L'Europe et la crise de la dette

Publié le 12/09/2011 à 00H00 (mis à jour le 18/11/2011 à 17H13)
Pour sortir les pays pris dans un cercle vicieux qui ne fait qu'aggraver leur déficit budgétaire, la solidarité européenne s'impose.Un dossier pour y voir plus clair, remis à jour le 19 octobre sur "les banques et la crise".

Les solutions pour résoudre la crise ne manquent pas mais des blocages persistent au sein des instances européennes.
Doublement exposées au risque d'un défaut de la Grèce et à la défiance des marchés financiers, les banques sont dans la tourmente... et la régulation encore en instance.
Plus encore qu'à une crise des dettes publiques, c'est à une crise politique que l'Europe fait aujourd'hui face. Explications

Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT revient sur la situation économique actuelle et avance les propositions de la CFDT, propositions qui passent par des solutions européennes.
Retrouvez dans cette rubrique les outils mis à disposition par la Confédération pour comprendre l'analyse de la crise par la CFDT.

« On ne payera pas ». Pour dénoncer les conséquences des mesures d’austérité sur leur vie quotidienne, les Grecs ont continué tout l’été à organiser des actions de protestation comme les « casserolades » (concerts de casseroles), à l’image des manifestations en Argentine au début des années 2000.

La crise sociale est profonde dans le pays de la zone euro le plus menacé par la spirale de l’endettement. Nombre de salariés ne sont plus rémunérés depuis des mois. D’autres ont vu leur fiche de paie diminuer de près de la moitié. Les pensions de retraites ont aussi baissé. A contrario, les prix de l’essence, des transports collectifs et de la nourriture ont augmenté, de même que les impôts et la TVA qui vont poursuivre leur hausse après le nouveau plan d’austérité voté fin juin par le Parlement grec. Les entreprises ferment les unes derrière les autres et le chômage explose, réduisant les recettes fiscales qui auraient pu renflouer les caisses de l’Etat.

Etranglée par la crise, près de 40% de la population ne paie plus ses factures d’électricité. Le refus de payer est aussi devenu une manière de protester pour beaucoup de Grecs qui estiment que le tribut des salariés et des retraités est trop lourd quand d’autres catégories sociales plus aisées continuent de frauder le fisc. Entre les citoyens et leurs représentants politiques, le divorce est consommé.

Mauvais plans

Comme des milliers de jeunes Espagnols, Portugais, Irlandais et Italiens, les jeunes Grecs fuient leur pays faute de perspectives. Partout, l’accumulation des mesures de rigueur paralyse l’économie. « Il faut changer la philosophie des plans de sauvetage européens », s’alarmait début juillet le ministre polonais des Finances Jacek Rostowski, dont le pays préside l’Union européenne pour le second semestre 2011.

Malheureusement, la relance économique n’est toujours pas au goût du jour, y compris aux Etats-Unis. « La chute des Bourses au mois d’août suite à la dégradation de la note de la dette publique américaine par les agences de notation est surtout due à une crainte de la récession. Les investisseurs n’ont pas tant de doutes sur la capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette. Washington aura toujours la possibilité de se financer. En revanche, le compromis passé entre démocrates et républicains1 génère des incertitudes sur la manière dont le pays va pouvoir trouver des ressources pour se redresser. Les conséquences sur l’économie sont mondiales. On observe d’ailleurs que les perspectives de croissance aux Etats-Unis mais aussi de leurs partenaires commerciaux comme la France ou l’Allemagne, sont encore plus faibles que ce qui était escompté pour le deuxième semestre 2011 » fait remarquer Véronique Descacq, secrétaire nationale responsable de la politique économique.

Bonds, ils s'appellent eurobonds
Si tous les pays européens émettaient des obligations communes – ou bonds en anglais (titres de créance qui permettent à un Etat d’emprunter sur les marchés) – ils mutualiseraient les risques. Il s’agirait de partager une partie de la dette entre tous les Etats. En créant un grand marché européen des obligations comparable à celui des Etats-Unis, non seulement l’Europe attirerait davantage de capitaux, mais les pays les plus fragiles ne seraient plus isolés face aux marchés financiers et seraient protégés de la spéculation. En contrepartie d’une gestion rigoureuse de leur budget, ils bénéficieraient de la crédibilité des pays les plus forts comme l’Allemagne qui se finance à des taux faibles.

