3 questions à Jean-François Trogrlic sur les 90 ans de l'OIT

Publié le 29/04/2009 à 00H00
Directeur du bureau de l'OIT en France, et ancien secrétaire national de la CFDT, Jean-François Trogrlic revient sur le rôle primordial du tripartisme en période de crise.

Les ambitions politiques, économiques et humanitaires définies dans la constitution de l’OIT, en 1919, n’ont rien perdu de leur teneur en ce début de XXIe siècle. Comment l’expliques-tu ?

Depuis sa création, l’OIT a vu se succéder des périodes de mondialisation et de crises globales. Dix ans avant son centenaire, cette nouvelle crise, dont les populations les plus fragilisées vont payer les conséquences, justifie plus que jamais la vision des fondateurs de l’OIT, qui veut qu’il n’y ait pas de paix durable sans justice sociale. Réaffirmés dans la Déclaration de Philadelphie en 1944, les idéaux et les objectifs de l’OIT restent d’actualité. Par ailleurs, sa structure tripartite, unique dans le système onusien, lui donne, hier comme aujourd’hui, les possibilités de réflexion et d’action plus importantes encore en période de crise.

Justement, l’absence d’une politique plus coercitive pour l’OIT n’est-elle pas un frein ?

L’idée a longtemps prévalu que l’absence de sanctions notamment financières serait un obstacle. Pourtant, en ratifiant les conventions et les normes de l’OIT, les pays s’engagent politiquement et socialement. Quand un pays est épinglé par l’OIT pour avoir bafoué les droits fondamentaux (le travail forcé en Birmanie, par exemple) ou même pour des dysfonctionnements comme l’emploi ou les conditions de travail dans les pays industrialisés, c’est un moyen de pression extraordinaire. De nombreux syndicalistes ont pu être libérés à travers le monde suite aux interventions du BIT (Bureau international du travail). Quant à son Comité de la liberté syndicale, il permet de régler de nombreux différents entre les États et les organisations de travailleurs et d’employeurs.

Comment intégrer la CSI et les organisations syndicales nationales dans cette démarche ?

Il existe un partenariat structurel entre l’OIT et la CSI, lors de la Conférence internationale du travail et des réunions du conseil d’administration. Au niveau national, le BIT a ce souci constant de travailler avec l’ensemble des mandants de l’organisation (syndicats, patronat, État). Si en France cela ne pose pas de problème, il n’en va pas de même là où les syndicats ne sont pas reconnus ou sont manipulés et parfois même réprimés par le pouvoir. Pourtant, pour l’OIT, des syndicats plus forts, aptes à jouer leur rôle dans le dialogue social, sont encore plus indispensables en période de crise.

 
 
Retrouvez l'intégralité du dossier consacré au 90 ans de l'OIT dans le numéro 3215 de Syndicalisme Hebdo daté du 30 avril 2009.