Fonction publique : une journée avec les agents du 93

Publié le 17/10/2014

Le 7 octobre, Laurent Berger a rencontré les fonctionnaires de la Seine-Saint-Denis. Pendant une journée, il a partagé leur quotidien.

Les services publics de Seine-Saint-Denis peinent à recruter : le 9-3 souffre d’une mauvaise réputation acquise lors des violences urbaines de 2005. Au-delà des clichés, le département cumule difficultés sociales et forte croissance démographique.

Le département, qui détient le taux de population jeune le plus élevé de France métropolitaine – près de 30% de ses habitants ont moins de 20 ans –, affiche un taux de chômage de 13,3%, bien supérieur à la moyenne nationale (9,2%). Cette part peut atteindre près de 40% dans certains quartiers. L’habitat est dégradé, les quartiers sont enclavés.

Les services publics mis à mal

La Seine-Saint-Denis manque d’infirmiers, d’enseignants, de policiers… et les candidats ne se bousculent pas pour postuler. Pôle emploi a même lancé une opération exceptionnelle de recrutement de 300 professeurs contractuels à la rentrée 2014, face à la hausse démographique.
De plus, c’est souvent dans le 93 que les jeunes sortis des concours de la fonction publique sont envoyés pour leur première affectation, là où des profils expérimentés seraient plus adaptés.  

À cela s’ajoutent les difficultés propres à la fonction publique, après des années de politique de réduction des effectifs et des budgets. Dans ce contexte, quelles sont les conditions de travail des agents ? Ont-ils les moyens de mener à bien leurs missions ? Comment les syndicalistes de la CFDT bataillent-ils pour améliorer le sort de chacun, et de tous ?

7h30 - Préfecture, service des étrangers

Prefecture Bobigny LB 2014
L’immeuble de la préfecture de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, ouvre ses portes. À l’extérieur, une longue file d’attente, d’hommes et de femmes, serpente déjà le long du mur. Certains y passent la nuit pour être sûrs d’être reçus. 
Pierre Scarfogliero, secrétaire général de l’Union départementale CFDT de Seine-Saint-Denis, guide Laurent Berger vers le service chargé de l’accueil des étrangers. L’enjeu est important, leur avenir se décide ici.

C’est ici qu’ils déposent les premières demandes de cartes de séjour, les demandes de renouvellement ou de naturalisation. Vingt-six titres différents existent. « La plupart sont reçus dans la journée, précise un agent, mais ce n’est pas toujours possible, nous avons des quotas à respecter. »

Les dossiers compliqués obligent parfois les demandeurs à revenir 10 fois d’affilée

Les cas les plus simples sont réglés à la faveur de deux ou trois passages dans le service, les dossiers les plus compliqués obligent les demandeurs à revenir jusqu’à 10 fois de suite. La pression sur les agents est forte et permanente, ils restent derrière leur guichet plus de sept heures d’affilée par jour, toute la semaine.

La section a obtenu une salle « Zen » pour le repos des agents

La section CFDT se bat pour améliorer les conditions d’accueil des étrangers, maintes fois dénoncées, mais aussi les leurs. Aux guichets, les vitres blindées qui absorbaient le son des voix, rendant les échanges inaudibles, ont été remplacées par des vitres plus minces qui permettent la discussion et protègent les agents. Les postes de travail ont été réaménagés pour une plus grande ergonomie. Une salle baptisée « Zen », dernier acquis de la section, vient d’être installée, pour que les agents au guichet puissent décompresser de temps en temps, se ressourcer au calme.

10 heures - Maison départementale des personnes handicapés (MDPH)

Laurent Berger FonctionPublique 93La maison du handicap a purement et simplement fermé pendant une semaine. Cette mesure radicale, qui tend à se répéter, devrait permettre de rattraper le retard pris sur les dossiers pas encore traités de demandes d’aides aux adultes handicapés ou aux parents d’enfants handicapés. Certains ont été déposés en 2012…Une situation inadmissible, selon les agents. Parmi lesquels les militants CFDT, qui considèrent comme tout aussi inadmissibles les conditions d’exercice de leur mission. « Derrière ces dossiers il y a des usagers, touchés par un handicap, et qui attendent depuis parfois deux ans une réponse à leur demande, se désole une adhérente. La situation crée une forme de culpabilité chez nous, les travailleurs sociaux.»

Les militants CFDT obtiennent la réorganisation des services

La direction privilégie le traitement des dossiers sur pièces plutôt que l’accueil des personnes. La section CFDT a adressé un courrier au président du Conseil général et au directeur général des services du département, demandant un audit de la MDPH. Aujourd’hui le chantier d’une réorganisation des services de la maison du handicap est lancé.


12h - Réunion avec les adhérents à la préfecture

Après avoir salué le préfet, la DRH et le secrétaire général de la préfecture de Seine Saint-Denis, Laurent Berger se rend dans le salon d’honneur de la préfecture pour échanger avec les deux-cents adhérents de la section Interco CFDT de la préfecture de Seine-Saint-Denis.

LB Seine Saint Denis Militants« J’ai vu ce matin des gens qui disent comment ils vivent leur travail et qui veulent peser sur les choix qui sont faits. » Avec ces mots, le secrétaire général de la CFDT rappelle l’échéance des élections professionnelles du 4 décembre et l’importance du vote CFDT pour relayer les revendications des agents. « Le service public est un amortisseur social, son rôle est d’autant plus essentiel en temps de crise, insiste Laurent Berger. Nous nous battons à la CFDT pour une action publique de qualité, pour le respect des agents, et cela passe par le dialogue social. »

14 heures - Maison de retraite des Ormes et hôpital de Montfermeil

La visite à la maison de retraite des Ormes met en évidence une réalité bien connue des personnels des Éhpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) : hausse de la moyenne d’âge des résidents (86 ans aux Ormes) ; personnel en sous-effectif constant ; de moins en moins de temps pour les soins et l’accompagnement ; des conditions de travail difficiles.

 « Les organisations du travail ne sont pas discutées faute d’espace de dialogue, relève Laurent Berger, le fonctionnement n’est assuré que grâce à l’investissement professionnel des agents. »

« Nous ne sommes pas des planqués! »

À l’hôpital de Montfermeil, le constat est quasi identique : pénurie de personnel, travail en flux tendu… Un temps d’échange est organisé avec Laurent Berger, au cours duquel les agents expriment leurs attentes :

« Le discours des politiques tend à généraliser l’idée que les fonctionnaires coûtent trop cher, s’indigne une infirmière, ils doivent comprendre que nous ne sommes pas des planqués ! Aujourd’hui, avec la réduction des personnels, nous sommes obligés d’aller au-delà de la durée légale du temps de travail. »

La section syndicale de l’hôpital a ouvert plusieurs chantiers, dont un sur la prévention des risques psychosociaux et un autre sur le prochain rapprochement d'un service de l'Ehpad avec l'hôpital de Montfermeil. 

mneltchaninoff@cfdt.fr