Quand les patrons du commerce ne veulent pas travailler le dimanche

Publié le 23/12/2009 à 00H00 (mis à jour le 24/12/2009 à 00H00)
Deux accords locaux obtenus par la CFDT, en Côte-d'Or et en Gironde, démontrent que les intérêts des commerçants rejoignent parfois ceux de leurs salariés.

En septembre, et pour la huitième année consécutive, les organisations syndicales et patronales, ainsi que la communauté d’agglomérations du Grand Dijon, ont reconduit un accord qui limite à deux le nombre d’ouvertures dominicales annuelles. « Ce résultat est parti d’un souhait du patronat local d’harmoniser le nombre d’ouvertures les dimanches, explique Joël Jallet, secrétaire général de l’Union départementale de la Côte-d’Or. Pour le Medef et la CGPME, ouvrir davantage serait une hérésie économique. Même les patrons de la grande distribution tiennent ce discours. » Les contreparties pour les salariés sont négociées dans les entreprises. Du côté des municipalités, cet accord satisfait tout le monde.« Toutes respectent le texte alors qu’elles pourraient ouvrir cinq dimanches par an, puisque l’accord n’est pas opposable juridiquement, relate Joël Jallet. Selon le secrétaire général, la loi d’août 2009 ne devrait pas changer grand chose, sauf si l’agglomération est classée en zone touristique. Mais aucune demande n’a été formulée jusqu’à présent par les municipalités».Le consensus tient bon : lors d’une enquête de la chambre de commerce côte-d’orienne réalisée cette année, 65 % des commerces de la zone se sont déclarés pour le maintien de l’accord en l’état. Du côté syndical, les militants s’attachent à valoriser ces résultats, par le moyen d’une affiche originale. « Nous allons également distribuer des affichettes auprès des salariés des petits commerces, dans lesquels nous sommes faiblement implantés, déclare Joël Jallet. C’est aussi le moyen de faire du développement.»

Peur patronale de la déréglementation !

En Gironde, la prise de conscience des dangers d’une déréglementation est venue du patronat de la branche de l’ameublement. Le syndicat des Services de la Gironde avait déjà écrit au préfet, en 2007, pour lui demander, sans succès, l’ouverture de négociations globales sur la question. En janvier 2008, la loi Chatel est adoptée, qui autorise tous les magasins de l’ameublement à ouvrir tous les dimanches de l’année.« La direction départementale du travail nous a contactés pour nous faire part de la volonté de la chambre de l’ameublement de négocier. Nous leur avons tout de suite donné notre réponse positive »,explique Denis Lauxire, secrétaire général du syndicat. Le patronat et sept organisations syndicales se mettent autour de la table, en juin 2009,sous l’œ  il de la direction du travail. Résultat : une limitation des ouvertures à cinq jours par an dont les dates sont décidées par la commission de suivi de l’accord, dans le courant du mois de septembre qui précède. Environ 1 800 salariés sont concernés .L’accord reprend les termes de la convention collective en ce qui concerne la rémunération, qui est doublée, et le repos compensateur. « Les employeurs nous ont expliqué qu’ils voulaient éviter la concurrence sauvage dans leur secteur, surtout dans la perspective de l’ouverture de l’Ikea de Bordeaux », raconte Denis Lauxire, qui espère que cet accord « va faire réfléchir les autorités » sur l’application de la loi Mallié.

Frédéric Delaporte

 


Travail dominical : les effets secondaires de la loi Mallié