Biscuits St Georges : Les élus CFDT déterminés à faire bouger les lignes

Publié le 23/08/2018

Élus selon les nouvelles normes du comité social et économique (CSE), les militants CFDT de la Biscuiterie Saint-Georges, près de Cholet, se confrontent à une direction peu ouverte au dialogue et dont ils ne comprennent pas la stratégie.

Dans le pays des Mauges, les dirigeants d’entreprise sont des gens pressés. En mars 2018, le Conseil constitutionnel inscrivait les ordonnances modifiant le code du travail dans le marbre de la loi. Ce même mois, les élections des représentants du personnel au sein de la toute nouvelle instance créée par ces mêmes ordonnances, le Comité social économique (CSE), étaient organisées à la biscuiterie Saint-Georges, une usine située dans le bocage choletais. « Ça nous faisait un peu peur, se souvient Dominique Guesneau, la déléguée syndicale CFDT. C’était un saut dans l’inconnu avec des modalités que l’on ne maîtrisait pas beaucoup. »

     

Faire de la place à de nouveaux candidats
L’équipe des élus CFDT de la biscuiterie Saint-Georges s’est ouverte à deux nouveaux candidats, Dominique et Céline. « C’est une bonne chose, souligne Marylène Reulier, qui faisait partie de l’équipe sortante lors des dernières élections, de mars 2018. Ils nous offrent un nouveau regard sur la réalité de l’usine. » Indispensable pour relancer une dynamique quand le dialogue social est compliqué.

Mener une campagne de terrain
La formation « Gagner les élections », dispensée par le Syndicat général de l’agroalimentaire du Maine-et-Loire, a porté ses fruits. Cinq militantes de l’équipe CFDT des Biscuits St Georges ont appliqué ce qu’elles y ont appris, entre autres la nécessite de mener une campagne au plus près du terrain. Des distributions de tracts bilan de l’activité des élus ont été régulièrement organisées lors des prises de postes de 5, 13 et 21 heures.

Trouver une nouvelle organisation interne
« Avec une réunion CSE tous les deux mois et l’absence de commissions, il va falloir trouver des solutions, notamment pour quantifier le mal-être des salariés et être entendus de la direction », souligne Dominique Guesneau, la déléguée syndicale CFDT. Parmi celles-ci, organiser l’équipe des élus par thématiques avec des militants en veille sur la sécurité, la qualité de vie au travail, la pénibilité, etc.

     

Le protocole d’accord préélectoral n’a pas rassuré l’équipe CFDT pourtant largement majoritaire d’élection en élection. « Ici, il n’y a rien à négocier, déplore-t-elle. Nous voulions que les suppléants puissent assister aux réunions. La réponse de la direction a été immédiate : c’est niet ! Nous voulions qu’une réunion CSE mensuelle soit organisée pour mieux suivre les affaires… même réaction. L’équipe dirigeante souhaitait appliquer la loi, juste la loi. » Résultat, le seul référentiel qui compte, c’est le tableau Excel fourni par les autorités administratives. La biscuiterie Saint-Georges compte 210 salariés ? Elle entre dans la colonne des entreprises de 200-249 salariés qui ont droit à dix délégués et 22 heures de délégation. Point. Même attitude vis-à-vis des commissions. La loi ne les imposant pas dans les entreprises de moins de 300 salariés, le CSE des Biscuits St Georges s’en passera. Fermez le ban. Difficile à avaler pour les militants CFDT qui, aujourd’hui, se trouvent passablement démunis devant l’absence de dialogue.

Avec le CSE, de nouvelles règles à maîtriser

Alors les militants se forment. Le 26 juin dernier, au lendemain de la rencontre avec Syndicalisme Hebdo, ils partaient tous pour trois jours de formation au CSE organisés par l’Arefor, l’outil de formation syndicale de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Pays de la Loire. « C’est le début, relativise Dominique. Il faut que l’on se pose, qu’on réfléchisse tranquillement à la façon dont nous allons réagir pour nous mettre le plus possible au service des salariés. » « Il faut y aller doucement, étape par étape », ajoute Marylène Reulier, secrétaire adjointe du CSE, qui a vu les équipes de direction se succéder depuis qu’elle a franchi le seuil de l’usine, en 1982.

En amont du scrutin de mars 2018, la section s’est également donné les moyens d’appréhender au mieux cette nouvelle forme de représentation syndicale, en participant à la formation « Gagner les élections » dispensée par le SGA 49 (Syndicat général de l’agroalimentaire du Maine-et-Loire). « Ce moment a été important dans la campagne. Cinq d’entre nous ont suivi cette formation, indique la déléguée syndicale. Elle nous a permis d’apprendre plein de choses, notamment des techniques qui permettent d’aller davantage à la rencontre de nos collègues, valoriser ce que nous avions accompli en tant que représentants du personnel mais aussi en tant que syndiqués CFDT. » « On apprend de nos erreurs, souligne avec malice Sylvie Voland, élue lors du dernier scrutin. La communication, ce n’était pas notre fort. » Depuis, l’équipe s’est rattrapée.

