Airbus Safran Launchers à Issac : La démocratie au service de l’action syndicale

Publié le 14/09/2016

Parce qu’elle a fait le pari de la proximité, la transparence et la concertation, la CFDT est parvenue à se développer et s’implanter dans le paysage syndical jusqu’alors figé de l’entreprise.

Au menu ce midi, charcuterie, crudités, petits gâteaux… et intéressement 2016. Depuis deux ans, les élus CFDT réunissent une fois par mois les adhérents et sympathisants pour un pique-nique syndical. Un vecteur informel et convivial de partage d’informations et d’échanges sur les évolutions de l’entreprise : « L’établissement est vaste, et les occasions de se croiser peu nombreuses », explique Xavier, l’un des participants. « Ces rendez-vous sont un moment privilégié pour discuter de nos préoccupations quotidiennes, avoir une vision d’ensemble des contraintes et aspirations de nos collègues », abonde Jérémy, également adhérent. Délégué syndical, Christophe Guionet est l’instigateur de ces pique-niques syndicaux. Il y a trois ans, la section était un peu endormie et ne comptait qu’une douzaine d’adhérents. Les militants étaient « désabusés à cause de la gestion douteuse du comité d’établissement par la même organisation syndicale majoritaire, Force ouvrière, depuis près de quarante ans. Si nous voulions changer la donne, il fallait trouver un moyen de motiver les salariés à s’investir dans l’entreprise », raconte Christophe. S’ensuivent des tournées dans les ateliers, la mise en place d’une communication régulière sur les réalités de l’établissement et la constitution de pique-niques syndicaux. « Si on veut regrouper les gens et échanger avec eux à une heure où ils ont potentiellement quelque chose qui les attire plus, il faut mettre de la convivialité », poursuit-il. Au début, beaucoup viennent par curiosité. Mais, très vite, la concertation et la transparence de l’information font leur preuve, et plusieurs salariés décident de sauter le pas.

Se structurer en interne

     


Travail intersections
Depuis 2015 et l’annonce de la création d’ASL, les sections CFDT des établissements concernés se rencontrent une fois par mois. « On ne savait pas comment on se situait les uns par rapport aux autres en matière de temps de travail, de rémunération, de protection… Aujourd’hui, on s’aperçoit que l’on est assez proches, ce qui nous aide dans la perspective de proposer un socle commun qui prône l’équité de traitement entre les salariés issus de maisons mères différentes », explique la section CFDT d’Issac.

Une représentativité à conforter
Une première rencontre avec la direction des ressources humaines d’Airbus Safran Launchers a eu lieu début juillet pour évoquer les questions de représentativité au sein du groupe. Jean-Marc Lavoix, du site de Saint-Médard-en-Jalles, vient d’être nommé nouveau délégué syndical central et un comité central d’entreprise devrait être constitué prochainement.

 

Questionnaire sur le burn-out
En 2014, le mal-être croissant des salariés conduit les élus CE et CHSCT à revendiquer une relance des embauches auprès de la direction, qui multiplie les réorganisations et annonce un plan de sauvegarde de l’emploi. De son côté, la CFDT adresse un questionnaire à l’ensemble des salariés pour leur permettre de mesurer leur charge de travail. Les résultats de ce questionnaire et l’alerte de la médecine du travail sur les risques d’un PSE pour les salariés convainc la direction de relancer les embauches.

     

« Quelques mois plus tard, la section comptait plus de trente adhérents (dont la moitié de militants). Nous avons eu avec les élections professionnelles prévues au début 2016 l’occasion de transformer l’essai », se souvient Jean-Pierre Descoubes, élu au comité d’établissement.

