"Le syndicalisme a son rôle à jouer dans la relance"

Publié le 29/01/2009 à 09H04
Accompagner les salariés pour les aider à traverser la crise est une nécessité. Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, insiste sur le rôle de l'État et des partenaires sociaux pour y répondre.

Quelles mesures de court terme peuvent être prises pour aider les salariés à faire face aux conséquences sociales de la crise ?

D'abord, il faut s'assurer de l'effectivité de tous les droits nouveaux qu'on a engrangés pour les salariés les plus exposés à la crise. Pour ceux qui subissent des baisses d'activité et le chômage partiel, la formation continue peut permettre d'adapter leurs compétences ou de les maintenir dans l'emploi. Le fonds d'urgence de l'accord sur la formation professionnelle et continue, qui va être abondé à hauteur de 200 M€, doit donc être immédiatement opérationnel.

Le troisième aspect, c'est la consommation, dont la relance a un effet immédiat sur l'économie et, si elle est correctement ciblée, contribue à davantage de justice sociale en allant aux ménages les plus touchés. La difficulté consiste à cibler correctement cet effort : une mesure trop générale aurait des effets contrastés en procurant un pouvoir de consommation aux uns, d'épargne aux autres, et serait de trop faible ampleur.

La CFDT défend la conditionnalité des aides publiques. Est-ce positif que Nicolas Sarkozy annonce qu' “il n'y aura plus d'aides publiques sans contreparties” ?

C'est positif que le chef de l'état reprenne à son compte la conditionnalité des aides publiques, mais aujourd'hui, c'est sans aucun contenu réel. Il faut dire quelles sont les conditions et comment on les fait respecter. Attention aux effets d'annonce : les parachutes dorés ou le bonus des dirigeants ne sont qu'un aspect du problème qui ne règle pas celui des inégalités dans la distribution des richesses.

Les aides publiques doivent être conditionnées à une attitude socialement et sociétalement responsable des employeurs, vis-à-vis de leurs salariés, de leurs sous-traitants, de leurs fournisseurs ou même des collectivités. Cela veut dire un respect de l'éthique, de la transparence, un débat sur la stratégie et les décisions. Les instances représentatives du personnel peuvent jouer un rôle de vigie sur le respect de ces critères.

Quelles peuvent être les retombées de la journée du 29 janvier ?

L'un des enjeux du 29, c'était de permettre d'exprimer un rapport de forces avec les décideurs. Pour l'heure, des embryons de politiques ont été mis en place, il y a eu des déclarations publiques concernant le travail sur les filières, les contreparties. On peut espérer qu'après le 29, un pas supplémentaire soit fait. Par ailleurs, nous souhaitons des rendez-vous réguliers entre partenaires sociaux pour voir quelles initiatives peuvent être prises.

Concrètement, que peuvent faire les équipes dans les entreprises ?

Dans les entreprises, il faut éviter deux écueils : le défaitisme d'une part, la dénonciation systématique qui nierait la réalité des difficultés économiques d’autre part. Pour autant, il ne faut pas exonérer la responsabilité des employeurs.  L'exigence des équipes syndicales doit être de renforcer le dialogue social avec la direction pour faire un état des lieux, connaître les perspectives et les difficultés. Autre point : il faut mobiliser les ressources sociales disponibles pour préserver l'emploi dans une approche globale et solidaire, c'est-à-dire aussi pour ceux qui ne sont pas en CDI – CDD, intérimaires, sous-traitants, prestataires.

Enfin, il faut plus que jamais resserrer les liens entre les sections syndicales d'entreprise et l'organisation, à tous ses niveaux, pour être à leur écoute et leur apporter le meilleur soutien possible. Une chose est certaine : on n'attend pas des décideurs qu'ils prennent spontanément les décisions les plus porteuses d'avenir. Le syndicalisme a son rôle à jouer.

 
 

 Retrouvez l'intégralité de ce dossier dans le numéro 3202 de Syndicalisme Hebdo daté du 29 janvier 2009.

 

 


Argumentaire "crise financière"
Ce qui fait la force et la crédibilité de notre syndicalisme