"Le G20 ne va pas assez vite, pas assez loin"

Publié le 16/11/2010 à 00H00
Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT, revient sur le G20 de Séoul.

Quel bilan tires-tu du G20 de Séoul ?

Si nous attendions du sommet du G20, qui s’est tenu à Séoul la semaine dernière, des engagements contraignants en matière de gouvernance de la finance mondiale et en faveur de l’emploi et du travail décent, nous serions alors très déçus. Mais au moment où la France prend la présidence du G20, il faut regarder ce que représente ce rassemblement annuel des principales puissances économiques de la planète comme un processus indispensable et en devenir, dont l’efficacité prendra du temps et nécessite beaucoup de volontarisme politique pour dépasser les intérêts nationaux qui habitent à l’excès les chefs d’État.

N’oublions pas que le G20 n’a que deux ans d’existence : il est né au paroxysme de la crise financière de 2008. Il est donc encore très loin de faire figure de lieu opérationnel de la gouvernance mondiale, prenant en compte de manière globale les dimensions financière, économique et sociale. Le fait que le FMI, l’OIT et la Banque mondiale soient associés à ses travaux doit permettre d’avancer dans ce sens.

Il y a quand quelques avancées ?

Au moment où la trop faible croissance aux États-Unis et en Europe entraîne un grand déséquilibre mondial, dont la “guerre des monnaies” est la manifestation la plus visible, il faut considérer comme très positif le fait que les principales puissances économiques se rencontrent régulièrement, échangent et parviennent à une déclaration, même si elle tient plus de la feuille de route que de l’engagement concret.

Le G20 de Séoul a acté que les ministres du Travail du G20 devront se réunir aussitôt que possible pour discuter des meilleures pratiques concernant le travail décent et le Pacte mondial pour l’emploi de l’OIT. De même, le G20 reconnaît que la concertation avec les syndicats est facteur de progrès social et s’engage à travailler avec eux. Cette affirmation politique, qu’il faut mettre en regard du comportement de certains États et de certaines entreprises vis-à-vis de la liberté syndicale, est une avancée à saluer tant il est difficile de parvenir à des compromis entre des dirigeants prenant en compte des intérêts aussi divergents.

Et pour l’avenir que peut-on attendre ?

La difficulté d’aller vite et plus loin reste très inquiétante face à la situation économique mondiale, marquée par des dizaines de millions de salariés supplémentaires privés d’emploi depuis le début d’une crise qui n’est toujours pas résorbée. De plus en plus de voix s’élèvent afin d’alerter sur des politiques qui, visant à réduire brutalement les déficits publics, conduiraient à une récession dramatique. Des politiques convergentes et équilibrées entre soutien à l’activité économique et résorption des déficits sont indispensables. Si l’Europe avançait dans ce sens, elle pourrait davantage peser dans le G20 et ainsi contribuer au développement des pays les plus pauvres de la planète.

Propos recueillis par A.S. et N.B.