"Faire progresser le syndicalisme européen"

Publié le 20/05/2011 à 00H00 (mis à jour le 01/06/2011 à 10H02)
Bernadette, Segol, la nouvelle secrétaire générale de la CES (confédération européenne des syndicats), élue lors du congrès d'Athènes en mai 2011, trace les grandes lignes de son mandat à la tête du syndicalisme européen.

Quelles sont les grandes priorités de la CES pour la prochaine mandature ?

Nous devons d’abord agir sur les effets de la gouvernance économique en place. Pour sortir de la crise et retourner à l’équilibre budgétaire, les institutions européennes concentrent leurs objectifs sur les salaires. Elles les jugent, bien sûr, trop hauts, veulent plus de flexibilité et estiment qu’il faudrait intervenir sur le niveau des négociations. Les recommandations des autorités européennes vont vers toujours plus de décentralisation. On demande aux travailleurs –et à eux presque exclusivement– d’être la variable d’ajustement pour sortir de la crise. C’est injuste et inefficace.

Certes, il faut rétablir l’équilibre des comptes, mais les politiques d’austérité ne le permettent pas. Il faut augmenter les revenus par une taxe sur les transactions financières, mettre fin aux paradis fiscaux et à l’évasion fiscale, il faut émettre des obligations européennes sur une plus grande échelle pour offrir des taux d’intérêts raisonnables. Enfin, nous devons investir en faveur du développement soutenable. Notre première priorité est d’intervenir pour une gouvernance dynamique, positive pour l’emploi et la croissance. Seconde priorité: l’égalité des droits et des salaires entre tous les travailleurs. Il n’est pas acceptable que des travailleurs employés pour faire le même travail reçoivent des salaires différents. Nous voulons l’insertion d’une clause sociale dans le traité de Lisbonne pour que les droits fondamentaux passent avant les droits économiques.

Certains sujets attendus, comme la directive temps de travail, n’ont pas abouti. Seront-ils remis à l’ordre du jour ? 

Rien n’est arrêté! La directive temps de travail reste en chantier. La CES est ouverte à une négociation, mais refuse la possibilité de faire une dérogation ou une exception à la loi. Nous voulons que le temps de garde (pause, astreinte…) soit conservé comme temps de travail. C’est un acquis confirmé par la cour de justice européenne.

On assiste à une montée des populismes et du repli national ? Quel rôle doit jouer la CES pour relancer une solidarité européenne aujourd’hui fragile ?

La CES a montré une remarquable homogénéité dans cette période de crise. Elle est montée au créneau pour lutter contre les mesures d’austérité, contre le capitalisme casino avec sa spéculation folle, pour une taxe sur les transactions financières, pour une démarche vers des obligations européennes, contre le dumping social et salarial, pour l’égalité des droits et des salaires. Des dizaines de milliers de travailleurs sont descendus dans les rues avec la CES. Malgré des cultures et des histoires syndicales différentes, nous avons fait preuve de beaucoup plus d’homogénéité que d’hétérogénéité.

La nouvelle équipe annoncée dénote un changement important, teinté d’un syndicalisme plus «latin» et d’une «touche féminine»…

C’est une bonne chose qu’une femme soit à la tête du syndicalisme européen. Le secrétariat comprendra quatre femmes et trois hommes. Cela montre que le syndicalisme bouge et que les femmes jouent un rôle beaucoup plus actif qu’auparavant dans les syndicats. Je respecte et j’admire la manière dont l’ancien secrétaire général, John Monks, a conduit la CES. Je m’inscris dans sa ligne de rassemblement. Sans aucun doute, je suis héritière d’une culture, et il est légitime que cette culture ainsi que ma personnalité aient un impact sur la manière dont sera conduite l’organisation. Mais mon rôle et ma volonté ne sont pas de marquer la direction de la CES d’un sceau «latin» par rapport à un sceau «nordique» ou «anglo-saxon». Mon rôle est un rôle de rassemblement pour faire progresser un syndicalisme européen dont nous avons, plus que jamais, besoin.

Propos recueillis par Anne-Sophie Balle et Didier Blain

Photo : CES