Depuis début septembre, cette crainte de récession se confirme. La dette publique est « hors de contrôle », selon un rapport de contrôle budgétaire grec. Le pays a reconnu qu’il ne pourrait pas tenir ses objectifs de réduction du déficit en raison de l’aggravation de la récession. Les Bourses ont à nouveau chuté, après l’annonce qu’aucune création d’emplois n’avait eu lieu aux Etats-Unis en août. Autre indicateur négatif, tous les pays de la zone euro enregistrent une baisse de la production.

Des marges de manoeuvre existent
our la CFDT, un cercle vicieux s’est bien enclenché. Manifestant leur inquiétude sur la capacité de plusieurs pays à rembourser leur dette, les marchés financiers poussent ces derniers à mettre en œuvre des plans d’austérité sans considération du contexte social. Ces plans nuisent à la reprise économique. Ils entraînent un risque de récession face auquel les marchés paniquent et plongent.
Or, les pertes enregistrées par les Bourses ont des effets sur l’économie réelle. Elles affaiblissent l’investissement des entreprises. La production de biens et de services est alors menacée à court et à long terme, et par voie de conséquence l’emploi également.

« On est toujours dans un cycle de prophéties auto-réalisatrices, note Véronique Descacq. Les acteurs financiers vendent parce qu’ils ont peur et ce dont ils ont peur se produit ». Il est pourtant nécessaire de réduire l’endettement des Etats. Si les historiens rappellent que les dettes publiques ont toujours existé, « les niveaux atteints, supérieurs à 80% du Produit intérieur brut, sont exceptionnels et ne sont pas supportables pour les générations futures, met en garde Véronique Descaq. Comme un particulier, il est normal qu’un Etat s’endette pour investir dans l’avenir. En revanche, si la dette est trop élevée, une partie trop importante des ressources est consacrée à son remboursement. On accroît la difficulté au lieu de la résoudre. »

Diminuer le déficit est donc indispensable. « Mais il faut aussi relancer la croissance pour éviter la crise sociale. Soutenir l’activité permet de créer de l’emploi et donne des revenus aux populations. Il ne faut donc pas se priver de faire des dépenses pour investir à long terme, surtout dans la période de mutation industrielle que nous connaissons. On peut privilégier des projets qui répondent à des objectifs d’efficacité énergétique et de développement durable, et faire ainsi évoluer notre modèle de production », affirme la secrétaire nationale. Tous les pays de l’Union européenne importent du pétrole et du gaz, plombant leurs échanges commerciaux. Investir l’épargne populaire, qui est massive dans la zone euro, pour développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique permettrait d’alléger le coût de leurs importations !

Plus de fédéralisme
Réduire l’endettement public tout en soutenant l’activité économique et l’emploi sont deux objectifs compatibles, selon la CFDT, si certaines conditions sont respectées. Les efforts pour réduire les déficits doivent être équitablement répartis. Au lieu de creuser les inégalités sociales, ils doivent contribuer à les diminuer, grâce notamment à des réformes fiscales axées sur l’efficacité et la justice. Entre les pays membres de l’Union européenne, la solidarité ainsi que l’harmonisation des politiques budgétaires, industrielles, économiques, sociales et fiscales s’imposent.

« L’Europe dans sa globalité, avec ses 27 membres, n’a pas de problème d’endettement », souligne Véronique Descacq. Un fonds de secours, appelé Fonds européen de stabilité financière (FESF) a été créé en juin 2010 pour prêter aux Etats en difficulté à des taux d’intérêt inférieurs à ceux que leur infligeaient les marchés. En contrepartie, le FESF impose de strictes restrictions budgétaires qui bloquent la relance économique de ces pays. Bénéficiant des garanties apportées par les 17 pays de la zone euro, il constitue cependant un premier pas vers la solidarité financière puisque les Traités européens interdisaient cette entraide entre les Etats.

Mais le FESF est non seulement trop rigide, il est aussi insuffisant. « Si on avait mutualisé la dette sous la forme d’euro-obligations, on aurait probablement évité toutes les spéculations qui se sont produites cet été. L’idée des euro-obligations progresse mais on peut se demander quand elles seront mises en place. En attendant, les milliards d’Euros engloutis sont perdus », déplore Marcel Grignard, secrétaire général adjoint, responsable de la politique internationale et européenne. Tous les pays sont menacés de déstabilisation. Ainsi, les banques allemandes et françaises ont massivement prêté à la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. Marcel Grignard avertit : « Faire un effort pour consolider la zone euro coûtera moins cher que son éclatement car chaque pays serait alors contraint d’emprunter à des taux qui flamberaient. Face à la crise, il n’y a pas le choix. Soit l’Europe explose, soit chaque Etat accepte de transférer des responsabilités nationales pour avancer vers une plus grande intégration européenne. »

