Le spleen des agents de Pôle emploi

Publié le 15/07/2009 à 00H00 (mis à jour le 16/07/2009 à 13H39)
Les salariés du nouvel opérateur se sentent déconsidérés par les méthodes employées par les directions pour faire aboutir la fusion. Ils attendent une meilleure organisation pour mieux répondre aux besoins des demandeurs d'emploi.

Réunir les Assedic et les ANPE ne se fait pas en un jour, et pas plus en quelques mois. Les représentants de l’Unedic, de l’Etat et de Pôle emploi en avaient bien conscience en fixant les objectifs du nouvel opérateur lors de la signature de la convention tripartite, en avril dernier. Six mois après la création officielle de Pôle emploi, les difficultés de mise en œuvre apparaissent au grand jour. En cause : une certaine précipitation dans la méthode employée par la direction générale, devant l’afflux de demandeurs d’emploi depuis plusieurs mois. « Il s’agit davantage d’appliquer une fusion théorique que d’agir en fonction des réalités de terrain. Les directions veulent aller plus vite que la musique », regrette Didier Pranal, délégué syndical à Pôle emploi Auvergne. En Languedoc-Roussillon, les militants CFDT ont tourné dans 55 des 60 sites de Pôle emploi. Monique Erre, déléguée syndicale, pointe « l’anticipation très insuffisante de la direction. Il y a un décalage énorme entre l’affichage des pouvoirs publics et ce qui se passe sur les sites ».

Manque d'anticipation et de formation

« La création du 39 49, numéro unique d’appel pour les demandeurs d’emploi, est significative, explique Didier Pranal. La plate-forme est surchargée car il n’y a pas les moyens humains et techniques suffisants. Les demandeurs d’emploi ne peuvent plus accéder directement à leur conseiller référent ». Monique Erre relève un « effet pervers, les agents orientant de plus en plus les demandeurs d’emploi vers cette plate-forme téléphonique ».

Egalement pointée : la formation des agents. Les anciens salariés des Assedic ont participé, ou doivent le faire, à cinq journées d’information sur le suivi mensuel personnalisé. Les salariés des ANPE ont été informés durant trois jours des méthodes de suivi mensuel personnalisé. « Les métiers des ex-Assedic et des ex-ANPE sont très différents et complémentaires. Le tutorat aurait dû être organisé mais avec la crise, les agents ont été directement mis dans le bain. Il se fait donc de façon informelle ».

Cette gestion des ressources humaines et ces méthodes laissent un goût amer chez les agents. Didier Pranal et Monique Erre décrivent des personnes « résignées », et « un mécontentement fort et diffus ». Une réalité également très sensible dans l’encadrement intermédiaire. « Ils ont un sentiment de perte de sens du travail », relate Monique Erre. La grève ? « Nous n’y appelons pas. Cela ne ferait que renforcer le décalage entre les objectifs affichés et la réponse aux besoins des demandeurs d’emploi », explique Didier Pranal. Pour lui, les agents « se sont investis naturellement dans la nouvelle organisation. Les salariés aiment leur travail, et ne veulent plus de politique politicienne, mais ils veulent améliorer les conditions de travail pour améliorer le service aux demandeurs d’emploi. La fusion, à terme, sera une bonne chose pour les demandeurs d’emploi. Pour cela, il faut que les agents se retrouvent dans le projet et y soient reconnus comme acteurs principaux. Nous avons besoin d’une gestion humaine des ressources ».

 
photo : Pôle emploi