Au CHU de Rouen, une véritable armada CFDT au service des agents

Publié le 21/08/2019

Après avoir remporté une nouvelle fois les élections, les militants CFDT de la section du centre hospitalier universitaire de Rouen entendent continuer à porter la parole des agents et défendre le service public hospitalier.

« On sait naviguer seul ! », se félicite Céline Blondiaux, infirmière et secrétaire de la section du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen depuis 2014. Une qualité précieuse en Normandie, dans une ville qui accueille régulièrement l’un des plus grands événements maritimes au monde, lors de sa célèbre armada. Depuis vingt ans, la CFDT est la première organisation syndicale au sein de l’établissement public. « Nous travaillons pour les agents. On ne regarde pas ce que fait telle ou telle organisation. Cela ne nous intéresse pas », affirme Peter Baudin, aide-soignant. Une stratégie payante. En décembre 2018, les 8 000 agents de l’hôpital ont renouvelé leur confiance à l’équipe CFDT. La section a remporté 33 % des suffrages, loin devant FO (16 %) et la CGT (15 %). Un écart qui ne cesse de se creuser, élections après élections. « En 2011, nous étions déjà les premiers, mais avec seulement 20 % des voix », rappelle Céline.

Un travail de terrain quotidien

     

Développer
D’ici à quatre ans, la section s’est fixé un objectif de développement de + 20 %. Elle espère passer de 340 à 400 adhérents. « Si on va au-delà, on ne sera pas bégueule, ce sera bien aussi ! », plaisante Peter Baudin. L’équipe va mener un travail de proximité auprès des services pour inciter les agents à les rejoindre. La section a aussi l’ambition de conforter sa première place au sein de l’établissement. Elle entend continuer à creuser l’écart avec les autres organisations.

Communiquer
La section est très présente sur les réseaux sociaux. Elle a ouvert une page Facebook et un compte Twitter. Un militant gère et anime les réseaux sociaux, et s’engage à répondre avec promptitude à chaque sollicitation. Cette stratégie numérique permet de toucher les collègues les plus jeunes. « Ils sont le syndicalisme CFDT de demain », insiste Céline Blondiaux.

Assurer une présence continue
Les militants et militantes de la section se rendent régulièrement dans les différents sites de l’hôpital. Ils assurent des permanences, de jour comme de nuit. La pluralité des métiers représentés au sein du conseil syndical permet d’avoir une vision sur chacune des réalités professionnelles. Pour la section, « chaque agent qui a une interrogation doit pouvoir trouver une réponse ».

     

La section, forte de ses 340 adhérents, livre les secrets de sa réussite. En 2016, alors que le dialogue social n’est pas au beau fixe au sein de l’établissement, une intersyndicale se met en place et fait le choix de boycotter les instances. Une décision jugée un temps pertinente par la section. « Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que cela ne menait à rien. Alors on a décidé de reprendre le chemin des négociations. » Et dans l’établissement, le choix de la section est loin de faire l’unanimité. Lors des comités techniques d’établissement ou des CHSCT, Peter se souvient d’élus CFDT hués et malmenés. « On a refusé la politique de la chaise vide. Les agents auraient été les grands perdants. » Les militants ont donc décidé de se relever les manches et d’aller faire le tour des services. Ils ont rencontré les agents les uns après les autres et ont fait œuvre de pédagogie. Il a fallu s’expliquer et rendre des comptes. « On a dit aux collègues que si on continuait à aller dans les instances, c’était pour pouvoir les défendre et dire haut et fort que l’on n’était pas d’accord avec la direction, résume Peter. Et ils ont rapidement compris l’utilité de notre démarche. » La meilleure preuve ? Après dix-huit mois d’absentéisme, les autres syndicats, sous la pression des agents, ont fini par revenir autour de la table.

Pendant ces dix-huit mois, outre le fait de siéger dans les instances, la section CFDT a continué son travail de terrain et de proximité. De jour comme de nuit, les militants ont visité les cinq sites que compte l’hôpital, mis en place des permanences hebdomadaires, voire quotidiennes, afin d’entendre les inquiétudes et de remonter les difficultés. Ces tournées dans les services sont d’ailleurs l’occasion pour la CFDT de distribuer le guide sur la gestion du temps de travail au sein du CHU. Un document de référence, estampillé CFDT, qui rappelle aux agents l’ensemble de leurs droits. « Sur le temps de travail notamment, souffle une urgentiste. On ne peut pas dire que le respect des horaires est une priorité de la direction. Et si chaque agent a théoriquement le droit à une pause réglementaire, rares sont les services où celle-ci est respectée. C’est toujours bien de rappeler les bases. »

Il est important pour l’équipe de pouvoir répondre présent en continu – et ce, dans tous les secteurs. C’est d’ailleurs l’une des fiertés de la section. « Au sein de notre conseil syndical, il y a tous les grades, toutes les professions, on représente toutes les catégories de personnels. Et puis il y a même des médecins qui voudraient nous rejoindre, plaisante Céline, alors on les envoie vers le Syncass [Syndicat CFDT des cadres de direction, médecins, dentistes et pharmaciens des établissements sanitaires et sociaux publics et privés] ! »

À l’écoute des agents…

En Seine-Maritime, comme dans la plupart des hôpitaux français, les agents sont en souffrance. En 2017, 512 000 personnes se sont présentées dans les différents services de l’hôpital. Un nombre qui progresse chaque année, sachant que le surcroît de travail doit être absorbé à effectifs constants. « On fait face à un afflux toujours plus important de patients et à un épuisement des agents », soupire Céline. Alors la section fait le job et décide de consulter, pendant plusieurs semaines, les agents à propos de leurs conditions de travail. Elle crée et met à leur disposition un cahier de doléances dans lequel chacun est invité à exprimer ses besoins et à raconter son quotidien. Les témoignages affluent, par centaines. Les agents y avouent leur impuissance, dénoncent des conditions d’accueil indignes des patients. Ils disent leur détresse à ne pas pouvoir prendre en charge correctement certains malades, par manque de temps. Ils expriment aussi des pistes d’amélioration.

