À défaut de recruter, les entreprises encouragent les heures sup

Publié le 28/02/2011 à 00H00
Le quatrième trimestre 2010 confirme la reprise des heures supplémentaires. Une mauvaise nouvelle pour l'emploi comme pour les finances publiques.

En matière d’emploi, la France n’en a pas fini avec ses contradictions. Alors que les derniers chiffres du chômage confirment une situation de l’emploi catastrophique, la hausse du volume des heures supplémentaires se poursuit. Au quatrième trimestre 2010, 181 millions d’heures ont été effectuées au titre de la loi Tepa (travail, emploi et pouvoir d’achat), confirmant une reprise entamée depuis l’été. Certes, le pic de la fin de 2008 (185,6 millions d’heures) n’est pas atteint, mais l’on s’en rapproche dangereusement.

Tous les secteurs n’ont pas contribué à cette nouvelle hausse (+ 6,4 %) dans les mêmes proportions. Si la construction a été peu touchée – la vague de froid hivernal n’est pas étrangère à cette situation –, l’industrie a largement eu recours aux heures exonérées et à la création d’emplois intérimaires. Pour le ministre du Travail, cette progression « traduit le remplissage des carnets de commandes et ne prend le travail de personne ». Mais en jouant la carte de la flexibilité du travail, les entreprises, par un effet de substitution, retardent d’autant la création d’emplois.

Dans un entretien à La Tribune, l’économiste Éric Heyer l’affirme : « Le succès des heures supplémentaires pose problème… Pendant la crise, on a assisté sur du court terme à un dilemme entre emploi et temps de travail, qui s’est résolu au détriment de l’emploi. » Une position que rappelle la CFDT depuis le début de la crise, en demandant notamment l’abrogation du volet exonération de charges sur les heures supplémentaires de la loi Tepa.

Un coût financier important

En termes financiers, cette nouvelle hausse du volume des heures supplémentaires correspond à 749 M€ d’exonération de charges sociales et salariales, et rend la facture salée pour Bercy. Voté en 2007, le dispositif devait coûter 2 Md€ par an, au dire du gouvernement. Or pour la seule année 2008, l’Acoss (Agence centrale des organismes de Sécurité sociale) évaluait le coût des exonérations à 4,4 Md€ pour les finances publiques. Les estimations font état de 2,88 Md€ pour l’année 2010. À l’heure où l’État cherche à assainir les finances publiques, cette augmentation constante des heures supplémentaires risque de plomber un peu plus les prévisions de Bercy pour l’année 2011.