Les fonctionnaires au régime sec

Publié le 05/01/2011 à 00H00
Le gouvernement, qui a gelé le point d'indice des fonctionnaires pour 2011, n'a toujours pas entamé les discussions avec les organisations syndicales sur l'évolution des salaires des agents dans les années à venir.

Circulez, y a rien à voir ! Depuis juin dernier, les organisations syndicales de la fonction publique ne communiquent plus avec le ministère au sujet de leur rémunération. « Notre dernière rencontre a été extrêmement brève, raconte Mylène Jacquot, secrétaire générale adjointe de l’Uffa-CFDT. Georges Tron, le secrétaire d’État chargé de la Fonction publique, nous a d’emblée annoncé qu’il n’avait aucune marge de manœuvre. Nous n’avions aucune raison de nous éterniser. »

Pourtant, avec une augmentation de la valeur du point de seulement 0,5 % le 1er juillet 2010 (une mesure négociée en 2009) et un gel total pour 2011, les fonctionnaires ont beaucoup à dire en ce qui concerne leur rémunération. Depuis une dizaine d’années, la revalorisation du point ne compense pas l’évolution des prix ; dans ces conditions, l’annonce d’un gel total pour 2011 a été extrêmement mal vécue. Les fonctionnaires ont le sentiment d’être pris pour le bouc émissaire en temps de crise.

La réforme des retraites – qui prévoit une augmentation des cotisations sociales des fonctionnaires (2,5 points étalés sur dix ans) – va en outre peser sur leur pouvoir d’achat. « Les agents ne sont pas responsables des déficits publics, et leur rémunération n’a rien de scandaleux, s’agace Mylène Jacquot. L’enquête de l’Insee1 montre au contraire qu’il y a un véritable tassement des salaires. Les grilles de rémunérations sont aujourd’hui dépassées. »

Alors que le Smic a augmenté au 1er janvier 2011 de 1,6 %, le gouvernement n’a rien dit pour ses propres agents. Pire les seules augmentations accordées par le gouvernement sont des mesures catégorielles ou des primes attribuées en fonction de critères souvent discutables.

Effets pervers de l'absence de mesures collectives

L’absence de mesures collectives a un autre effet pervers : l’augmentation des inégalités de traitement entre les ministères ainsi qu’entre les collectivités locales. Les villes, les départements ou les régions les plus riches ont la possibilité d’accorder des primes à leurs agents, comme certains ministères mieux dotés que d’autres. « La fonction publique doit rester attrayante pour les jeunes qui souhaitent s’y engager, insiste Mylène. Il ne faut pas, comme le gouvernement semble le faire, voir le salaire des fonctionnaires uniquement comme un coût. Il s’agit aussi d’un investissement pour le pays, qui a besoin d’agents motivés et bien formés afin d’assurer un service public de qualité. »

 
 

L’implacable vérité des chiffres

L'Insee publie une étude sur le salaire des fonctionnaires de la fonction publique d’État en 2008. On y apprend que la moitié des agents ont perçu un salaire net inférieur à 2 137 e par mois ; 10 % gagnent moins de 1 507 euros net par mois et 10 % plus de 3 332 euros net par mois. L’écart entre les rémunérations les plus basses et les plus hautes (2,2) a diminué par rapport à 2006 (2,4). Cette baisse s’expliquerait entre autres par le transfert d’une partie des agents les moins rémunérés aux collectivités locales et par la tendance à la baisse du salaire net moyen des cadres (– 0,3 % en 2008 et – 0,6 % en 2006 en euros constants).

Autre enseignement de cette étude, les inégalités sexuées de traitement dans la fonction publique : les salaires des hommes sont en moyenne supérieurs de 17,1 % à ceux des femmes. C’est dans la population des cadres que l’écart est le plus marqué (23,3 %), puis viennent les professions intermédiaires (10,3 %) et les employés et ouvriers (5,9 %).