François de Verdière, graveur, Rueil-Malmaison (92)

Publié le 17/07/2014

François de Verdière a un parcours atypique. En devenant peintre à 45 ans il préfère l'art et sa précarité à une carrière sécurisée d'ingénieur. Ce retraité hyperengagé est le secrétaire général adjoint du SMDA -CFDT.

À 45 ans, cet ingénieur en informatique formé aux États-Unis prend un « virage » décisif. Il va devenir peintre. Il s’inscrit dans une école d’art à Pittsburg en Californie et apprend. Une méchante polyarthrite le saisit et commence à lui déformer des articulations. Malgré cela François devient artiste à plein temps. « La vie n’est pas si longue, autant faire ce que l’on ressent », philosophe-t-il. De retour en France, il découvre la solitude de l’atelier d’artiste, lui qui jusque-là a toujours travaillé en équipe. Cela lui pèse un peu.

À La Maison des artistes, il rencontre des « collègues » avec qui il fonde l’association Les Seize anges . Ils entreprennent de rassembler des représentants des artistes originaires des 27 États membres de l’Union européenne. Ils y parviennent, le rassemblement a lieu à Paris en 2007 et il en sort une convention européenne des artistes à travers laquelle les artistes peuvent comparer leurs systèmes sociaux respectifs. Bilan : « Celui des Français est minimal mais correct. Il couvre bien la maladie et la vieillesse mais pas le chômage ni les AT-MP [accidents du travail – maladies professionnelles] », commente François de Verdière qui deviendra quelques années plus tard le secrétaire général adjoint du syndicat Solidarité Maison des artistes (SMDA)-CFDT.

Se battre pour faire appliquer les droits des artistes

La Maison des artistes est une association regroupant 20 000 cotisants sur les 50 000 artistes qui bénéficient de ses prestations. Et justement, l’agrément qui lui permet de gérer la Sécu des artistes est régulièrement remis en cause. « Pourtant, le régime est excédentaire, s’étonne François qui constate que les artistes consomment peu de soins. » Les discussions avec le ministère de la Culture sont ardues. Ce dernier ne les reconnaît pas ou si peu. En 2008, François et quelques autres créent le syndicat. Le ministère ne le reconnaît pas comme représentatif. « Pourtant, on bosse, raconte-t-il. Une enquête approfondie que nous avons réalisée montre que le 1 % artistique, obligation légale pour toute nouvelle construction privée ou publique, profite surtout aux architectes et peu aux artistes. » L’idée d’adosser le syndicat à une grosse confédération germe alors. Le groupe fait le choix de la CFDT avec laquelle il partage les valeurs.

Aujourd’hui âgé de 70 ans, François ne vit toujours pas de ses gravures. Il a gagné 7 400 € en 2013. « Il m’est arrivé de gagner le Smic », reconnaît-il. Il est retraité à Rueil-Malmaison (92) mais poursuit son œuvre d’artiste graveur. « La gravure correspond mieux que la peinture à mon esprit d’ingénieur. Il y a des étapes, une rigueur, c’est un peu comme en cuisine… », confie-t-il. François travaille sur du cuivre, de l’acier, du lino et d’autres matières comme le Dibond. Longtemps, la gravure a nécessité l’emploi de produits toxiques pour la santé tels que l’acide nitrique ou le trichloréthylène. « J’ai trouvé aux États-Unis des techniques alternatives avec les produits acryliques, explique-t-il. Je suis devenu une référence pour les graveurs et je fais des formations sur le sujet. » Son inspiration François de Verdière raconte qu’il la trouve « en Bretagne nord, avec la mer » mais aussi dans les voyages qui lui ont permis de découvrir « les vieux signes arabes ». François peint aussi. Il est l’auteur d’une série d’œuvres classiques qu’il a détournées en les exposant dans la rue aux intempéries et aux taggers.

Comme beaucoup d’artistes, et notamment en région parisienne, François est confronté à la question de l’exposition de ses œuvres. Avec l’association Seize Anges, il cogère la Mu Gallery (rue Blanche à Paris) qui fonctionne comme un cabinet médical. Le budget annuel (essentiellement la location) est partagé entre les membres de l’association et chacun y expose à tour de rôle. L’association bénéficie d’un emploi aidé qui ouvre la galerie en début de semaine. En fin de semaine, c’est l’artiste qui tient le lieu. Le produit des ventes lui revient à 100 %. 

dblain@cfdt.fr

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© Photos Pauline Bernard