La CFDT au plus près des demandeurs d'emploi

Publié le 02/12/2010 à 00H00 (mis à jour le 03/12/2010 à 14H15)
Une enquête menée par les militants CFDT auprès des demandeurs d'emploi révèle des situations dramatiques ou ubuesques de part et d'autre des guichets de Pôle emploi. Quelques exemples en région parisienne.

« Écrivez-le en toutes lettres dans votre questionnaire : MOI-MÊME ! Pour retrouver du travail, c’est avant tout sur moi que je compte. Un peu la famille, les amis, mais certainement pas sur Pôle emploi ! » Véronique – énergique quadra rencontrée à la sortie de l’agence Pôle emploi de Paris-Bercy, lors de l’enquête Flash organisée par l’Uri Île-de-France – est bien remontée. Elle vient réclamer le paiement de ses allocations, en retard d’une bonne quinzaine de jours. « Parce que ça marche pas, leur truc, là. Il faut bien le dire, ça ne marche pas ! On ne comprend plus rien, et ils sont incapables de nous renseigner correctement. » Moitié en colère, moitié désabusée, la jeune femme en a long à dire sur Pôle emploi et ses dysfonctionnements.

 

Objectifs largement partagés

Du coup, quand un militant lui a proposé de répondre au questionnaire de la CFDT, elle a répondu oui sans hésiter. « Nous avons été enchantés de l’accueil extrêmement positif que nous avons reçu de la part des demandeurs d’emploi. On ne pensait pas qu’autant de personnes s’arrêteraient et prendraient le temps de répondre », explique Philippe Lengrand, secrétaire général adjoint de l’Uri Île-de-France, l’une des dix régions1 CFDT qui se sont portées volontaires pour mener l’enquête. Résultats : un nombre de questionnaires remplis qui atteint presque le double des objectifs fixés – près de 300 en lieu et place des 180 escomptés !

« Nous n’avons essuyé aucun refus, se félicitent Vincent Pigache et Philippe Decrulle, délégués régionaux de l’Uri Île-de-France. On sent à quel point les gens ont besoin de parler. Beaucoup apprécient le fait que l’on soit venu les écouter, ils nous remercient. » Certains demandent à être recontactés. « On a même eu quelques demandes d’adhésion », indique Vincent. La preuve, s’il était encore besoin, que le syndicalisme de proximité constitue un outil efficace et pertinent. « Le fait d’aller à la rencontre des demandeurs d’emploi est positif en termes de pratique et de contenu. Tous ces échanges avec eux vont nous permettre de mieux adapter nos revendications, de leur donner de la consistance », souligne Patricia Ferrand, secrétaire confédérale chargée du dossier assurance-chômage.

Résultats début 2011

Et le contenu est riche ! Même s’il est encore trop tôt pour analyser l’ensemble des résultats (qui seront connus à la fin du mois et consolidés au début de l’année 2011), les militants ont d’ores et déjà nettement repéré les principaux dysfonctionnements décrits par les demandeurs d’emploi ; parmi les plus préoccupants, le retard dans le versement des allocations. « Un retard de trois ou quatre jours peut parfois se révéler dramatique », tempête Philippe Decrulle, visiblement ému quand il évoque la situation d’une mère célibataire qu’il a interrogée le matin même sur le site de Pont-Cardinet, « à qui il ne reste plus que 100 € par mois pour se nourrir, elle et sa petite fille. Ce matin, elle est rentrée en hurlant dans l’agence, au motif qu’elle n’avait encore rien perçu pour le mois, et qu’ils avaient perdu son dossier pour la cinquième fois ». Un cas qui, malheureusement, semble assez répandu. « Tous les jours, on a des demandeurs d’emploi qui pètent les plombs ou qui fondent en larmes. Il y a des clashes en permanence », confirme une conseillère de Pôle emploi rencontrée sur le site de Pont-Cardinet.

Évidemment, le retard dans le paiement des allocations n’est pas, tant s’en faut, le seul grief adressé à Pôle emploi. Ahmed, un Algérien arrivé en France en 2000, ancien manutentionnaire sur les plates-formes pétrolières, en résume une bonne partie : l’attente interminable avant d’être reçu, les formations ou les prestations inadaptées qu’on lui propose, lesquelles ne correspondent pas à ce qu’il demande, les offres d’emploi à côté de la plaque ou déjà périmées… Lui qui parle anglais et arabe se demande pourquoi on lui envoie « des offres où il faut parler le chinois ! ». Alors Ahmed, comme la quasi-totalité des chômeurs interrogés, dit se « débrouille[r] seul »…

Faire évoluer le système

« Je viens parce qu’il faut pointer, mais c’est pas sur eux que je compte pour m’en sortir », confirme un autre demandeur, qui sort furieux de l’agence de Bercy. « On remarque que ce n’est pas contre les conseillers qu’ils en ont, mais contre le système lui-même, contre l’institution », insiste Philippe Lengrand.

Un système qu’il est impératif de faire évoluer, tant il est source d’aberrations, de conflits et de souffrances de part et d’autre du guichet. L’enquête Flash donnera très prochainement les principales pistes à suivre…

(1) Bretagne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Île-de-France, Lorraine, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais, Pays de la Loire et Rhône-Alpes.