Nadège Figarol

(1) Barack Obama n’a pas pu obtenir qu’une partie des coupes budgétaires soit compensée par une augmentation des impôts des Américains les plus fortunés et des grandes entreprises

Illustrations : Nini La Caille

 

Les sommets européens se succèdent depuis des mois, et pourtant aucune décision ne semble efficace. « Les chefs d’Etat et de gouvernement font systématiquement le choix de solutions a minima, pour constater deux à trois mois plus tard qu’elles sont insuffisantes et en rajouter une couche… toujours trop faible », fait observer Marcel Grignard. La pression des opinions publiques et les enjeux électoraux à court terme pour les dirigeants nationaux passent vraisemblablement avant les risques que font peser la crise sur l’Union européenne. « Les gouvernements n’ont malheureusement pas voulu associer le Parlement européen dans la gestion de la crise, regrette Sylvie Goulard, députée européenne (MoDem) membre de la Commission parlementaire des affaires économiques et monétaires. Plutôt que des sommets de chefs d’Etat et de gouvernement où chacun défend ses intérêts nationaux, je pense que les solutions doivent venir d’instances comme le Parlement où le débat démocratique a lieu. »

La Commission et le Parlement européens ne manquent pourtant pas de propositions. Si les marchés financiers ne sont pas directement en cause dans les déséquilibres budgétaires des Etats, ils ont grandement contribué à jeter de l’huile sur le feu. « C’est l’augmentation artificielle des taux d’intérêt qui a provoqué l’insolvabilité du Portugal, de l’Espagne ou de l’Italie. Sans la spéculation des acteurs financiers, ces pays étaient tout à fait capables de rembourser leurs dettes », indique Pascal Canfin. Le député européen (Europe Ecologie) a obtenu la majorité du Parlement européen pour faire interdire certains produits financiers qui favorisent cette spéculation. Les négociations avec les Etats sont en cours pour faire aboutir le texte. Mais « alors qu’il pourrait les protéger, des pays en difficulté craignent que les marchés l’interprètent comme une agression. Cela en dit long sur les rapports de force entre Etats et marchés ! », constate Pascal Canfin, pour qui « on ne pourra emprunter le chemin vers la discipline budgétaire sans avoir désarmé les marchés des outils spéculatifs».

De son côté, la Commission européenne a annoncé sa volonté de promouvoir son projet de taxe sur les transactions financières auprès des chefs d’Etat et de gouvernement lors du G20 qui se tiendra à Cannes début novembre. Elle a aussi lancé une consultation en vue d’émettre des emprunts pour financer de grands projets européens dans les transports et les télécommunications, la recherche et « tout ce qui peut augmenter la compétitivité », selon Michel Barnier, commissaire européen. Ces « project bonds » seraient différents des « eurobonds », qui, eux, seraient directement émis sur les marché pour mutualiser la dette de tous les pays de la zone Euro. La Commission européenne va publier un rapport d’ici la fin de l’année sur la mise en place de ces eurobonds. Mais des réticences demeurent, notamment de la part de l’Allemagne et des pays du Nord. « Les pays qui ont fait des efforts de gestion budgétaire n’apprécient pas la désinvolture des autres. Ils ont de bonnes raisons : pourquoi payer pour ceux qui ont mal géré ?», souligne Sylvie Goulard qui a introduit le sujet des eurobonds au Parlement européen. Et de rappeler qu’au sein de l’Union européenne « nous ne nous sommes pas dotés d’instruments communs de contrôle et la vertu budgétaire n’a pas été au rendez-vous ». Le Parlement européen est cependant parvenu à trouver un compromis en votant en juin dernier à la fois pour une discipline budgétaire commune et les eurobonds. Mais les gouvernements nationaux risquent de continuer à bloquer ces avancées.

Le déficit démocratique dans le processus de décision des institutions européennes touche aussi les partenaires sociaux. La Confédération européenne des syndicats (CES) et la CFDT demandent un renouveau du dialogue social, afin que les partenaires sociaux soient associés à la réflexion des Etats sur la coordination de leurs politiques économiques et budgétaires. Des menaces pèsent notamment sur l’établissement des salaires, les poussant de plus en plus à la baisse. C’est aussi un risque de déstabilisation de l’Euro. « La concurrence sociale entre les Etats-membres est dramatique. L’Union européenne doit absolument établir un socle social pour éviter une spirale descendante », met en garde Marcel Grignard. C’est en ce sens que la CES organise une euro-manifestation à Wroclaw (Pologne) le 17 septembre dernier, appelant à un New Deal européen qui se fait terriblement attendre.

