Frédérick Mansot, illustrateur, Villeurbanne (69)

Publié le 17/07/2014

Frédérick Mansot est professeur et illustrateur jeunesse. La précarité de certains de ses collègues le motive à adhérer à un sydicat qui défend le droit des auteurs.

« On est des précaires stabilisés. » Frédérick Mansot qualifie de cette manière sa situation sociale. « Avec le temps, on arrive à s’en sortir pas trop mal. Moi, c’est surtout mon boulot de prof qui me stabilise. Mais ça reste précaire, on ne sait jamais réellement combien on va toucher ni quand on va le toucher. Il y a parfois de bonnes surprises. Le problème avec les droits d’auteur, c’est qu’on ne maîtrise aucune donnée. C’est l’éditeur qui les détient. »

Frédérick reconnaît qu’il s’en sort bien grâce à ce métier de professeur qui lui rapporte près de 2 000 euros par mois et grâce à « son » éditeur, Gallimard. Il illustre une collection de petites histoires pour enfants écrites par Catherine Dolto. Cette collection marche bien. Il touche 3% des ventes. À ce jour, il en a illustré 70. Frédérick a obtenu de l’éditeur d’être payé de mars à septembre, mois pendant lesquels il touche 1 000 euros. « Dans un monde mensualisé comme le nôtre, c’est pratique, commente-t-il, surtout avec Gallimard, c’est du sérieux, tous les éditeurs ne le sont pas autant. »

« Je connais pas mal d’illustrateurs qui sont au RSA »

Par ailleurs, Frédérick Mansot réalise aussi un travail personnel d’illustrations de livres jeunesse. Il a connu un beau succès commercial avec Un rêve pour toutes les nuits édité chez Actes Sud Junior. Ce livre, qui vise à apprendre des mots en chinois, a été vendu à 80 000 exemplaires. Mais c’est l’exception. Les tirages oscillent plutôt entre 3 000 et 5 000 exemplaires. Depuis les années 80 et la fin de sa formation initiale à l’école Emile Cohl de Lyon, l’édition jeunesse a connu une formidable explosion qui se poursuit aujourd’hui, selon Frédérick. Ce qui n’augmente plus aujourd’hui, c’est le nombre des lecteurs. Conséquences : les tirages sont réduits au même titre que les avances pour les auteurs. Ces dernières sont généralement de 3 000 euros et les droits d’auteur ne dépassent cette somme que rarement. Frédérick en réalise quelques-uns chaque année. « Ce n’est pas très difficile de faire un livre aujourd’hui avec le nombre d’éditeurs, ce qui est difficile c’est d’en faire beaucoup pour en vivre, confie-t-il, je connais pas mal d’illustrateurs qui sont au RSA. »

La précarité de sa profession l’a amené avec quelques collègues à créer un syndicat, il y a quelques années. L’idée principale consistait à obtenir un petit relèvement du prix du livre, appelé « droit fixe », qui serait versé dans une caisse dédiée aux auteurs. Le syndicat avait même réalisé une étude démontrant la faisabilité de cette opération. « Mais c’était trop révolutionnaire, on a fini par jeter l’éponge. Deux ans après, on a appris que La Maison des artistes montait un syndicat CFDT et je l’ai rejoint. » La sécurité sociale des auteurs est également gérée par une association, l’Agessa, dont la légitimité est, comme celle de La Maison des artistes, remise en cause. D’où l’intérêt de faire front commun au sein d’une même entité, le syndicat SOLIDARITÉ Maison des artistes (SMDA)-CFDT.

Concernant sa technique artistique, Frédérick Mansot a une « marque de fabrique ». « Je travaille sur des tissus imprimés de toutes sortes du Liberty aux tissus africains. J’achète de grands coupons que je découpe ensuite. Je les colle sur mon papier. Je reproduis le dessin que j’ai réalisé par ailleurs avec un calque et du carbone. Après cela, je peins certaines parties du tissu, en en cachant d’autres. » Les éditeurs scannent ensuite l’œuvre ou la prennent en photo lorsqu’elle est trop grande. Frédérick utilise cette technique depuis une quinzaine d’années. « Je n’ai pas fini de l’explorer, elle reste passionnante. Dans ce métier, le pire serait l’ennui. »

dblain@cfdt.fr

© Photos Pauline Bernard