Bretagne : pourquoi il faut se mobiliser le 23 novembre

Publié le 15/11/2013
Pour faire cesser la cacophonie orchestrée autour des Bonnets rouges, la CFDT Bretagne et six autres organisations appellent les salariés de Bretagne à donner de la voix, le 23 novembre. (Mis à jour le 18 novembre avec l’interview de Louis Baron, le secrétaire général de la CFDT-Bretagne)
      
  

Dernière minute
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT participera à la manifestation à Lorient (Morbihan). Le rassemblement aura lieu boulevard Cosmao-Dumanoir à 10h30.

   

« Se mobiliser sur les vrais enjeux : l'emploi. » Tel est l’appel lancé à tous les salariés de Bretagne par sept organisations syndicales de la région (CFDT, CGT, Solidaires, CFTC, UNSA, CFE-CGC, FSU), qui sonnent la mobilisation, le 23 novembre, sur ce mot d’ordre. Mobilisation sur les lieux de travail, autour des entreprises en difficulté, lors de rassemblements dans chaque département, les salariés bretons sont appelés à faire entendre leur voix pour faire cesser la cacophonie « entretenue depuis plusieurs semaines par le mouvement dit des Bonnets Rouges ».

Stop à l’instrumentalisation !

Bretagne ©Jean Claude MOSCHETTI REA 581 191
© Jean-Claude Moschetti / Réa

Les plans sociaux se sont amoncelés, dans l’agroalimentaire, mais aussi dans l’automobile ou l’électronique. Avec pour conséquence la colère et l’angoisse des salariés licenciés ou menacés de l’être. Mais « face aux manœuvres de récupération de cette détresse », les organisations syndicales dénoncent « les discours et postures réactionnaires et affirment leur refus de la violence et du vandalisme, de la destruction de biens publics à ce jour impunie ».

Alors que s’est ouvert un front du refus qui mélange tous les mécontentements avec la perspective de n’aboutir à rien, voire au pire, les organisations syndicales pointent les responsabilités du patronat dans la crise actuelle. « Il faut en finir avec ces méthodes de gestion de trop d’entreprises irresponsables et arrogantes, détournant et gaspillant subventions et force de travail, détruisant impunément le bien public, méprisant la santé des salariés sans aucune volonté de préparer l’avenir. »

Elles n’éludent pas non plus celle de l’État, qui a « la mission impérative de s’assurer que les employeurs mettent en œuvre leurs obligations et que les droits des salariés soient effectivement respectés ».

Non à la fatalité

Pour « sortir d’une crise dont les salariés ne sont pas responsables », les sept organisations appellent surtout l’ensemble des acteurs à se retrousser les manches. Les salariés doivent se mobiliser pour réclamer « un vrai pacte social dans le pacte d’avenir ». Il ne suffit pas d’obtenir un soutien financier au territoire breton. Les « Sept de Bretagne » réclament des « garanties formelles et transparentes des entreprises quant à l’utilisation de ces moyens, en termes d’anticipation, d’innovation, et de politique sociale ».

Pas question d’accepter la fatalité « des suppressions d’emploi et de la destruction d’un tissu industriel des territoires dont nous pensons qu’ils peuvent rebondir ». CFDT, CGT, Solidaires, CFTC, UNSA, CFE-CGC, FSU rappellent que la première richesse du territoire, c’est les salariés. Ce constat impose de tout mettre en œuvre pour maintenir l’emploi, former et qualifier les salariés. Pour les salariés qui ont été licenciés, les mesures d’accompagnement « doivent être améliorées et étendues » notamment aux TPE et PME et au-delà de la seule filière agroalimentaire. 

Responsabilité partagée

Conscientes qu’il est plus difficile de proposer et d’agir que de s’opposer, les organisations comptent sur une forte mobilisation des salariés… et sur la responsabilité de chacun des acteurs à entendre les voix de ceux qui veulent tracer des perspectives d’avenir en Bretagne.

aseigne@cfdt.fr

 

Louis Baron, secrétaire général de la CFDT Bretagne : "La vraie question, ce n’est pas l’écotaxe, mais l’emploi"

L’écotaxe a-t-elle été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase??

Je pense que c’est plus complexe. L’écotaxe a été une opportunité pour certains. Après les annonces de suppressions d’emplois chez Gad, Doux et d’autres, il était prévisible que la situation serait tendue. C’est une partie de l’agroalimentaire breton qui est en crise faute d’avoir anticipé les évolutions. Pour la filière volailles, notamment, l’arrêt des soutiens à l’exportation était connu. La filière porcine, elle, pose d’autres problèmes environnementaux, choix de la gamme et absence de valeur ajoutée.

Il était facile pour des employeurs de détourner la colère vers l’écotaxe en se dédouanant de leurs responsabilités. Il faut dire que certains salariés ont été manipulés par une partie de FO, des responsables politiques régionalistes et des petits patrons qui ont poussé leurs salariés à manifester.

La manifestation des bonnets rouges à Quimper était tout de même massive…

Il y a un vrai malaise, mais force est de constater que cette manifestation a bénéficié d’une promotion nationale de la part des médias. Une grande partie de la Bretagne ne se reconnaît pas dans les bonnets rouges?! Tout cela crée un climat de repli, défensif et un peu malsain.

Le gouvernement annonce et discute un "Plan Bretagne". Qu’en pense la CFDT??

Il faut éviter d’avoir une vision manichéenne, tout blanc et tout noir. On ne réglera pas une crise structurelle par des solutions qui sortent du chapeau. La vraie question, ce n’est pas l’écotaxe, mais l’emploi. Le Plan Bretagne annonce des mesures d’urgence qui ne sont pas à la hauteur des besoins. Je dirai même que nous avons affaire à un amateurisme irresponsable. La CFDT participe aux concertations et nous réclamons que les aides aux entreprises soient consenties avec des engagements précis sur le plan économique et social en prenant en compte le développement durable.

Nous demandons aussi qu’une instance, composée de tous les acteurs, discute sérieusement des questions sociales, qu’un travail d’anticipation sur les difficultés économiques soit effectif, et que se mette en place une réelle gestion prévisionnelle des emplois. C’est cette approche partagée qui peut nous sortir de ce climat délétère.

Propos recueillis par hisrael@cfdt.fr


Photo : © Jean-Claude Moschetti / Réa