N. F.

Illustrations : Nini La Caille

 

Ce qui hier était vertu est aujourd’hui source de suspicion. On vantait volontiers la structure du bilan des banques françaises, équilibré entre banque de détail et banque d’investissement (lire l’encadré). On saluait leur part d’obligations souveraines – considérées comme les prêts les plus sûrs en raison de l’impossibilité pour un État de faire faillite. On se félicitait de leur notation élevée, qui favorisait leur accès aux marchés… et les incitait à être « prêteuses » (faire plus de prêts qu’elles n’ont de dépôts).

La crise de la dette grecque – et plus largement des dettes publiques en Europe – est passée par là, et voilà les banques françaises prises dans la tourmente.

Défiance généralisée

Le risque de défaut de paiement de la Grèce et d’une potentielle contagion à d’autres pays européens fragilise les banques du fait de leur exposition aux créances souveraines de la Grèce, mais surtout de l’Italie, ainsi que de l’Espagne, du Portugal et de l’Irlande. Parallèlement, la crise de confiance qui s’installe – en raison d’une gouvernance européenne hésitante quant aux modalités de résolution de la crise – pèse sur le circuit financier, rendant plus difficile l’accès aux liquidités, qui permettent de financer les prêts aux entreprises et aux ménages. Une défiance interbancaire au sein même de la zone euro, mais également des investisseurs étrangers, en particulier anglo-saxons, qui portent une appréciation négative sur une région considérée comme « à risque », rendant plus ardu l’approvisionnement en dollars.

Cette « double exposition » des banques françaises incite les marchés à exiger davantage de fonds propres, alors même que celles-ci ont augmenté ceux-ci de 50 milliards d’euros depuis 2007, s’estimant « bien capitalisées ». Elles n’y échapperaient de toute manière pas en raison des règles de Bâle III, décidées à l’automne 2010 afin d’éviter un risque systémique comparable à la crise financière de 2008.

Risque sur l’économie réelle

Pour accroître leur ratio de fonds propres, deux voies s’offrent aux banques. La première, sur laquelle elles se sont déjà engagées, consiste à améliorer leur ratio de fonds propres en réduisant la taille de leur bilan. Concrètement, cela consiste à se séparer de certaines activités (investissement, international), voire à céder des filiales. « Le risque, explique Luc Mathieu, secrétaire général de la CFDT Banques & Assurances, c’est que les banques réduisent les activités qui permettent de financer l’économie réelle, aggravant par là même le ralentissement économique. » À cela s’ajoute la crainte que les mesures d’économie n’aient des répercussions sur l’emploi – ne serait-ce qu’à travers une diminution des recrutements – et sur les conditions de travail des salariés des banques.

La seconde piste passe par une recapitalisation, soit par les marchés, ce que la crise de confiance ne favorise guère, soit par l’État. Une solution désormais officiellement envisagée par le couple franco-allemand, les « détails » de sa mise en œuvre restant à définir, qui ne séduit guère les banques elles-mêmes. Peut-être par crainte d’y laisser des plumes en termes de gouvernance et de régulation ?

Aurélie Seigne

Faut-il séparer les activités bancaires ?

Le modèle de la banque universelle a-t-il vécu ? Nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour réclamer la séparation des activités de détail (dépôt et prêts aux particuliers et aux petites et moyennes entreprises) des activités de financement et d’investissement (grandes entreprises, marchés publics, marchés financiers), dans l’esprit du Glass-Steagall Act, mis en place aux États-Unis après la crise de 1929. Or, force est de constater que les banques françaises, qui mêlent les deux types d’activité, ont plutôt mieux résisté à la crise des subprimes que leurs consœurs spécialisées : les deux faillites emblématiques ont concerné une banque strictement de détail, la britannique Northern Rock, et une pure banque d’investissement, l’américaine Lehman Brothers. « Une séparation juridique artificielle ne rendrait aucun des deux secteurs plus sûrs », estime la secrétaire nationale Véronique Descacq. La question centrale, c’est l’exposition au risque et sa maîtrise, qui passe par davantage de régulation et de supervision. Dans cette optique, la CFDT Banques & Assurances revendique « l’interdiction immédiate et définitive des produits hautement spéculatifs et dangereux tels que les ventes à découvert » (spéculation à la baisse sur le cours d’une action que l’on ne possède pas) ou les CDS « nus » (utilisation spéculative des produits d’assurance contre les défaillances) ; la mise en place rapide d’une agence de notation européenne indépendante ; l’organisation du marché des produits dits dérivés.

