Bridgestone : “On va se battre mais proprement”

Publié le 14/11/2020

Le 12 novembre, le fabricant de pneumatiques Bridgestone a définitivement jeté l’éponge, confirmant son souhait de fermer son site de Béthune dans le Pas-de-Calais, où travaillent 863 salariés, en avril prochain. La CFDT reste mobilisée et l’intersyndicale travaille dès à présent à la suite de la bataille : trouver un repreneur et accompagner au mieux les salariés.

Bien sûr, l’annonce a fait l’effet d’un « nouveau coup de massue ». Le 12 novembre, la direction du fabricant japonais de pneumatiques Bridgestone a définitivement fermé la porte à une relance de l’activité sur son site de Béthune, confirmant ainsi sa décision de mi-septembre de fermer le site en avril 2021. Mais pour l’équipe CFDT, ce n’est pas une véritable surprise. « Au fond, on se doutait bien que la direction n’accepterait pas de réinvestir dans le site. Alors au moins, là, on est fixé. On va pouvoir avancer », explique Jonathan Capelle, représentant syndical CFDT. Parce que cela faisait plusieurs semaines que les salariés du site attendaient de savoir si la direction prendrait la main tendue par le gouvernement, intervenu immédiatement dans le dossier pour empêcher la fermeture, et qui poussait un scénario de maintien partiel d’activité avec montée en gamme de la production. Et qui avait pour cela mandaté le cabinet Accenture.

Stratégie délibérée

« On sait depuis longtemps que Bridgestone prépare la fermeture du site. Revenir sur ce projet aurait été peu probable », analyse également Gwénola Deroo, consultante chez Syndex et qui connait bien le dossier pour être déjà intervenue, en 2019, dans le cadre d’un droit d’alerte lancé par le Comité social et économique. Car cela bien des années que les élus, et notamment les élus CFDT, alertent sur la situation de l’usine, qui ne fait plus les investissements nécessaires et réduit la production. Entre 2007 et 2020, celle-ci est passée de 23 000 pneus produits par jour à 9 000 pneus. « Bridgestone a délibérément choisi de rayer cette usine de son projet industriel et stratégique, et ce, depuis longtemps », confirme Michel Crépin, le secrétaire général de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Hauts de France, très impliqué dans le dossier.

« On va se battre, mais proprement »

Si le plan A de relance du site est désormais écarté, la fin de l’histoire est loin d’être écrite. Un plan B de reprise du site par un industriel est à l’étude. Pour l’heure, une dizaine d’acteurs se seraient montrés intéressés, dont 4 sérieux. Les dossiers vont être étudiés par la BPI et Business France, mandatés dans le cadre de la loi Florange. En parallèle, les élus et représentants des salariés se concentrent sur le volet du plan social, accompagnés par Maitre Ducrocq et le cabinet Syndex, pour trouver le meilleur accompagnement pour les salariés. Bridgestone dit déjà avoir proposé une centaine d'offres dans les activités que le groupe conserve en France, dont 25 % dans les Hauts-de-France, ainsi qu’en externe. « Ce qu’on veut, c’est obtenir le max pour les salariés. Même si on peut éprouver de la colère vis-à-vis de la direction, ce n’est pas le moment d’aller brûler des palettes. On doit continuer à faire tourner l’usine et garder l’activité, pour que personne ne perde en salaire et qu’on préserve l’outil de travail. C’est sûr qu’on va se battre, mais proprement », conclut Jonathan.

epirat@cfdt.fr

photo : Franck CRUSIAUX/REA