Baie d’Armor Transports : Le dialogue social au service de la qualité

Publié le 06/06/2016

Entre la CFDT et les élus chargés du transport urbain, le dialogue social a abouti à un projet d’entreprise ambitieux aussi bien pour la qualité de service dans l’agglomération que pour le bien-être des salariés.

À Baie d’Armor Transports (BAT), la société de transport urbain qui dessert Saint-Brieuc Agglomération, le dialogue social est un peu l’exception qui confirme la règle : il fonctionne si bien que, depuis bientôt trois ans, les instances représentatives du personnel, la direction et les élus chargés du transport ont réussi, à budget égal, à améliorer le quotidien de tous, salariés comme usagers.

Avant d’en arriver là, la section CFDT de BAT a dû se battre. Dialogue social, management et gestion financière de l’entreprise en délégation de service public étaient catastrophiques ! Tous les salariés en pâtissaient. En 2011, elle a même déclenché une grève de cinq jours visant à alerter les élus locaux. Entre-temps, elle avait fait appel au cabinet d’expertise Syndex afin d’auditer les comptes de BAT. C’est ce qui a décidé Saint-Brieuc Agglomération à reprendre la main, en créant, en 2013, une société publique locale. « Il fallait saisir l’opportunité de mettre en œuvre les conclusions de Syndex et montrer qu’à budget égal, on pouvait améliorer les conditions de travail d’une part, le service aux usagers d’autre part », explique Laurent Girodon, délégué syndical de BAT.

     

“Bien connaître son interlocuteur”
Cette formation dispensée par le Syndicat national des transports urbains (SNTU) CFDT a fourni à Laurent Girodon, le délégué syndical de Baie d’Armor Transports, des outils qui lui permettent de discuter avec les élus et d’être crédible sur son cahier des charges. « Aujourd’hui encore, je mène toujours une petite enquête sur la personne que je vais rencontrer pour savoir comment je vais présenter ma demande », confie-t-il.

“Une vision sociétale de son métier”
Prendre de la hauteur et dépasser les intérêts purement corporatistes est nécessaire si l’on veut discuter avec des élus locaux, dont le projet s’inscrit dans un ensemble plus vaste que l’horizon de l’entreprise. La CFDT de Baie d’Armor Transports cherche toujours à faire correspondre sa vision sociale avec le projet de société de l’agglomération.

Agir sur tous les aspects du travail
Pour la CFDT de Baie d’Armor Transports, le dialogue social ne se limite pas à négocier des augmentations de salaires. « Si on me dit “pas d’augmentation et trois embauches”, je réponds “OK !” », déclare Laurent Girodon. D’autres aspects du travail entrent en jeu, à commencer par la qualité. En 2016, pour compenser une augmentation des salaires de seulement 0,3 %, la section a négocié une prime « challenge conducteurs » récompensant la qualité du service effectué.

     

Finie la gestion au seul profit des actionnaires ! Le budget est mis au service de la qualité du travail. Pour les salariés, cela se traduit par des mesures de bon sens, mais fondamentales : l’installation de fontaines à eau et de sanitaires qui manquaient en bout de ligne, la réintroduction de temps de pause afin qu’il ne soit plus possible de conduire trois heures non-stop. Peu à peu, la relation de confiance se restaure.

Plus de confort pour tous

En cherchant le bien-être des conducteurs, c’est l’offre de transport elle-même qui par ricochet s’est améliorée. Voirie, virages, dos-d’âne, trottoirs à refaire, durée du trajet : les chauffeurs ont été encouragés à faire part de leurs observations sur leur parcours pour l’optimiser, le modifier, le sécuriser en changeant un horaire ou en engageant des travaux si nécessaire. Leur objectif, comme celui de l’agglomération : transporter les personnes sereinement tout en maintenant un temps de trajet constant sur l’ensemble du parcours. « Parmi les obligations de service public, le respect des horaires est un challenge bien accepté aujourd’hui par les salariés puisque, depuis 2013, Baie d’Armor Transports leur reverse 100 % de la prime annuelle de qualité octroyée par l’agglomération, soit la totalité d’une enveloppe de 80 000 euros [au lieu de 50 % sous la précédente direction] », précise Laurent Girodon. Ce que Ronan Kerdraon, vice-président de Saint-Brieuc Agglomération, chargé des transports et modes de déplacement, justifie aussi : « L’agglomération veut conquérir une clientèle d’actifs [ils ne sont que 12 % aujourd’hui à emprunter le réseau] de façon à faire reculer l’usage de la voiture individuelle et à développer l’intermodalité. Or tout ce qui contribue au confort des salariés est bénéfique pour bonifier notre offre de services. »

