Isbergues dans le Pas-de-Calais a négocié un accord défensif qui assure le maintien de l’emploi pendant trois ans. Les salariés lui ont donné raison à 53 %, malgré les menaces de la CGT.

« C’est un accord lourd à porter, mais nous l’assumons. » Disant cela, Claude Benoît, le secrétaire de la section CFDT d’Ugo ThyssenKrupp à Isbergues (Pas-de-Calais) se fait le porte-parole d’une section soudée autour de lui et de l’accord qu’elle a signé dernièrement. De fait, celui-ci prévoit la suppression de dix à seize jours de RTT selon les statuts (ouvriers de jour ou de nuit, Etam*, cadres), le passage de 32 à 35 heures ou de 35 heures à 37 h 30, soit environ 8 % de travail supplémentaire pour tous qui seront payées et compenseront la suppression du treizième mois, la suppression des heures de délégation des suppléants. Le tout jusqu’au 31 décembre 2017 !

Évidemment, il y a des contreparties. La première, c’est de ne pas fermer cette usine qui fabrique de la tôle magnétique destinée aux transformateurs électriques, et de maintenir les 550 emplois pendant les trois ans à venir. « Depuis 2013, la direction allemande du groupe cherchait à vendre ce site qui perdait de l’argent, l’équivalent de deux fois et demie la masse salariale nette », explique Claude Benoît. Des repreneurs s’étaient manifestés, mais leurs offres étaient insuffisantes et exigeaient surtout une restructuration préalable des effectifs.

Deuxième contrepartie, le groupe s’est engagé à baisser le prix des matières premières qu’il fournit au site d’Isbergues et à faire face aux pertes pendant les trois années qui viennent. « Sans cela, le commissaire aux comptes n’aurait pas validé nos comptes, et la direction du site n’aurait jamais obtenu de prêts des banques, assure Jean-Michel Courtin, élu CFDT DP et CE du deuxième collège. La boîte se serait retrouvée au tribunal de commerce. » « Quant au reclassement de 550 personnes dans le secteur ou même dans la région, faut oublier, affirme Arnaud Flament, du Syndicat métallurgie de Béthune-Isbergues. Les seules embauches qui ont lieu, c’est en intérim. »

Retour à l’équilibre en 2016

  

 

 

Les élections du 2 décembre 2014

Deux mois après l’accord sur les mesures d’adaptation pour « l’avenir d’Ugo », les salariés du site d’Isbergues ont octroyé 53,13 % des voix à la CFDT (+ 7 points par rapport au scrutin de 2010). Aux élections DP, elle obtient 38,79 % des voix dans le 1er collège et 85,53 % dans le 2e collège. Aux élections CE, elle obtient 43,64 % dans le 1er collège et 81,20 % dans le 2e.

 IG Metall signe à 39 heures

Le groupe compte trois sites travaillant dans la même activité. Le site indien compte environ 500 salariés, 140 ont été licenciés. L’autre est en Allemagne, avec 580 salariés. La direction a proposé un accord aux responsables d’IG Metall : passage de 35 à 39 heures non compensé et suppression de 50 % du treizième mois. Le syndicat allemand a signé l’accord un mois avant Isbergues.

 La CFDT bien implantée

Le Syndicat métallurgie Béthune-Isbergues compte deux autres grosses usines. À la STA (520 salariés), à Ruitz, la CFDT occupe depuis février 2014 la 2e place avec 22 % des voix. Elle a amélioré son score de 7 points par rapport à 2010. Chez Aperam (400 salariés), à Isbergues, les élections ont vu la CFDT progresser de 13 points par rapport à 2009, à 45 % des voix.

   

Troisième contrepartie, le groupe va investir près de 4,5 millions d’euros afin d’augmenter l’activité haut de gamme des produits de cette usine. « C’est le signe que la direction a tout de même confiance en l’avenir », estime Claude Benoît. Un choix stratégique quand on sait que la Chine vient d’entrer sur ce marché de la tôle magnétique, qui s’est révélé juteux par le passé. Selon le plan de la direction, le site d’Isbergues pourrait encore connaître des pertes qui se traduiront dans le bilan 2014-2015, mais devrait revenir à l’équilibre en 2016.

