La crise de la dette en questions-réponses

Publié le 18/11/2011 à 00H00
L'Europe est au coeur de la tourmente financière du fait de la crise de la dette ?<br>Mais de quoi s'agit-il ? Quelles sont les solutions pour en sortir ?</br>

Pourquoi parle-t-on d'une "crise de la dette"?
Sortir de l'euro, la solution?
Faut-il supprimer les agences de notation ?
Faut-il séparer les activités bancaires ?
Le dossier "L'Euorpe er la crise de la dette"
Crise de la dette
Sortie de l'euro
Agences de notation
Activités bancaires
Le dossier
Pour faire face à la crise de 2008, les Etats ont aggravé leur endettement. Devenu explosif, il est source d'une récession généralisée.
Aucun pays n'y a intérêt. Attention aux idées simplistes. Les solutions passent au contraire par un renforcement de l'Europe.
Il faut davantage les contrôler, limiter leur opacité et changer les règles de notation, en intégrant des critères extra-financiers.
Ce n'est pas le coeur du problème. Il faut encadrer plus strictement l'activité bancaire et limiter les risques que prennent les banques.
Retrouvez le dossier "L'Euorpe et la crise de la dette"

Depuis 2008, la plupart des Etats ont massivement investi dans leurs économies respectives (plans de sauvetage des banques, plans de soutien à l’économie, etc.), aggravant ainsi la situation de leurs comptes publics. L’endettement s’est donc fortement dégradé, dépassant largement les critères de Maastricht (critères auxquels les pays doivent se soumettre pour entrer dans la zone euro) qui imposent un déficit limité à 3% du PIB et une dette ne dépassant pas 60% du PIB. De plus, la contraction de l’activité entraîne la réduction des recettes fiscales.

Dans un contexte de croissance en berne, cette situation d’endettement est le moteur d’une spirale infernale: dans une situation économique qui se dégrade (difficultés des entreprises, hausse du chômage...), les déficits publics se creusent encore davantage, provoquant la méfiance des investisseurs qui doutent de la capacité des Etats à s’en sortir, et entraînant du même coup une dégradation de la note de ces Etats (voir paragraphe sur les agences de notation). Il devient alors encore plus difficile et plus coûteux pour les gouvernements de se refinancer (on parle alors de « renchérissement du coût de la dette»), puisque plus un Etat est en difficulté, plus il doit emprunter à des taux élevés. Un exemple: l’Italie doit désormais emprunter (taux à 10 ans) à des taux frôlant les 7%, tandis que l’Allemagne, considérée comme vertueuse, emprunte à moins de 2%. Pour donner des gages aux investisseurs (« rassurer les marchés », comme on l’entend sans cesse), les Etats s’obligent à des plans de rigueur, promettant de réduire les déficits publics. Le gouvernement français vient d’ailleurs d’annoncer une deuxième vague de mesures. Ce qui n’a d’autre conséquence que d’étrangler encore la croissance, le tout menaçant d’une récession généralisée, sans possibilité de rembourser la dette.

On voit bien comment, dans ces conditions, il serait nécessaire de réduire le taux d’endettement tout en accompagnant la réduction des déficits publics par des mesures de relance de l’activité. Enfin, on comprend aussi que le « tempo» qu’exigent les marchés pour garantir la réduction des déficits oblige les Etats à prendre des mesures brutales, alors qu’il conviendrait de prendre davantage de temps pour réinstaller les bases de la croissance et d’un système productif solide. Au-delà de la menace économique qu’elle représente, cette crise est révélatrice de la grave crise politique que connaît l’Europe. Face au risque d’éclatement de la zone euro, les dirigeants de l’UE agissent a minima, sans se donner les moyens de se doter d’outils européens de pilotage.

Emmanuelle Pirat

 

Certains réclament la sortie de la Grèce de la zone euro, d’autres envisagent le divorce entre une « zone euro du Nord» (pays vertueux) et une autre «du Sud» (avec les pays endettés)... C’est dire à quel point cette crise met à mal l’Union et la conception de solidarité qui la sous-tend. Aucun de ces scénarios n’est souhaitable. Au contraire. C’est davantage d’intégration économique, politique et budgétaire dont l’Europe a besoin. Sortir de l’euro, quel que soit le pays, signifierait d’abord une dévaluation brutale de sa monnaie (sauf pour l’Allemagne, mais avec un nouveau deutschemark qui s’apprécierait considérablement, rendant ses exportations hors de prix, donc économiquement dangereux). Pour tous les pays, avec une monnaie dévaluée, le remboursement de la dette deviendrait encore plus cher. Pour la Grèce, rembourser en drachmes deviendrait impossible, «sans compter qu’on n’imagine pas la BCE continuer à soutenir les banques d’un pays qui s’apprête à quitter le navire (...)». Ce scénario pourrait paraître convaincant : en sortant de l’euro, les pays déva uent leur monnaie et retrouvent de la compétitivité et donc remontent la pente, à la condition toutefois qu’ils aient une base industrielle suffisamment solide, ce qui n’est pas le cas de la Grèce, mais, en fait, il conduirait tout droit les pays à la catastrophe économique et politique.

