Le G20, décryptage

Publié le 22/03/2011 à 00H00
La France assure cette année la présidence du G20. Son objectif affiché : réguler l'économie mondiale.

Le G20 est composé de 19 Etats (Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie) et de l’Union européenne. Issu du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Russie et Royaume-Uni), le G20 est créé en 1999 par le ministre de l’Economie canadien Paul Martin suite à la crise financière asiatique de 1998. Il sera relancé en 2008 en raison de la crise. Son objectif est de favoriser la stabilité financière internationale et de nouer un dialogue entre pays industrialisés et pays émergents, dialogue qui n’existait pas jusque-là de manière aussi formelle.

Outre l’Union européenne, représentée par le Président du Conseil européen et celui de la Banque centrale européenne, le G20 accueille aussi le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et le président de la Banque mondiale. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) y est également représentée ainsi que l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique qui regroupe les 30 pays les plus riches de la planète). L’Organisation internationale du travail (OIT) siège également au G20 depuis peu suite aux pressions du mouvement syndical international. Le G20 représente 85% du commerce mondial, 90% du Produit mondial brut (PNB) et les deux tiers de la population du monde.

Chaque année, le G20 connaît une présidence différente. Celle-ci tourne de manière assez informelle. L’an dernier, la Corée du Sud présidait le G20, cette année, c’est la France.

A quoi sert le G20 ?

Conçu au départ pour répondre aux crises financières des pays émergents, le G20 réunissait une fois par an les ministres des Finances et les gouverneurs des ban­ques centrales des pays concernés pour faciliter la concertation internationale. Depuis, il réunit une fois par an les chefs d’Etat. Pendant la présidence française, il y aura un G20 agriculture et un G20 emploi avec les ministres concernés. La CFDT est particulièrement attachée à la pérennisation de ce dernier pour affirmer la prise en compte de la dimension sociale dans le G20.

A partir de 2008, le G20 fait face à la crise financière internationale qui trouve son origine dans la crise des subprimes américains. Sous l’impulsion de la France, le G20 met en place des moyens exceptionnels pour amortir la crise et soutenir l’économie mondiale: plans de relance budgétaire coordonnés, injections de liquidités par les banques centrales, soutien et régulation accrue des activités de crédit des banques, renforcement des capacités d’aides des organisations internationales.

Ainsi le Sommet du G20 d’avril 2009 débloque 1000 milliards de dollars supplémentaires en faveur du FMI et de la Banque mondiale pour aider les pays émergents et en développement en difficulté. Le G20 a également établi une liste noire de pays dits «non coopératifs», ou paradis fiscaux. A partir d’avril de cette année, des sanctions sont envisagées en cas de refus de ces pays de se soumettre aux règles internationales.

Tous les Sommets du G20 ne donnent pas de résultat probant. Ainsi, le Sommet de Séoul en novembre 2010 s’est révélé décevant sur les questions de lutte contre le chômage et de création d’emplois. La crise passée, la nécessité d’une gouvernance mondiale n’apparaît plus comme une priorité. Cependant, le G20 impose au FMI une évolution dans sa gouvernance avec le transfert de 6% des droits de vote des pays développés vers les pays émergents. La première réunion sous présidence française en février a permis aux ministres des Finances du G20 de se mettre d’accord sur les indicateurs des déséquilibres contre lesquels le G20 entend lutter.

Didier Blain

 

Les enjeux de la présidence française

Le président de la République a fixé six priorités à la présidence du G20.

1. Réformer le système monétaire international. Pour faire face à la volatilité des changes (importantes variations de la valeur des monnaies), à l’accélération des transferts de capitaux, au risque de guerre des monnaies et aux déséquilibres macroéconomiques qui se sont multipliés ces dernières années, un système plus stable s’impose ainsi que l’accroissement du rôle des Droits de tirage spéciaux comme actif de réserve internationale.

2. Renforcer la régulation financière. La crise de 2008 a révélé le manque total de contrôle sur les agences de notation, les fonds de placement, de nombreux produits financiers, sur les rémunérations, sur les prises de risques. De même, la lutte contre les paradis fiscaux ou le blanchiment d’argent nécessite une meilleure coordination des actions nationales et internationales.

3. Lutter contre la volatilité des prix des matières premières. De fortes tensions sont apparues sur les marchés des matières premières liées à la demande accrue des pays émergents et à la spéculation. Cela implique de fortes variations sur ces marchés et notamment sur celui du pétrole. Sur les marchés agricoles, cela met en danger la sécurité alimentaire, notamment dans les pays les plus pauvres et les plus fragiles.

4. Soutien à l’emploi et renforcement de la dimension sociale de la mondialisation. La présidence française affiche des objectifs ambitieux sur les questions sociales. Elle entend ainsi favoriser l’emploi des jeunes et des plus vulnérables, maintenir ou développer les mécanismes de protection sociale, parvenir à un meilleur respect des droits sociaux et du travail et enfin favoriser une meilleure coordination entre les différentes organisations internationales.

5. Lutter contre la corruption. La corruption coûte 1000 milliards de dollars à l’économie mondiale. Elle freine le développement. La France entend au cours de cette présidence encourager la ratification des grandes conventions internationales de lutte contre la corruption et associer davantage le secteur privé à cette lutte. Un rapport sera rendu par chaque Etat avant le Sommet de Cannes de la fin de l’année.

6. Agir pour le développement. Ce volet lutte contre la pauvreté du G20 prend la suite des engagements du G8 sur les Objectifs du Millénaire pour le développement. La présidence française veut amener pays émergents et pays avancés à coordonner leurs politiques de développement. Les objectifs de la présidence française sont le renforcement des infrastructures dans les pays les plus pauvres, assurer la sécurité alimentaire face à des besoins croissants, étendre la protection sociale et trouver de nouvelles ressources pour le développement à travers la mise en place de la taxe sur les transactions financières.