Airbus, les retentissements d'un plan social cataclysmique

Publié le 03/07/2020

Airbus vient d'annoncer le plus gros plan social de son histoire. Dans les territoires comme pour toute la chaîne de sous-traitance, les répercussions sont énormes. Les syndicats, comme les salariés, sont inquiets.

Il y a encore peu, Airbus faisait des envieux. Des carnets de commandes pleins à craquer, des embauches à tour de bras et même un record de livraisons le faisant passer fin janvier devant son principal concurrent Boeing…Aujourd’hui, l’évocation de ce mastodonte fait vaciller tout le secteur aéronautique, et de nombreux bassins d’emplois. Le 30 juin, lors d’un comité social et économique européen, la direction d’Airbus a annoncé le plus gros plan de réduction d’effectifs de son histoire : 15 000 suppressions de postes d’ici à l’été 2021, dont 4 952 en France (soit 10% de l’effectif national). Les modalités de ce plan ont été ensuite dévoilées site par site aux organisations syndicales en comité de groupe. Toulouse (3 387 postes menacés) et Nantes (484 postes) sont les principaux concernés.

« Pendant la crise, le chômage partiel a tourné à plein régime. Ce qu’Airbus présente aujourd’hui comme une baisse des commandes n’est pas dû à des annulations massives, puisque l’entreprise dispose toujours d’un carnet de commandes de 7 600 appareils, soit 10 ans de production, mais à un retard », résume la CFDT Métallurgie. Décider de passer le cap de la crise par des licenciements secs mettrait en péril la capacité d’Airbus à repartir demain, du fait de la disparition des compétences. Pour les organisations syndicales, qui vont devoir négocier les modalités de ce plan dit "d’adaptation", la direction doit d’abord revoir à la baisse son objectif de suppressions d’emplois, jugé excessif jusqu’au ministère de l’économie. D’autant qu’Airbus doit bénéficier du plan de soutien à la filière aéronautique (15 mds€) et du nouveau dispositif d’activité partielle de longue durée, qui permet aux entreprises des secteurs les plus touchés par la crise de bénéficier d’une aide financière de l’Etat pendant deux ans.

Une GPEC territoriale

En Occitanie, l’annonce a provoqué un vent de panique. En sus du siège d’Airbus (Blagnac) et de l’usine de production toulousaine, la région compte 800 entreprises sous-traitantes de l'aéronautique employant quelques 86 000 salariés. Du fait du dynamisme d’Airbus, le seul secteur de la métallurgie anticipait en début d’année entre 10 000 et 25 000 embauches en 2020. Alors pour cette région, qui a bâti une large partie de son développement économique et son attractivité sur l’aéronautique, la « facture sociale » de la crise présentée par Airbus est un vrai cataclysme. « Beaucoup d’entreprises sous-traitantes attendaient les annonces d’Airbus pour déclencher leur propre plan social. Et ils tombent les uns après les autres. On est particulièrement inquiets pour les petites entreprises en bout de chaîne qui vont passer sous les radars car elles ne bénéficieront pas des aides publiques ou n’auront pas les infrastructures nécessaires. Si on ne fait rien, ce sont des milliers d’emplois qui vont disparaître à très court terme », s’inquiète Isabelle Ricard, de l’union métaux CFDT Midi-Pyrénées.

Alors que la Région présentait le 3 juillet son plan de soutien exceptionnel pour la filière, doté de 100 millions d’euros pour la période 2020-2021, la CFDT demande la création d’une « GPEC en vue d’établir une cartographie des compétences à l’échelle territoriale. L’idée est évidement de sauver le maximum d’emplois possible en facilitant l’employabilité d’un site à l’autre et en favorisant la polyvalence. » Une autre demande serait que les aides à la recherche et à l’innovation ne soient pas accaparées par les donneurs d’ordre mais bénéficient également à l’ensemble des entreprises, avec un soutien pour les PME et TPE. La Direccte a appuyé en ce sens. "On souhaite vraiment que la Région associe les partenaires sociaux. Pendant toute la crise sanitaire, Etat et région ont échangé chaque semaine. Sans nous. L'heure est venue", estime la CFDT.

aballe@cfdt.fr