Il n’est donc de solution que par un renforcement politique, économique et budgétaire de l’Europe, par une mutualisation des dettes pour couper court aux et une plus grande solidarité économique et sociale. Ce qui nécessite de faire évoluer les traités vers davantage de fédéralisme. Mais déléguer une part de souveraineté nationale pour renforcer l’Europe, surtout dans la période, est une option impopulaire. Pourtant, comme le défend ardemment Véronique Descacq « il n’y aura pas de solution dans le repli sur soi. Nous devons expliquer que la solidarité n’est pas synonyme de sacrifice nécessaire pour sauver le voisin, mais d’une évolution indispensable pour peser dans le monde qui se reconfigure, face aux pays émergents d’abord, face aux marchés aussi. L’Europe ne doit pas être un choix par défaut, un ralliement désabusé à l’inéluctable, mais au contraire, un choix positif, d’une ambition européenne, porteuse d’un nouveau départ économique et de nouvelles espérances sociales». Aller vers plus d’Europe est une nécessité,

«mais pas sans les peuples, prévient Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT. Oublier d’impliquer les citoyens dans les décisions à prendre nous fait courir un risque majeur dans la période.»

E. P.

 

Leur nom est martelé à longueur de journée: Standard&Poors, Moody’s et Fitch. Ces trois agences qui se partagent à elles seules 90% du marché de la notation financière donnent l’impression de mener le monde. Elles sont pourtant éminemment contestées dans leur crédibilité d’abord, elles qui n’avaient rien vu venir de la faillite d’Enron ou, en 2008, avaient noté en «A» des subprimes «pourries » qui ont précipité la crise mondiale à l’époque; dans leur légitimité ensuite: si elles sont plutôt performantes pour noter des entreprises ou les produits financiers, elles ne sont ni outillées ni légitimes pour noter les dettes des Etats. On relèvera au passage la perversité de leur fonctionnement, puisqu’elles sont rétribuées par ceux-là même qui les sollicitent pour être notés (les clients sont les Etats).

«C’est comme si pour passer le bac, les candidats devaient payer les examinateurs. Le conflit d’intérêts est manifeste», indique Luc Mathieu, secrétaire général de la fédération des Banques. Pourquoi alors leur attribuer autant de pouvoir? Comment donner encore du crédit à leur verdict? Surtout que de leur note dépend la capacité à emprunter des Etats. A ce titre, si la note de la France venait à être dégradée comme le menace Moody’s, la France devrait emprunter à des taux plus élevés. En outre, leur appréciation influence les investisseurs et participe de ce phénomène de «prophétie auto-réalisatrice » : une annonce de dégradation renforce l’idée que les pays ont des difficultés, ce qui précipite donc ces dernières. Le problème: la notation a été intégrée comme élément-clé des règles prudentielles internationales. En clair, les autorités de régulation (banques centrales), en exigeant des banques qu’elles détiennent des actifs dits « sûrs » dans leurs fonds propres (notés A), ont donné du pouvoir à ces agences puisque ce sont elles qui attribuent les notes. Faut-il alors les supprimer? Au moins les réformer. Et aller plus loin dans les actions engagées depuis fin 2010, pour rendre leur fonctionnement plus transparent et limiter les conflits d’intérêts. «C’est aussi l’approche de  la notation qu’il faudrait modifier, en regardant l’ensemble des critères, financiers comme extrafinanciers et en intégrant l’analyse développée dans l’investissement socialement responsable par exemple», indique Emmanuel Mermet. La CFDT plaide également en faveur de la création d’une agence européenne indépendante. Une idée qui avance, mais trop lentement.

E. P.

 

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la séparation des activités de détail (dépôts et prêts aux  particuliers et aux petites et moyennes entreprises) des activités de financement et d’investissement (grandes entreprises, marchés publics, marchés financiers), dans l’esprit du Glass-Steagall Act mis en place aux Etats-Unis après la crise de 1929. Or, force est de constater que les banques françaises, qui mêlent les deux types d’activité, ont plutôt mieux résisté à la crise des subprimes que leurs consœurs spécialisées : les deux faillites emblématiques ont concerné une banque strictement de détail, la britannique Northern Rock, et une pure banque d’investissement, l’américaine Lehman Brothers.

 

«Une séparation juridique artificielle ne rendrait aucun des secteurs plus sûrs», estime Véronique Descacq, secrétaire nationale. La question centrale, c’est l’exposition au risque et sa maîtrise, qui passe par davantage de régulation et de supervision. Sans que cela ne se traduise non plus par des nationalisations, solution prônée par certains politiques. Comme le rappelle Véronique Descacq, « cette solution ne garantit pas contre les errances d’un système. L’Etat n’était-il pas actionnaire du Crédit lyonnais dans les pires moments de son histoire?» Si l’Etat doit jouer un rôle, c’est bien dans un contrôle financier plus actif. C’est donc une étape supplémentaire dans la régulation de la sphère financière qu’il faut franchir. A ce titre, la CFDT Banques et Assurances revendique l’interdiction immédiate et définitive des produits hautement spéculatifs et dangereux, tels que les ventes à découvert (spéculation à la baisse sur le cours d’une action que l’on ne possède pas) ou l’organisation du marché des produits dits dérivés. En tout état de cause, il faut se méfier des discours «punitifs » sur les banques, et rappeler qu’ «on ne peut pas se payer le luxe de mettre à bas les banques : elles financent –tant bien que mal – l’économie réelle. Sans banques en bonne santé, pas d’économie en bonne santé», conclut la secrétaire nationale.

E. P.