François Chérèque pointe les incohérences du plan de rigueur

Publié le 25/08/2011 à 00H00 (mis à jour le 26/08/2011 à 09H36)
Reçu ce jeudi par le Premier ministre, le secrétaire général de la CFDT a pointé le manque d'ambition et de cohérence des mesures antidéficit. Il a appelé à mettre l'accent sur l'emploi, la croissance et la cohésion sociale.

Des mesures au mieux « décevantes », au pire « déséquilibrées ». C’est ainsi que François Chérèque a jugé les mesures annoncées le 24 août au soir pour résorber le déficit de la France (7% du PIB fin 2010) et tenter d’enrayer l’accroissement continu de la dette publique. Celle-ci atteignait 1646,1 milliards d’euros au premier trimestre 2011, un niveau d’endettement jugé intolérable par le Premier ministre.

Pour la CFDT – François Chérèque était accompagné du secrétaire général adjoint Marcel Grignard et de la secrétaire nationale Véronique Descacq –, il ne s’agit pas de contester l’urgence à agir. « La crise fait craindre une spirale infernale où une faible croissance, un accroissement du chômage, un alourdissement des dettes publiques accentuent les difficultés économiques et sociales que connait la France et la plupart des pays européens », s’est inquiété le secrétaire général de la CFDT. Mais sans cohérence tant économique que sociale, les mesures antidéficit s’avèrent bien en-deçà des enjeux de la période, a estimé François Chérèque : « relancer l’économie, protéger l’emploi et le pouvoir d’achat des plus exposés, rétablir de l’équité dans nos systèmes de prélèvement ».

Or ce n’est pas la taxe exceptionnelle sur les hauts revenus (3% d’imposition au-delà de 500 000 euros de revenu fiscal de référence), qui vise à rapporter « le montant tout à fait symbolique de 200 millions d’euros » en 2012 qui permettra de rétablir la justice sociale de la fiscalité. Une fois de plus, François Chérèque a donc rappelé l’exigence de la CFDT de mener une véritable réforme fiscale qui rétablisse la progressivité de l’impôt sur le revenu et crée – de manière pérenne – une tranche supplémentaire d’imposition. Le nouveau coup de rabot de 10% sur l’ensemble des niches fiscales et sociales, « sans discernement sur leur efficacité », a regretté François Chérèque, ne va pas davantage dans le sens d’une réforme fiscale ambitieuse.

Effets négatifs sur l'emploi

Autre point majeur de désaccord, « le maintien, pour l’essentiel, des mesures d’exonérations des heures supplémentaires » dont les effets négatifs sur l’emploi, qui plus est en période d’accroissement du chômage, s’ajoutent au coût pour le budget de l’État. Le leader de la CFDT a également souligné que contrairement à ce qui était affirmé, les salariés étaient bel et bien mis à contribution : « La taxation des contrats responsables des complémentaires santé ponctionne le pouvoir d’achat des salariés de 1,2 milliard d’euros en aggravant les difficultés d’accès aux soins. »

Plus largement, la CFDT a regretté que dans une période où la croissance patine et le chômage s’installe, le gouvernement n’ait pas opté pour un système de soutien à l’activité, notamment pour les salariés et les entreprises en difficulté, qui permette de les « accompagner dans les mutations indispensables de notre économie vers une nouvelle croissance durable ».

En juin 2009, François Chérèque, déjà, prévenait : « Cette crise ne doit pas être une parenthèse. Elle doit conduire à une transformation profonde de notre modèle de développement. » À l’heure où la crise des dettes publiques entrave les marges de manœuvre des économies occidentales, de telles mesures seraient l’occasion de faire preuve d’un réel volontarisme politique.

Aurélie Seigne