Cet outil permettra la tenue d’un CHSCT extraordinaire relatif aux risques psychosociaux. La CFDT demande que le mal-être des agents soit pris en compte et que l’accueil des patients s’améliore. Grâce à cette action, des avancées notables ont été observées. « On a obtenu du matériel, résume Mélusine Joffet, aide-soignante. On passait notre temps à chercher des oreillers, des couvertures, des pieds à perfusion ou… des repas. Vous imaginez comment se sent un agent qui n’a pas de quoi donner à manger à un patient ? »

De façon plus anecdotique, la CFDT obtient des « pauses décompression » pour le personnel. Depuis août 2018, deux fois par mois, les agents qui le souhaitent peuvent bénéficier de massages, un moment de relaxation apprécié par des soignants quotidiennement soumis à la pénibilité et au stress. Si la tenue de ce CHSCT extraordinaire a permis d’améliorer en partie les conditions de travail, les difficultés rencontrées par les agents sont encore trop nombreuses pour l’équipe. « Et la section a adopté le principe de ne pas se reposer sur ses lauriers », martèle Céline.

… Et au chevet des urgentistes

C’est notamment le cas des urgentistes. Déjà, en 2016, la CFDT réclamait des moyens humains et matériels. Un conflit de trois semaines auquel l’ensemble des personnels titulaires des urgences avait participé avait débouché sur l’embauche de dix brancardiers et infirmiers.

Pourtant, aujourd’hui, ce renfort ne suffit plus à pallier l’accroissement de la charge de travail et les problèmes connexes aux soins à proprement parler. Les urgentistes pointent la difficulté d’exercer sereinement leur mission et la hausse des incivilités de la part des patients, deux conséquences liées au manque de lits et à l’allongement du temps d’attente. « On assiste à un durcissement du comportement de certains usagers, déplorent plusieurs urgentistes ; les agressions verbales ou physiques sont malheureusement fréquentes. » La direction fait le dos rond et n’entend pas les inquiétudes. Pire, elle abandonne les agents à leur sort. « Lorsqu’un collègue dénonce une situation de violence, sa parole est sans cesse discréditée, explique Mélusine. Pour la direction, c’est forcément l’agent qui n’a pas eu une attitude professionnelle. Certains sont même sous le coup de sanctions, ce qui est tout simplement inadmissible. »

C’est l’une des raisons qui ont poussé l’équipe à rejoindre à la mi-juin le mouvement de grève national déclenché dans les urgences françaises. Mais aux urgences rouennaises, la section l’a fait sur ses propres revendications. « On a fait un préavis différent de celui des autres organisations de l’établissement. Eux sont partis sur des problématiques nationales », souligne Mélusine. Bilan ? Le mouvement de la CFDT a été le plus suivi, avec 20 % des urgentistes en grève. « Simplement parce que les collègues nous font confiance ! » Ce rapport de force a permis à la CFDT de demander (et d’obtenir) la mise en place d’un groupe de travail sur les violences. Une nouvelle victoire à compter à l’actif de l’équipe. En attendant de mettre la direction face à ses responsabilités, la section accompagne les agents concernés et les aide dans leur action. « Nous construisons avec nos collègues et pour eux, poursuit Peter. Nous, on ne fait pas dans l’idéologie. On fait dans l’utile. »

Se développer pour peser

La section entend profiter de ses bons résultats en vue de faire grandir la section. D’ici à quatre ans, elle vise les 400 adhérents, soit une progression de 20 %. « Si on va au-delà, on ne sera pas bégueule, ce sera bien aussi ! », s’amuse Peter. Pour cela, la CFDT a fait de la communication un de ses chevaux de bataille. En plus de son travail de proximité, elle a ouvert une page Facebook et un compte Twitter, tous deux animés par un membre de la section qui réagit quasi instantanément à chaque question qui lui est adressée. Cette offensive numérique permet notamment de toucher les collègues les plus jeunes. « On ne veut surtout pas rester enfermés sur nous-mêmes », confie Céline. Une ouverture sur l’autre que les membres de la section prolonge volontiers, en consacrant une partie de leur énergie aux activités du Syndicat santé-sociaux 76 et en direction des usagers du service public de santé. « Nous multiplions les échanges avec les patients et les visiteurs », se félicite Céline, rappelant que si l’avenir de l’hôpital concerne les agents, il appartient d’abord aux citoyens.

glefevre@cfdt.fr 

photo © DR

     

Repères

• Le centre hospitalier universitaire de Rouen emploie près de 8 000 agents, répartis sur cinq sites. En 2017, 512 000 patients ont été accueillis. Quelque 160 000 personnes se sont présentées aux urgences.

• Lors des élections de décembre 2018, la CFDT a remporté 33 % des suffrages, loin devant FO (16 %) et la CGT (15 %).

• La section compte actuellement 340 adhérents.