Ne pas jouer au mistigri avec la dette

Publié le 11/05/2010 à 00H00
Régulation de la finance mondiale, coordination des politiques européennes, lutte contre les inégalités... il faut mettre les actes en accord avec les discours, estime Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT, dans son édito paru dans le numéro 3264 de Syndicalisme Hebdo.

 

Les dettes publiques se sont envolées sous l’effet de la crise. Celle-ci, loin d’être terminée, a fortement fragilisé nos économies. Or l’Europe n’est pas armée pour faire face à la crise générée par les dettes des États. Ce que vit la zone euro, avec le cas de la Grèce, met en lumière les failles d’un édifice inachevé. Après avoir joué un rôle d’amortisseur dans la crise, l’euro ploie sous l’assaut des marchés financiers. Le plan de soutien – très tardif – à la Grèce et la sévère cure d’austérité imposée au pays n’ont pas suffit à calmer les places financières et à juguler le risque de contagion. Le nouveau “fonds européen d’assistance” permettra-t-il d’enrayer la crise ? S’il est trop tôt pour le dire à l’heure où ces lignes sont écrites, cette mesure était nécessaire.

Mais les discours ne suffiront pas, tant sur le plan européen que sur le plan national. D’une crise de dettes privées (subprimes) nous sommes passés à une crise des dettes publiques. Or le règlement des crises, ce n’est pas le jeu du mistigri. Nous n’attendons pas des pouvoirs publics qu’ils utilisent l’urgence du règlement des déficits publics, pour, de plan de rigueur en plan d’austérité, taper dans les dépenses publiques indispensables à la cohésion sociale et source de dynamisme économique.

Régulation vs. spéculation

Bien sûr, il est scandaleux de voir les spéculateurs attaquer les pays comme ils le font. Mais le plus scandaleux est qu’on leur ait laissé une place pour le faire. Jamais l’action politique avec un grand P n’a été aussi indispensable, dans un monde où les forces du marché se développent et s’organisent de plus en plus dans les différents espaces nationaux, régionaux et mondiaux. Si un agenda de réformes est nécessaire en ce qui concerne la gestion des deniers publics, une réforme du système financier est également indispensable pour éviter que de nouvelles crises se développent ailleurs.

Quand un seau est percé, il ne sert à rien de le remplir d’eau avant de l’avoir consolidé. Si la maîtrise des finances publiques est un objectif légitime, cela n’a de sens que si l’on crée par ailleurs les conditions structurelles permettant de contenir les dettes. Pour l’Europe, cela passe par une politique économique et budgétaire coordonnée qui donne un sens à la monnaie unique, et un plan de relance européen qui permette une croissance européenne riche en emploi, sachant se positionner dans un monde globalisé où les besoins à satisfaire sont encore très nombreux.

Sur le plan national, il ne suffira pas de dire que les hauts revenus seront mis à contribution. Il faudra le faire et pas seulement de manière symbolique. L’objectif de réduction des dettes publiques ne peut pas se réaliser sans mettre en œuvre des politiques de lutte contre les inégalités, au risque de voir se développer de graves crises sociales.

Gaby Bonnand, secrétaire national