Le Tuac à la rencontre des syndicats israéliens et palestiniens

Publié le 21/10/2009 à 00H00
L'État d'Israël a demandé son intégration à l'OCDE. C'est dans ce cadre qu'une délégation du Tuac s'est rendue en Israël et en Palestine à la fin du mois de septembre.

Depuis la deuxième Intifada, l’État d’Israël a considérablement réduit le nombre de Palestiniens autorisés à passer les check points pour aller gagner leur vie en Israël. La bande de Gaza est totalement fermée, et en Cisjordanie, seulement 25 000 travailleurs possèdent un permis de circulation alors que leur nombre oscillait entre 250 000 et 500 000 ! Cette situation fait dire à Anousheh Karvar, secrétaire nationale, qui faisait partie de la délégation du Tuac (1) venue rencontrer la Histadrout, le syndicat israélien, et la PGFTU, son homologue palestinien, qu’« il n’est pas possible de traiter de la question des droits sociaux et syndicaux des salariés en Israël sans tenir compte des contraintes qui pèsent sur les travailleurs palestiniens dans les territoires occupés ».

75 % de chômeurs.

De plus, les salariés palestiniens qui travaillent en Israël n’auraient pas le même salaire que leurs camarades israéliens. « Ils hésitent à revendiquer auprès de la Histadrout l’égalité des droits parce qu’ils craignent de perdre leur permis de travail et de circuler. » Pour la délégation du Tuac, il y aurait donc des manquements à la convention 97 de l’OIT ( Organisation internationale du travail ) sur la migration des travailleurs. En Cisjordanie, le taux de chômage et de pauvreté atteint plus de 75 % de la population. Et les investisseurs ne se bousculent pas : les murs de « sécurité », les check points et les barbelés n’incitent pas à développer un territoire dont l’avenir est incertain. Ne serait-ce qu’autour de Naplouse, on compte 106 check points ! « Par exemple, le temps prévu pour effectuer le trajet de Naplouse à l’hôpital le plus proche est d’environ sept minutes. Il en faut quarante actuellement avec les barrages… »

L’une des causes de cet avenir incertain reste la divergence profonde entre Histadrout et PGFTU sur la question des colonies. Pour le syndicat israélien, les colonies anciennes comme Maale Adumim ou encore Ariel étant devenues de véritables villes, il n’est pas question de les démanteler. En revanche, la Histadrout admet que les implantations plus ou moins sauvages puissent être évacuées. Pour sa part, la PGFTU considère, conformément aux résolutions de l’Onu, que toutes les colonies sont illégales au regard du droit international. Reste que nombre de Palestiniens travaillent dans ces colonies même si, parfois, les conditions laissent à désirer. « Les employeurs font signer des décharges aux salariés palestiniens leur retirant tout droit de recours en cas de problème. Sans parler du travail illégal qui n’est pas négligeable », précise Anousheh Karvar. L’incurie de l’inspection du travail ( 45 fonctionnaires et 55 en formation ) ne permet pas d’opérer de contrôles. Ces salariés, jusqu’au début de l’année 2009, relevaient de la loi jordanienne sur le travail. Grâce à la Histadrout et à l’action d’une ONG, le droit du travail israélien, plus avantageux, leur sera appliqué.

Le sort des Arabes israéliens, environ un million de personnes qui vivent dans les grandes villes notamment à Nazareth dont le maire est un arabe, n’est pas toujours très enviable non plus. En Israël, le parcours d’intégration dans la société passe par le service militaire, qui dure trois ans. Avoir servi dans l’armée est souvent l’une des conditions pour obtenir certains emplois. Les Arabes israéliens ne faisant pas le service militaire, ils ne peuvent pas accéder à ces postes « Formellement, explique Anousheh Karvar, notamment dans la fonction publique, leurs droits sont respectés. Le problème qui se pose pour eux est l’effectivité des droits. » Une loi de 1995 sur l’égalité des chances tente de promouvoir l’évolution de carrières des Arabes israéliens.

Œuvrer pour la paix.

Histadrout et PGFTU traversent une crise de confiance à l’instar des deux sociétés israélienne et palestinienne. Alors que la PGFTU considère que les Palestiniens subissent « une punition collective », la Histadrout justifie les mesures prises ces dernières années par des exigences sécuritaires. Les questions syndicales sont donc très imbriquées avec la politique… et, comme le remarque Anousheh Karvar, « les deux organisations syndicales sont menottées par les extrémismes religieux de part et d’autre ». Cette situation empêche les modérés de faire progresser le processus de paix. L’action du syndicalisme international, notamment de la CSI ( Confédération syndicale internationale ), vise à rapprocher les points de vue, à améliorer le difficile dialogue entre les deux communautés. Ancien secrétaire de la Histadrout, Ephraïm Bar Schmuel, « ne croit pas que la société civile soit à même de permettre des avancées pour la paix. » Mais maintenir le dialogue et renouer la confiance sur le terrain syndical et pour la défense des salariés sont une des conditions pour y contribuer.