La CSI veut "aller vers plus de justice mondiale"

Publié le 23/06/2010 à 00H00
Trois interventions principales ont marqué cette 2e journée du Congrès de la Confédération syndicale internationale à Vancouver : celle de Guy Ryder, le secrétaire général, de Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international et Pascal Lamy , directeur de l'organisation mondiale du commerce.

Présentant la résolution 'Maintenant le peuple : de la crise à la justice mondiale', Guy Ryder a rappelé que la crise n'a pas d'impact uniforme sur tous les pays. « Pour certains, les effets sont dévastateurs. En Europe, les conséquences sont dramatiques (...) Les pays émergents connaissent à nouveau la croissance ». Mais pour le secrétaire général de la CSI, « c'est le moment de changer la mondialisation. La CSI a été créée pour cela ».

Guy Ryder a redit sa crainte de voir les voix qui se sont faites entendre lors de la relance économique avec la volonté de réguler la finance internationale se taire avec la reprise : « Nous pouvons être sûrs que les marchés financiers vont tout faire pour que l'Ancien Régime de la spéculation reprenne. Nous avons payé pour la survie des banques. Il y avait un contrat, il devait y avoir une régulation. Mais nous l'attendons encore ». « Ne laissons pas passer cette occasion d'aller vers plus de justice mondiale, a poursuivi Guy Ryder, et cela commence avec un travail décent pour tous ». Précisant sa pensée, le secrétaire général a redit que la plus grande des injustices, sont le chômage mais aussi « le travail informel, les salaires si maigres qu'ils ne couvrent les besoins d'une famille, c'est aussi intolérable ».

Evoquant le changement climatique, le syndicaliste a reconnu que le mouvement syndical n'y avait pas beaucoup prêté attention jusqu'à la Conférence de Copenhague. « Le mouvement syndical a réussi à se défaire de son attitude défensive sur ce sujet. Il n'oppose plus environnement et emploi. La CSI est pour une sortie de crise verte ». Pour affronter tous ces défis, Guy Ryder propose la consolidation d'un internationalisme syndical qui a commencé à Vienne avec la fondation de la CSI. « c'est une histoire qu'il faut maintenant écrire ».

Didier Blain (de Vancouver)

DSK souhaite davantage d'interactions entre FMI et mouvement syndical

Le directeur du FMI a commencé son intervention en soulignant les bienfaits des interactions entre le FMI et le mouvement syndical : « Cela change notre perception et notre manière de travailler ». Il a rappelé qu'au début de la crise, le FMI a incité à la relance qui a eu « un impact favorable sur l'emploi » et « grâce à la coopération mondiale, les résultats ont été supérieurs à ce que nous attendions. Mais ils sont inégaux selon les pays ce qui montre qu'il n'existe pas une seule solution ». Si le FMI demande aujourd'hui des restrictions budgétaires, c'est en raison des risques de dérapage que fait courir la dette des pays concernés et qui « pourrit tuer la reprise dans l'œuf ». La solution, selon Dominique Strauss-Kahn, passe par une coopération économique mondiale qui pourrait produire 2,5 % de croissance par an et créer 30 millions d'emplois. « Là, le mouvement syndical a un rôle à jouer en cristallisant un consensus social ».

Sur la régulation du système financier, le directeur du FMI s'est dit d'accord sur une taxation portant sur les profits, les rémunérations de capital et sur les hauts salaires qu'il considère techniquement plus facile à mettre en oeuvre que les transactions financières internationales comme le propose la CSI. Sur la question des programmes d'ajustement du FMI, il s'est prononcé en faveur d'une modification de ces derniers. « En Grèce, le FMI a agi pour maintenir les filets de protection sur les retraites et les minima sociaux », a-t-il expliqué. « Ces modifications sont nécessaires pour éviter les désastres sociaux non pas pour des raisons morales, mais parce que la réussite de ces programmes dépend de leur acceptation par les populations ». Enfin, Dominique Strauss-Kahn a mis en garde contre l'individualisme et les nationalismes qui conduisent à la guerre et vont contre les intérêts des salariés.

 

Pascal Lamy plaide pour une plus grande cohérence de la gouvernance mondiale

Pour sa part, le directeur de l'OMC a rappelé que la crise a pour origine le défaut de régulation. L'OMC a craint une réaction protectionniste qui n'a pas eu lieu. Conséquence : le choc de la crise a été limité pour les pays en voie de développement. « Ce n'est pas contradictoire d'être ouvert aux échanges et de contrôler, réguler ces échanges » a expliqué Pascal Lamy.

Il a ensuite insisté sur la nécessité d'une plus grande cohérence dans la gouvernance internationale. « On peut mieux articuler le triangle G20, ONU d'un côté et OIT, PNUD, OMC de l'autre. Mais cela dépend de la volonté des membres de ces institutions. Le mouvement syndical, les forces sociales ont un rôle à jouer dans ce sens ».