Évidemment, cet accord a fait l’objet d’âpres négociations. « Le nombre de jours travaillés en plus a été ramené de dix à cinq pour les gens de l’atelier, rappelle Frédéric Ségard, tout nouveau secrétaire du CE. Nous avons aussi obtenu une clause de revoyure en cas de retournement de situation ou d’embellie. » Au sein de la section aussi, les discussions sont allées bon train. « Nous avons tenu un bureau syndical exceptionnel, explique Claude Benoît. Nous avons l’habitude de transmettre au plus tôt les informations importantes données en CE ou en négociation aux salariés. Là, nous avons carrément décidé de faire un sondage auprès d’eux avant de signer l’accord. »

« Le résultat a été très proche de celui des élections qui ont suivi, le 2 décembre  : plus de 50 % étaient favorables. Dans les ateliers, on était à 50-50, chez les Etam à 90 % et à 100 % chez les cadres », poursuit Claude Benoît. Finalement, l’accord est signé le 26 septembre. « Jusqu’au dernier moment, la direction a pensé que nous ne signerions pas », ajoute le secrétaire de la section. Il faut dire que celle-ci ne peut être soupçonnée de complaisance envers sa direction : un solide contentieux l’oppose à cette dernière dans le dossier amiante. L’affaire, qui concerne 180 salariés du site, n’est toujours pas réglée. Elle devrait connaître son épilogue à travers une future décision du Conseil d’État.

En signant, à la fin septembre, un accord défensif mais préservant l’emploi, la section savait qu’elle ferait des mécontents. « Un plan social aurait sans doute arrangé quelques salariés proches de la retraite », reconnaît Claude Benoît, qui n’imaginait pourtant pas une réaction aussi agressive de la CGT. À deux mois des élections DP et CE, la CGT a mené une campagne violente et calomnieuse à l’égard de l’équipe CFDT.

Une CGT déchaînée

La CGT s'est montrée très menaçante notamment vis à vis de certains élus CFDT qui ont mené campagne au sein des ateliers, où ils ont été confrontés à des situations extrêmement tendues. On a même retrouvé un « gourdin anti-CFDT » scotché sur le mur d’un atelier. Mais là, les courageux auteurs de cet acte n’ont ni revendiqué ni signé leur geste. « Vendus, traîtres… » : tels sont les noms d’oiseaux qui accueillent l’équipe CFDT lorsqu’elle débarque dans des ateliers réputés « tenus » par la CGT. « On n’a pas eu peur même si c’était chaud, reconnaît Julien Vermelle, élu DP et CE, et il s’est toujours trouvé des gens pour nous écouter. »

Le courage a payé. Le 2 décembre, après le dépouillement, la CFDT, qui était déjà première organisation avec 46 % des voix, se retrouve propulsée organisation majoritaire avec 53 % des suffrages ! Elle rafle six sièges de DP sur neuf, n’en laissant que trois à la CGT, qui recueille 38,60 %. La CFDT prend également le secrétariat du CE, tenu jusqu’ici par la CGT. Un vrai soulagement pour l’équipe qui voit là son travail et ses choix récompensés. « De plus, cet accord ne donne pas le “la” de la conduite à tenir à l’avenir. Nous aurons bientôt des négociations sur les salaires, et nous n’avons pas l’intention de signer n’importe quoi », assure Frédéric Ségard.

dblain@cfdt.fr

* Etam : employés, techniciens et agents de maîtrise.

  

ThyssenKrupp Electrical Steel Ugo

• Le site d’Isbergues (Pas-de-Calais) compte 550 salariés.

• Ils fabriquent de la tôle magnétique à grains orientés, matériau nécessaire à la production de transformateurs à rendement énergétique élevé et de grands turbogénérateurs.

• Le groupe allemand ThyssenKrupp possède deux autres sites produisant de la tôle magnétique, l’un en Allemagne (580 salariés), l’autre en Inde (500 salariés).