La CFDT Banques & Assurances a publié un tract, « La crise en questions », téléchargeable sur le site www.fba.cfdt.fr

 

De quoi cette crise est-elle le nom ?


Au plus fort de la crise de 2008-2009, les États ont injecté massivement des liquidités dans l’économie afin de tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Ce faisant, ils ont laissé dériver leurs comptes publics. Aux États-Unis, le déficit public tourne autour de 10 % du PIB, et la dette atteint 100 % du PIB. En Europe, l’endettement des États membres dépasse largement les critères de Maastricht?1, la moyenne de la zone euro étant supérieure à 85 % du PIB – contre 66,3 % en 2007. Comme toutes les moyennes, ce taux masque de fortes disparités. La dette publique représente près de 120 % du PIB en Italie (qui vient de voir sa note dégradée) ou en Irlande… et 160 % en Grèce.

Cumulée à une croissance en berne, cette situation entraîne la spirale de l’endettement que connaissent aujourd’hui les pays les plus exposés de la zone euro. Sans croissance, l’emploi stagne, le chômage augmente, les entreprises renoncent à investir ; résultat : les dépenses augmentent, les recettes diminuent, aggravant à leur tour les déficits publics et creusant davantage encore la dette. Ce cercle vicieux conduit les marchés financiers à douter de la capacité de remboursement des États. Ce faisant, ils accroissent, par leurs jeux spéculatifs, le coût de la dette, imposent des plans d’austérité qui tuent dans l’œuf toute perspective de reprise, faisant planer le spectre d’une panne globale de l’économie.
 
Quels sont les risques pour la zone euro ?
 
L’Europe semble retenir son souffle, les yeux rivés sur la Grèce. Et pour cause : l’annonce, début septembre, que la dette y était désormais « hors de contrôle », les mesures d’austérité prises pour réduire l’endettement ayant littéralement étranglé l’économie, rend de plus en plus plausible un défaut de remboursement du pays. Or dans une zone euro où les économies – et donc les dettes – font système, la défaillance d’un État à l’égard de ses créanciers (banques, investisseurs institutionnels, autres États à travers leurs fonds souverains) ne serait pas sans conséquences. D’une part pour ses créanciers eux-mêmes, puisque cela équivaudrait à une perte nette d’actifs ; d’autre part pour les autres États de la zone euro, en raison d’un risque de contagion, en particulier aux pays du Sud, les plus menacés. À terme, un éclatement de la zone euro ne serait plus à exclure. Une situation qui serait catastrophique pour l’ensemble de ses États membres. « L’abandon de la Grèce à son sort serait économiquement et socialement désastreux pour l’ensemble des pays de la zone euro », estime le secrétaire général adjoint de la CFDT, Marcel Grignard.
 
Pourquoi les banques sont-elles concernées ?
 
On observe actuellement un transfert du risque souverain aux banques privées qui détiennent de la dette publique. Les marchés financiers anticipent un défaut de paiement de la Grèce, qui dévaloriserait le ratio fonds propres-crédits des banques les plus exposées parce qu’elles détiennent le plus de titres de dette publique.
Avec, à la clé, le retour du risque systémique, comme au lendemain de la faillite de Lehman Brothers. Les bilans des banques sont jugés non stables, les banques ne se font plus confiance, le crédit interbancaire s’arrête. Parallèlement, les investisseurs craignant la répétition du scénario de 2008, ils entraînent le marché dans une spirale baissière qui dévalorise de fait les actifs bancaires.
Dans une telle situation, « seules les banques centrales peuvent agir, explique le secrétaire confédéral Emmanuel Mermet : elles sont les prêteurs en dernier ressort, la dernière bouée de sauvetage des banques à cours de liquidités quand elles n’échangent plus entre elles. C’est ce que l’on vient d’observer le 15 septembre dernier quand les banques centrales de la zone euro, des États-Unis, du Royaume-Uni, de Suisse et du Japon ont décidé de prêter des dollars aux banques européennes de manière conjointe ».
 
Existe-t-il des solutions à cette crise ?
 