Ce parti pris a offert la possibilité aux conducteurs d’aménager, au cas par cas, leurs horaires hebdomadaires. Ce qui permet, par exemple, à certains parents d’assurer la garde alternée de leurs enfants, en travaillant moins la semaine de leur choix et davantage la suivante. « Plus on concilie vie privée et temps de travail, plus on est gagnant, constate Laurent Girodon. Aujourd’hui, nous faisons partie des entreprises de transports qui emploient le plus de femmes avec 39 % de personnel féminin contre 18 % en moyenne nationale. En trois ans, nous sommes revenus à un taux d’absentéisme quasi nul contre 20 % en 2011. Et nous avons créé des emplois : à budget égal, nous avons 8 % de personnel en plus ! »

Un projet d’entreprise commun pour 2016-2018

La société a ainsi embauché cinq agents de médiation, qui assurent en permanence la sécurité du réseau. En cas de problème, de conflit avec un usager ou d’accident, les conducteurs savent qu’ils seront secourus en un temps record. « C’est un confort dont nous ne saurions plus nous passer !, reconnaît le délégué syndical CFDT. Pour la ville, c’est bénéfique aussi puisque ces agents sont polyvalents et assurent à tour de rôle une mission de contrôle des titres de transport. »

Depuis 2015, la transversalité des missions voulue par la commission transports de l’agglomération briochine et le conseil d’administration de Baie d’Armor Transports a conduit à réunir les deux entités et les représentants du personnel au sein d’un comité stratégique, créé pour « la mise en commun des savoirs et des compétences. On y gagne en temps et en qualité dans la diffusion des informations », souligne Ronan Kerdraon. C’est ce comité qui a adopté le nouveau projet d’entreprise pour 2016-2018. « Mon rôle est aussi de l’expliquer aux salariés avec ce qui, dans ce contexte, doit être bien compris, comme les enjeux des prochaines élections municipales en 2020. Ou les conséquences de la loi NOTRe, qui sera pour nous un changement majeur puisque le réseau va s’agrandir avec 20 communes supplémentaires à desservir, de 800 à 1 000 habitants chacune », poursuit Laurent Girodon. Si le projet parle de « travailler plus efficacement » et de « développer l’offre de services », il comporte aussi un important volet sur le vivre-ensemble, sujet sensible dans les transports. Il contient des mesures de renouvellement de la communication interne entre services, d’amélioration du management de proximité et d’optimisation de la cohésion des équipes.

Une démarche de qualité de vie au travail

Au-delà des mots, la direction s’est engagée dans une véritable démarche de qualité de vie au travail, et la section CFDT a pu contribuer à l’élaboration des plans du nouveau dépôt en remplacement de l’actuel, trop petit. « Nous y sommes peut-être allés un peu fort !, sourit Laurent Girodon. Mais notre objectif était d’organiser des temps d’échange entre tous les membres du personnel en utilisant ce nouveau bâtiment pour cela. » Ainsi, sur quatre hectares (au lieu d’un actuellement), c’est un vrai lieu de vie qui sera inauguré dans deux ans : la salle de prise de service (une construction modulaire du style Algeco) se transforme en salle de convivialité de 72 m2. Située à l’entrée du bâtiment, elle constituera un passage obligé pour les ouvriers, employés, agents de maîtrise et cadres. Outre une cafétéria, une salle de repos et un cabinet médical, le nouveau dépôt mettra à la disposition des syndicats un local de 46 m2.

Tout cela, la section le doit à son investissement et sa réactivité. Lorsqu’il y a eu des plaintes d’usagers contre des conducteurs ouvertement homophobes, elle a immédiatement organisé des formations pour sensibiliser l’ensemble du personnel. La section a aussi planché avec la direction sur un plan de prévention et de lutte contre l’alcoolisme, avec contrôles aléatoires et prise en charge obligatoire du salarié dont le test se révèle positif. Dernièrement, en vue de réduire le nombre d’accidents, elle a négocié une prime annuelle de 200 euros versée aux salariés dont la conduite routière est exemplaire. Car, avec trois millions de kilomètres par an au compteur, la sécurité est une préoccupation constante de l’entreprise comme de ses clients.

cnillus@cfdt.fr

       

Repères

• Baie d’Armor Transports assure les transports publics de l’agglomération de Saint-Brieuc, soit 13 communes totalisant 123 000 habitants (dont 40 000 à Saint-Brieuc). La société emploie 182 personnes, dont 138 conducteurs de bus.

• Aux dernières élections, la CFDT a remporté 48 % des voix dans le premier collège (ouvriers et employés) et 75 % des voix dans le second (maîtrise et cadres). Elle détient 5 sièges à la délégation unique du personnel (contre 4 pour la CGT). La section compte 22 adhérents.