Un élan démocratique qui nous concerne

Publié le 16/02/2011 à 00H00
Ce qui vient de se passer ces dernières semaines de l'autre côté de la Méditerranée va marquer l'histoire. On n'est pas près d'oublier cette formidable pression populaire, déterminée et pacifique, qui a fini par avoir raison de Ben Ali puis de Moubarak.

Toutes les questions restent ouvertes sur les phases de transition qui viennent de s’ouvrir. Nous n’avons pas plus que d’autres les réponses. On est frappé de voir au Caire tous ceux qui s’activent à nettoyer la place Tahrir au lendemain du départ de Moubarak. On veut y voir la manifestation d’un peuple décidé à prendre son destin en main.

L’autre image du week-end, c’est l’arrivée massive de Tunisiens sur l’île italienne de Lampedusa, porte d’entrée pour l’Europe de ceux qui sont sans travail et sans ressources. Elle nous rappelle que c’est la conjugaison de la soif de liberté et du refus de la misère qui a soudé les populations dans la volonté de mettre un terme au despotisme et à la corruption, à la pauvreté et au chômage, à l’absence de liberté.

Et maintenant ? Que pouvons-nous faire, à notre niveau, sans ingérence, pour que les solutions soient à la hauteur des espoirs suscités ? Tout d’abord poursuivre notre engagement de coopération et d’aide, dans le cadre de la CSI, avec les syndicats de la région. Nous sommes en relation avec Union générale tunisienne du travail (UGTT) pour renforcer le travail en commun. Mais si en Tunisie la place du syndicalisme a été structurante dans le combat en vue du changement de régime et si l’UGTT se porte garant « pour que la révolution ne soit pas volée au peuple », la situation syndicale est très différente en Égypte, où il faut appuyer l’émergence de syndicats qui ne soient pas de simples rouages du pouvoir.

En outre, nous devons, de ce côté-ci de la Méditerranée, interpeller nos gouvernements, membres de l’Union pour la Méditerranée. Il est indispensable que cette union débouche sur un véritable partenariat pour le progrès économique et social consolidant les démocraties naissantes.

En Tunisie, et plus encore en Égypte, l’armée a joué un rôle déterminant afin d’engager la transition vers la démocratie. Cela est porteur d’espoir, mais nous appelle dans le même temps à la vigilance.

L’espoir est immense, bien au-delà du Maghreb et du Machrek, compte tenu du poids de l’Égypte dans la région.

Dans les jours à venir, nous serons en Jordanie avec la Confédération syndicale internationale et les syndicats de la région pour examiner ensemble les attentes des uns et les réponses possibles des autres. Le syndicalisme a un rôle majeur à jouer dans cette phase de transition. Son renforcement ou son émergence aidera à la constitution d’une société civile structurée qui devra – dans le débat avec les gouvernements de transition, puis avec ceux qui seront élus – assumer le temps long des réformes. Syndicalisme et société civile doivent être l’appui indéfectible de tous ceux, jeunes en particulier, qui sont descendus dans la rue. Leurs attentes sont fortes et urgentes ; le temps du changement risque de leur paraître très long.?

Marcel Grignard, secrétaire général adjoint