« Les décisions pour mettre fin à la crise des dettes publiques seront difficiles et coûteuses », prévient Marcel Grignard. La seule certitude, à l’heure actuelle, est que l’Europe ne peut pas ne pas agir : « Le sauvetage de la Grèce coûtera, mais toujours moins qu’un éclatement de la zone euro. » La principale piste pour éviter ce scénario noir consiste à mutualiser une partie des dettes – avec les fameuxeurobonds (obligations communes des États de la zone euro). Cela aurait l’avantage de mettre un coup d’arrêt à la spéculation sur le risque de défaut de ces dettes et de rendre moins coûteux le coût du crédit pour les États les plus endettés – qui bénéficieraient alors de la crédibilité des pays les plus vertueux. Une option suggérée dès la fin de l’année 2010 par le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, et de plus en plus largement partagée.
 
Quelles sont les conditions d’une sortie de crise ?
 
Cette solution n’est pas sans contreparties. Cela suppose que, parallèlement à la mutualisation d’une partie de leur dette, les États s’astreignent à une stricte discipline commune sur le plan budgétaire pour contenir puis résorber leur endettement. Or le laxisme pratiqué depuis des années à l’égard des critères de Maastricht a montré que la seule bonne volonté ne suffisait pas. Mutualiser les dettes exige donc d’« engager une convergence budgétaire et économique » qui requiert comme préalable un nouveau transfert de souveraineté. Dans un climat d’euroscepticisme latent, défendre une telle solution exige un courage politique que la proximité d’échéances électorales en France en 2012 et en Allemagne en 2013 ne favorise pas.
Pour l’heure, les options prises ont toutes été « tardives, partielles et a minima », regrette Marcel Grignard. Dernier exemple en date : la réunion des ministres des Finances de la zone euro, à Wroclaw, les 17 et 18 septembre. En dépit de l’exhortation des États-Unis à trouver un accord sur la gestion de la crise, ils ont décidé… de ne rien décider, en repoussant à la mi-octobre la mise en œuvre du deuxième plan de sauvetage de la Grèce, annoncé le 21 juillet. Au risque d’aggraver la crise.
 
Que peut faire le syndicalisme dans la période ?
 
Quelle que soit l’issue des tergiversations des dirigeants européens, se contenter de résorber les dettes publiques ferait courir le risque d’une panne globale de l’économie. « La maîtrise des déficits doit se conjuguer avec une politique de relance à travers des investissements européens d’avenir et un accroissement du socle social, plaide le secrétaire général adjoint de la CFDT. La solidarité européenne doit également se traduire sur le plan social. » Parallèlement, « l’enjeu est de faire en sorte que les efforts soient équitablement répartis et n’obèrent pas les perspectives d’avenir. » C’était le message de l’euromanifestation organisée à l’appel de la Confédération européenne des syndicats. C’est celui que continuera de porter la CFDT.
 
 
(1) Un déficit limité à 3 % du PIB et une dette ne dépassant pas 60 % du PIB. L’Europe au tournant de la crise 

 

Octobre 2009 :le gouvernement socialiste grec nouvellement élu découvre que le déficit du pays, en partie dû à la fraude fiscale, est deux fois plus élevé qu’annoncé

Mai 2010 : L’UE prête à la Grèce en contrepartie d’un plan d’économies.

En Espagne, le miracle économique a vécu. Le crédit s’est tari après l’éclatement des bulles spéculatives, les ménages et les entreprises sont très endettés. Un vaste plan de rigueur est lancé mais le coût des emprunts espagnols n’a pas cessé d’augmenter depuis.

Juin 2010 : Un fonds de sauvetage (FESF) est mis en place pour soutenir les autres pays de la zone Euro qui ne seraient plus en mesure d’emprunter sur les marchés financiers

Octobre 2010 : La décision est prise de pérenniser le mécanisme d’aide, en contrepartie d’un renforcement des règles de stabilité budgétaire des Etats de la zone Euro et d’une contribution des créanciers privés (fonds, banques, assurances…) En réaction, les investisseurs réclament des taux d’intérêt plus élevés pour les Etats les plus fragiles.

Novembre 2010 :En difficulté à cause de l’éclatement de la bulle immobilière et la situation de ses banques, l’Irlande a recours au FESF.

Février 2011 :La Grèce est contrainte de lancer un vaste programme de privatisations pour réduire plus vite sa dette.

Mai 2011 : Le Portugal sollicite un plan de sauvetage auprès de l’UE.

Juillet 2011 : Attaquée à son tour par les marchés, l’Italie annonce un plan d’austérité. L’UE monte un deuxième plan d’aide à la Grèce.

Août 2011 : La note de la dette américaine est dégradée.