Sylvie Kaptur Gintz, plasticienne, Colombes (92)

Publié le 17/07/2014

Sylvie Kaptur Gintz est une autodidacte qui a cumulé les petits boulots afin de pouvoir vivre de sa passion. Elle prépare un projet qui sera exposé dans trois villes de Pologne. Sylvie s'occupe en parallèle du site internet du SMDA-CFDT.

Sylvie Kaptur Gintz n’a pas suivi la voie « royale » des Beaux-Arts et se considère comme autodidacte. Après son bac, elle a longuement hésité entre chirurgie et peinture. Finalement à 17 ans, elle entre dans une école d’art et d’artisanat où elle trouve sa vocation : elle sera artiste. « C’est une nécessité, une excuse pour vivre », avoue-t-elle. Pour vivre, justement, Sylvie touche à tout et surtout aux petits boulots : animation, dactylo, vendeuse chez Monop’, elle met à profit ces moments pour entrer en contact avec les « petites gens ». À 35 ans, elle se lance dans une formation à l’art-thérapie. Pendant des années à Colombes (92), elle exerce son art de plasticienne au contact de femmes immigrées, de locataires des foyers Sonacotra, d’enfants en difficultés, de personnes malades, handicapées, et de Rmistes. « Le plus beau cadeau qu’on m’ait offert, c’est un paquet de coquillettes d’une personne vivant du RSA », affirme-t-elle. Ses travaux « très enrichissants » ont été subventionnés jusqu’à ces dernières années. Aujourd’hui, ils ne le sont plus.

Donner de la voix à ceux qu'on n'entend pas

Sylvie Kaptur Gintz qui compte des juifs polonais parmi ses ancêtres prépare trois expositions qui se dérouleront en Pologne à Lodz, Brzeziny et Kielce d’octobre à décembre. « Un pays plein de blessures », commente-t-elle. Les œuvres qu’elle présentera seront formées d’une série de sept coques en résines à forme humaine suspendues au plafond. Elles sont recouvertes de châles de prière, appelés taleth dans la religion juive, qui servent aussi de linceul. Sylvie ne se revendique pas « artiste juive » mais « porteuse de [ses] racines ». Ses expositions s’intituleront Murmures de silence. Les silhouettes seront autant de représentations qui donneront à entendre les murmures des « petites âmes », des petites gens qui ont travaillé à la grandeur de l’industrie textile de Lodz, des juifs du ghetto de Lodz, des âmes de ceux dont on ne parle jamais.

Sylvie s’occupe du site du syndicat : « Je suis une militante dans mes rapports quotidiens aux gens, dans mon attention à l’autre. J’ai fait le choix de vivre en artiste et personne n’a à payer pour cela ». Son art lui a rapporté 9 400 euros cette année. En revanche, elle aimerait bien que les artistes reçoivent « un montant minimum lorsqu’ils ont passé des heures et des heures à préparer une exposition ». « Je ne souhaite pas tant la reconnaissance des autres que de me reconnaître moi-même », revendique cette femme intègre, loin des mondanités et qui a du mal avec « les petites jérémiades d’artistes ».

Le site de Sylvie Kaptur Gintz

dblain@cfdt.fr

©Photos Pauline Bernard