Dans la campagne électorale, la section table sur les ingrédients mêmes qui l’ont fait grandir : transparence et concertation. Jusqu’aux projets de tracts, qui sont systématiquement soumis aux adhérents en amont, avec possibilité de les amender. « Nous sommes de la même entreprise, mais nous vivons des réalités très diverses selon nos métiers, notre statut de cadre ou d’ouvrier, explique Jérémy. Ces moments nous ont permis de mieux nous connaître mais aussi parfois de confronter des aspirations et des contraintes dont les uns et les autres n’avaient pas conscience. » Une expérience enrichissante, selon lui. Pendant les deux mois précédant les élections, les élus, confortés par l’approbation de l’ensemble des adhérents, organisent des distributions de tracts hebdomadaires sur le terrain, « à l’embauche, aux abords du parking, mais aussi dans les ateliers, en alternant l’information sur les actions sociales et culturelles et le projet Airbus Safran Launchers, qui devait se concrétiser en juillet 2016 », explique Christophe. « Les autres organisations syndicales se sont essoufflées à répondre à nos tracts. Nous étions organisés et avions toujours un coup d’avance », poursuit Jean-Pierre. La démarche s’avère payante : fin janvier, la CFDT obtient 27,9 % aux élections DP-CE (en progression de 10 points en quatre ans) et passe devant FO, qui a perdu plus de 11 points en deux mandatures.

Dès lors, la section se structure. Un conseil de section se réunit une fois par semaine avec l’ensemble des militants bénéficiant d’heures de délégation afin d’« échanger les infos de dernière minute et les thématiques sur lesquelles il serait opportun de communiquer », précise Christophe. Un règlement intérieur visant à mieux encadrer le fonctionnement de la section (rôle ; relations avec les salariés, la direction, les autres organisations syndicales ; consultation des adhérents ; mode de participation aux différentes instances représentatives du personnel…) a été construit avec la participation de tous les adhérents. En tant que nouveau délégué syndical, Christophe y voit un moyen de parer aux aléas de la vie (en permettant aux instances de continuer à fonctionner en cas d’absence de l’un ou l’autre) et, à plus long terme, de repérer la relève. « Donner une dynamique à une section suppose de faire son temps, pas plus. L’idée du cumul de mandats, même si on y est parfois contraint, ne me plaît guère, pas plus que celle d’une section vieillissante. Nous avons tous connu un jour ou l’autre des responsables de section en préretraite, et ce n’est pas ce que nous voulons aujourd’hui pour la CFDT d’Airbus Safran Launchers. »

Changer les habitudes

Surtout, la CFDT entend bien bouleverser les habitudes au comité d’établissement d’Issac après quarante ans d’immobilisme. Même si la CGC, majoritaire, a préféré s’associer à FO (arrivée troisième) dans la gestion du CE pendant cette mandature, la CFDT participe activement à toutes les commissions et « défend les propositions faites pendant la campagne pour faire adopter quelques-unes des mesures fortes telles que la prise en compte du quotient familial pour les vacances enfants – suggérée par les sympathisants CFDT lors des pique-niques syndicaux », détaille Jean-Pierre. Cette implication des adhérents et sympathisants autour des activités sociales et culturelles, les élus espèrent pouvoir la transposer sur les questions qui touchent plus directement au dialogue social et à la stratégie de l’entreprise. Pendant la campagne, la CFDT a été la seule à comparer les statuts sociaux des différentes entités qui constituent aujourd’hui Airbus Safran Launchers et à proposer un statut social commun à l’ensemble des salariés (lire « Les 3 points à retenir » ci-dessous). Une initiative très bien accueillie, et qu’il faut désormais faire aboutir. Depuis l’annonce officielle de la création d’Airbus Safran Launchers, les élus multiplient d’ailleurs les réunions et diffusions d’informations auprès de salariés inquiets, qui ne connaissent pas les réalités (rémunération, congés, prévoyance…) des autres entités du groupe. « Notre objectif est d’accompagner au mieux le projet industriel et d’être force de proposition dans le cadre de la négociation du socle social d’ASL. Pour cela, nous avons besoin de connaître la position des autres sections CFDT d’ASL, mais aussi celle des salariés de nos établissements propres », conclut Christophe.

aballe@cfdt.fr

     

Repères

• Airbus Defence & Space, leader spatial européen, regroupait avant le 1er juillet plus de 7 000 salariés en France dont 1 400 dans l’établissement d’Issac.

• Depuis le 1er juillet, les salariés d’une partie d’Airbus D&S et Safran sont regroupés autour de l’entité Airbus Safran Launchers, comptant 16 établissements en Europe. ASL conçoit, fabrique et commercialise la génération de lanceurs civils Ariane 6.

• À Issac, la CFDT est deuxième (27,9 %) derrière la CGC (29,4 %) et devant FO (26,4 %). Elle compte environ 40 adhérents.