ArcelorMittal : retour à Florange

Publié le 20/02/2015

La France entière a suivi le combat des ouvriers sidérurgistes de Florange pour sauver les derniers hauts-fourneaux de Lorraine. Cette lutte 
exemplaire n’a pas fait revenir Mittal sur sa décision mais a permis d’assurer l’avenir de ce site industriel hors norme.

Un an après la fin du conflit, les 2 400 salariés d’ArcelorMittal ont repris le chemin de l’usine. Les hauts-fourneaux sont définitivement à l’arrêt, mais cela ne doit pas faire oublier que cette gigantesque aciérie continue de transformer jour et nuit de l’acier pour l’industrie automobile et les emballages alimentaires. Seule différence, la matière première n’est plus produite sur place. Les brames d’acier – blocs géants qu’il faut ensuite laminer afin de produire de la tôle fine – arrivent de Dunkerque où des hauts-fourneaux, toujours en activité et plus que jamais sollicités, produisent en coulée continue.

La tempête politico-médiatique qui a duré près de deux ans semble loin. Florange, symbole de la crise industrielle française, n’est plus le passage obligé des politiques de tout bord en campagne électorale. Les ouvriers de la filière chaude font leur deuil.

Florange JMVecrin CBADET 2015 CFDT ArcelorMittalGrâce à la CFDT, première organisation syndicale du site, le conflit social a permis de pérenniser les activités aval et a offert une solution de reclassement ou de départ en retraite anticipé à tous les salariés concernés par la fin de la coulée continue. « À un moment, il faut savoir mettre fin à un conflit. Nous avions tout tenté pour sauver les hauts-fourneaux, mais il a fallu se rendre à l’évidence qu’ils ne redémarreraient plus, résume Jean-Marc Vécrin, délégué syndical central CFDT. À ce moment-là, nous avons engagé une négociation avec la direction pour qu’aucun salarié ne se retrouve sur le bord du chemin mais aussi obtenir une assurance sur la pérennité de l’activité aval. »

Le nouveau destin des 650 “seigneurs”

Un accord exemplaire a finalement été signé le 18 juin 2013, qui a organisé le transfert des 650 salariés de la filière chaude vers d’autres secteurs de l’usine. Arrivé à la coulée continue comme apprenti en 1999, Jonathan travaille aujourd’hui comme dépanneur mécanique à la filière packaging (qui produit notamment des canettes de soda).

Pour cet enfant de la sidérurgie qui faisait partie de la quatrième génération d’une même famille à produire de l’acier dans les hauts-fourneaux lorrains, la nostalgie est toujours là, même si son transfert s’est fait sans grande difficulté. « Il y avait une culture très particulière dans les hauts-fourneaux, presque familiale, explique-t-il. Je n’ai jamais retrouvé cette ambiance dans les autres services par lesquels je suis passé. En général, c’est beaucoup plus impersonnel, on ne se connaît pas forcément tous, et la solidarité dans le travail n’est pas aussi évidente. »

Florange Seb Jon CBADET 2015 CFDT ArcelorMittal
Sébastien, jeune mécanicien, et Jonathan, arrivé comme apprenti à la coulée continue en 1999 ©Cyril Badet


Dans les hauts-fourneaux, les ouvriers au contact de la coulée d’acier en fusion étaient considérés comme des seigneurs car les conditions de travail étaient physiquement difficiles. « Le travail était pénible et dangereux, ajoute Patrick. Cela explique en partie la cohésion et la convivialité qu’il y avait entre nous. On préparait tous les jours le casse-croûte, et il ne serait venu à personne l’idée de déroger à cette tradition. La direction nous laissait également tranquilles. Il n’y avait pas cette exigence de productivité que l’on retrouve aujourd’hui à la filière froide. Elle savait en revanche qu’elle pouvait compter sur nous en cas de pépin. Et il fallait alors une certaine dose de courage à ce moment-là. »

Du chaud au froid : intégration réussie

Florange Patrick CBADET 2015 CFDT ArcelorMittalLe transfert de Patrick ne s’est pas fait aussi facilement que pour d’autres. Son caractère aussi bien trempé que l’acier de Florange et ses activités syndicales ont eu tendance à faire peur aux différents responsables chargés d’accueillir les ouvriers de la filière chaude. Mécano de formation, il est parvenu à retrouver dans le secteur génie civil de l’aciérie un poste sur lequel il commence à s’épanouir. « J’ai tout à apprendre, mais j’apprécie vraiment les missions qui nous sont confiées. Cela va de la réparation d’une fuite d’eau à la conception ou au réaménagement de nouveaux locaux, explique-t-il. Mal engagé, mon transfert se termine bien, finalement. »

Dans la grande majorité des cas, les salariés ont trouvé un poste qui leur convenait. Un an après la signature de l’accord, il ne restait déjà plus qu’une poignée de salariés dont la situation posait problème. Les organisations syndicales ont même été surprises de la rapidité avec laquelle ils se sont adaptés. Il faut dire que la CFDT avait obtenu de la direction qu’elle fasse de vrais efforts.

Tous les salariés du site nés avant le 1er janvier 1956 ont pu bénéficier d’un dispositif de départ anticipé. Cette mesure a permis de libérer dans tous les secteurs de l’usine des postes de travail sur lesquels pouvaient postuler les salariés de la filière chaude. Beaucoup ont ainsi trouvé eux-mêmes leur nouvel emploi grâce au bouche-à-oreille, sans même passer par la cellule de reclassement, également négociée dans l’accord. Le salarié recevait, en outre, une prime de 3 600 euros une fois que son changement de poste était validé, c’est-à-dire quand il était d’accord pour rester dans le nouveau travail et quand la hiérarchie intermédiaire acceptait de le garder dans son équipe.

L'action de la CFDT récompensée

Et afin que tout se passe au mieux, les salariés chargés d’accueillir et de former leurs nouveaux collègues recevaient, eux aussi, une prime de 300 euros. À cela s’ajoutait une prime d’équipe afin de compenser les efforts demandés aux salariés qui voyaient arriver des collègues forcément moins opérationnels dans un premier temps.

« La fermeture des hauts-fourneaux a été difficile à vivre. On a vraiment cru que nous allions convaincre Mittal de les faire repartir, mais on ne peut pas se plaindre de notre situation, résume Sébastien, jeune mécanicien, passé du chaud au froid. Au début, j’ai eu peur que l’on me mute de force dans une autre usine du groupe – à Fos ou à Dunkerque, par exemple – alors que je tenais à rester dans la région. Une fois l’accord signé, l’intégration dans les autres secteurs de l’usine s’est plutôt bien faite. Reste aujourd’hui un pincement au cœur. Quand on se retrouve entre gars du chaud, on est tous d’accord pour dire que les hauts-fourneaux, c’était quand même une sacrée ambiance ! »

Les dernières élections professionnelles, qui viennent de se dérouler à Florange, prouvent que les salariés ont bien jugé l’action menée par la CFDT ces dernières années, dans les victoires comme dans les défaites. Avec 36,22 % des voix, la CFDT reste première organisation syndicale et progresse de 1,31 point. Une belle récompense.

jcitron@cfdt.fr

La section CFDT-ArcelorMittal Florange, 2015 ©Photos Cyril Badet