Un fréquent rappel des acquis obtenus par la CFDT

Pendant toute la durée de la campagne, les militants se sont mis à distribuer régulièrement des flyers à chacune des prises de postes, à 5, 13 et 21 heures, et récapituler ainsi les acquis obtenus par la CFDT dans bien des domaines. Ne retenant que les quatre dernières années, les élus ont de cette façon pu mettre au crédit de leurs actions l’obtention d’une prime bénéficiant aux formateurs-tuteurs, le passage de certains techniciens au grade d’agent de maîtrise, la reconnaissance de la polyvalence des pétrisseurs par le gain d’un échelon supplémentaire, la revalorisation de la grille de salaire des employés de la maintenance, etc. Et surtout valoriser un accord pour lequel ils se sont mouillés : l’accord sur l’intéressement. « La CGT a refusé de le signer au prétexte que l’on pouvait exiger plus. Nous avons rappelé dans nos tracts que la prime s’élève quand même à plus de 4 700 euros en cumulé depuis quatre ans. Ce n’est pas rien ! », lance Lolita Rodemacher, élue CFDT et trésorière du CSE. Surtout lorsque les salaires ont beaucoup de mal à décoller du plancher, tout juste au niveau du Smic. « J’ai quasiment le même salaire que quand j’ai débuté, il y a douze ans », constate amèrement Céline Pesquet, la « petite dernière » de l’équipe. Élue suppléante au CSE à l’issue des dernières élections, elle a choisi de s’investir et tenter de « bousculer » une usine vieillissante. Même combat pour Dominique Guyoton, fraîchement élu lui aussi. « Les dirigeants ont adopté un fonctionnement à l’ancienne, comme dans les années 1980. Il y a plein d’échelons, plein de paliers. Et quand l’information redescend, elle rate souvent des marches, et on ne se comprend pas ! » Il y en a, pourtant, des choses à expliquer. À commencer par la stratégie de l’entreprise. « Le travail ne manque pas mais on a du mal à fournir, explique-t-il. Pas à cause des volumes à produire mais parce que notre outil de production subit très souvent des incidents techniques. Désormais, on a tellement de retard que l’on aime mieux réparer qu’investir. Ou alors quand on installe de nouvelles machines, elles se retrouvent au milieu d’anciennes qui, lorsqu’elles tombent en panne, stoppent toute la ligne. Tout ça se fait au détriment de la qualité, et ce sont les salariés qui en ont pleinement conscience, plus que les dirigeants. C’est le monde à l’envers ! »

Une réputation qui rend les recrutements difficiles

Ces arbitrages industriels rendus en dépit du bon sens ont un impact direct sur les conditions de travail des ouvriers. « Il ne se passe pas une semaine sans que je vois une fille [l’usine compte un tiers d’hommes pour deux tiers de femmes] pleurer sur la ligne, constate le nouvel élu. Ces conditions font que les gens se parlent mal. Il y a un sérieux problème de management. » Résultat, dans un territoire qui affiche un des taux de chômage les plus bas de France (les Pays de la Loire devancent la Bretagne et l’Île-de-France au classement), la tentation d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte est grande. « Nous avons perdu beaucoup de compétences en quelques années. Rien qu’en juin, il y a eu six annonces de départ. Le dernier, c’est un découpeur – un poste stratégique – qui est parti d’un coup, en pleine journée ! » Difficile, dans ces conditions, de retenir les intérimaires, caristes ou conducteurs de lignes, qui souvent font un petit tour et puis s’en vont. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir alerté la direction. « Plusieurs élus CFDT sont sur des postes de remplacement, nous intervenons partout dans l’usine, indique Dominique, la déléguée syndicale. La difficulté du travail, nous la lisons sur les visages. Nous en parlons aussi beaucoup pendant les pauses. C’est dur. Mais quand on évoque ça avec la hiérarchie, les réponses ne nous conviennent pas. » La direction a-t-elle pris la mesure de la situation ? Début juin, elle a remanié l’organigramme de l’usine et s’est donné un délai de six mois pour mesurer l’impact de sa décision. Une période pendant laquelle la CFDT restera très vigilante. « En quatre ans, les effectifs ont fondu, passant de 250 à 210 salariés », observe Sylvie. Depuis longtemps, une banderole quelque peu défraîchie accueille les visiteurs à l’entrée du site. « Ici on recrute. » Précédée de sa réputation, la biscuiterie Saint-Georges a du mal à attirer les candidats.

dprimault@cfdt.fr 

photo © DR

     

Repères

• Les Biscuits St Georges appartiennent depuis 2001 au groupe Bouvard, qui compte un peu moins de 900 salariés. Ils sont produits à Saint-Georges-des-Gardes, un site de 210 salariés répartis sur 9 lignes de production.

• Le 16 mars 2018, la CFDT a remporté haut la main les élections professionnelles. Elle a obtenu 106 voix sur les 126 exprimées dans les collèges ouvriers et employés, ne laissant que des miettes à la liste CGT. Huit élus CFDT siègent au comité social et économique (sept titulaires et une suppléante) contre deux CGT (une titulaire, un suppléant).