Fonction publique : Contre la précarité, la CFDT à la manœuvre

Publié le 28/10/2014

Temps partiels contraints, horaires aléatoires, faibles rémunérations… la précarité n’épargne pas les agents des trois fonctions publiques. Une réalité sur laquelle la CFDT agit, au quotidien, résultats à la clé. Récits.

« Ce fut une très belle année. J’ai terminé avec 18 de moyenne ! », s’enthousiasme Émilie Farand, pétillante jeune femme de 33 ans. Émilie a repris son travail en juillet dernier au centre hospitalier de Péronne (Somme), après dix mois de formation à l’Institut de formation en soins infirmiers de Saint-Quentin. Embauchée en 2004 comme agent de service hospitalier (ASH), elle a appris son métier sur le tas. La principale fonction des ASH est de nettoyer les locaux : chambres des patients, salles d’opération, couloirs, lingerie, etc. En plus de distribuer les repas et d’aider les patients à se nourrir, ils peuvent aussi être amenés à prodiguer des soins, sur la base du volontariat et s’ils disposent d’un diplôme d’auxiliaire de soins ou d’un BEP sanitaire et social. Une fonction qui n’est pas reconnue dans leur fiche de poste, et encore moins au travers de leur rémunération.

Sa formation a permis à Émilie de revenir à l’hôpital avec un diplôme d’aide-soignante. Elle a changé de grille indiciaire et touche maintenant un meilleur salaire. Une forme de reconnaissance. Mais le plus important pour la jeune femme est d’avoir obtenu un diplôme. « Quand on n’en a jamais eu, c’est très appréciable. » Mère de trois filles, âgées respectivement de 5, 4 et 3 ans, Émilie n’a pas hésité à s’investir dans une formation intense. « Il y avait huit modules à passer pendant l’année, avec beaucoup de travail à la maison et six stages de quatre semaines dans différents services. Heureusement que ma famille m’a soutenue ! » Travaillant en Éhpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), elle se sent désormais plus sûre d’elle : « J’ai mûri dans l’approche de mes missions et je me sens capable d’être plus alerte sur les aspects médicaux », remarque la jeune femme, qui envisage maintenant d’évoluer vers le métier d’auxiliaire de puériculture.

Un tremplin contre la précarité

Depuis trois ans, la CFDT du centre hospitalier de Péronne – où elle est majoritaire –, a obtenu qu’au moins deux agents de service hospitalier partent chaque année en formation diplômante. « Cela permet de faire reconnaître leurs compétences et leur professionnalisme. Ils reviennent plus riches de connaissances, la théorie venant compléter leur expérience professionnelle », explique Ingrid Wilczyk, infirmière puéricultrice et secrétaire adjointe de la section CFDT du centre hospitalier. La direction a toujours suivi l’avis, voté à l’unanimité, du comité technique d’établissement, en faveur de cette promotion professionnelle. Mais l’Agence régionale de santé resserrant les budgets, l’employeur a proposé de diminuer les départs en formation… Les agents diplômés coûtent plus cher ! La CFDT n’a pas fléchi. « Une partie du budget consacré à la formation doit permettre de valoriser ces agents, revendique Ingrid Wilczyk, car non seulement ils touchent les plus basses rémunérations, mais beaucoup sont aussi contractuels. Le diplôme permet de les titulariser. »

nfigarol@cfdt.fr

    


Françoise Billaux conduit sa jolie petite voiture rouge achetée à crédit. Situation banale ? Pas tant que cela ! Jusqu’en 2012, cet agent d’animation de 2e classe (catégorie C) de la mairie de Petit-Couronne (Seine-Maritime) n’aurait jamais pu envisager un tel achat. Depuis 1997, Françoise vivait dans la précarité. « J’ai commencé par faire des remplacements de deux heures par-ci, par-là, du ménage, le service de cantine pour les enfants  », explique cette femme de 52 ans, mère de sept enfants. En 1999, elle entreprend de passer son Bafa (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), qu’elle obtient en 2001. Alors vacataire, elle finance elle-même ce brevet. « Je n’ai même pas pensé qu’on pouvait me le prendre en charge ! » Diplôme en poche, elle grappille quelques heures de plus comme animatrice au centre de loisirs.

Selon les mois – et surtout le nombre d’heures qu’on lui accorde –, Françoise gagne entre 400 et 1 400 euros ! Ces revenus aléatoires l’empêchent de construire toute forme de projet. « Cela signifie pas de vacances, pas de restos, pas de sorties. C’est beaucoup de frustration, explique-t-elle. Les enfants des précaires entendent tout le temps “non”. Ils ne comprennent pas toujours et reprochent : “Tu travailles, mais tu ne peux pas avoir comme les autres” ». La priorité, c’est le loyer, un peu de viande parfois, du poulet les dimanches de fête. Quand deux enfants ont besoin de lunettes en même temps, c’est la grosse tuile : 1 200 euros à trouver !

32 agents sortis de la précarité

Heureusement, parmi ses collègues, il y a Nathalie Allain, déléguée CFDT, elle-même ancienne précaire. Après des années de combat, en 2008, elle convainc la municipalité de créer une commission de résorption de la précarité. En 2012, Françoise passe en CDI à 24 h 50 par semaine. Dans le même temps, la loi relative à la lutte contre la précarité dans la fonction publique, exigée par la CFDT, entre en vigueur. Au début 2014, Françoise est titularisée fonctionnaire stagiaire.

Fabrice Le Com, chef du service Éducation et militant CFDT, est celui qui a mis en musique la réorganisation du service décidée par la commission précarité afin de limiter les temps partiels. « On y gagne tous : en qualité de service et en reconnaissance pour les agents  », constate-t-il. Grâce à l’action de la CFDT, parmi les 35 agents précaires en 2008, 32 sont passés à 35 heures, dans un service qui compte 80 agents.

dblain@cfdt.fr