À Villiers-le-Bel, la CFDT prépare l’avenir des jeunes

Publié le 17/05/2016

L’équipe Interco-CFDT de Villiers-le-Bel veut faire mentir les clichés véhiculés sur la banlieue et s’engage en faveur de l’emploi des jeunes de la région.

Le cinéma le plus proche se trouve à Sarcelles, la patinoire est à Garges-lès-Gonesse… « À part le conservatoire, l’offre culturelle est à peu près inexistante à Villiers-le-Bel. Les gamins n’ont rien à faire. Ils ne partent même pas en classe verte, il n’y a pas assez de moyens », souligne Khalid Zougagh, secrétaire adjoint de la section Interco-CFDT de la ville. Les émeutes de novembre 2007, déclenchées à la suite du décès de deux adolescents circulant à moto-cross renversés par une voiture de police, ont marqué les esprits. Dix ans plus tard, les habitants se désolent de la persistance de cette mauvaise image. Pourtant, rien ne peut laisser supposer que Villiers-le-Bel, petite ville du Val-d’Oise aux nombreux espaces verts, ait été un symbole des violences qui se sont produites en banlieue. Sauf, peut-être, le commissariat, récemment construit, véritable bunker.

Des entreprises qui recrutent hors de Villiers-le-Bel

     


Action syndicale et développement
« Chez nous, le développement syndical, c’est tous les jours ! », lance Pierre-Luc, chargé de la syndicalisation. Les agents savent que chaque demande, si minime soit-elle, obtiendra une réponse rapide. Accompagner un agent à un rendez-vous avec le DRH pour une demande d’aménagement de poste dans le cadre d’un mi-temps thérapeutique, aider à la rédaction d’un courrier, conseiller un collègue en conflit avec un supérieur hiérarchique, c’est le quotidien des militants CFDT toujours joignables sur portable ou lors de la permanence du vendredi matin.

Se faire connaître
L’engagement de la section pour l’emploi des jeunes suppose de se faire connaître de tous les partenaires potentiels d’un forum de l’emploi. La CFDT tiendra un stand sur le prochain forum des associations organisé chaque année par la ville. Ce sera l’occasion d’entrer en contact avec les jeunes et les familles, mais aussi d’informer le réseau associatif de l’initiative CFDT.

Les RPS, nouveau champ d’action
Les risques psychosociaux, une délicate mission pour les élus du CHSCT. « On fait beaucoup de social, cela demande de la pédagogie et de la psychologie », affirme Laurence. Les problèmes soulevés par les agents sont souvent à la frontière entre vie privée et vie professionnelle – des situations de mal-être au travail, aux causes souvent complexes : relations conflictuelles, précarité, polyvalence accrue, au risque de perdre le sens de son identité professionnelle.

     

La politique de rénovation urbaine menée depuis 2006 a transformé la ville, mais les difficultés demeurent. « Beaucoup de choses ont été faites afin d’améliorer le bâti mais, au final, qu’a-t-on fait pour les gens ? », s’interroge Khalid. Dans cette ville à la population jeune, le chômage atteint 19,1 %, et jusqu’à 40 % des moins de 25 ans dans les quartiers les plus défavorisés. « Le taux de jeunes décrocheurs est supérieur à la moyenne nationale, ajoute le secrétaire adjoint de section. Les jeunes n’ont pas les bons réseaux, leurs CV ne passent pas auprès des employeurs, l’adresse leur fait peur. Certains d’entre eux sont diplômés, nous avons même à Villiers-le-Bel l’Institut des métiers de l’artisanat, dont sont issus des boulangers et des cuisiniers classés meilleurs apprentis de France. Mais ce n’est pas représentatif de la situation générale. » Villiers-le-Bel se heurte à un paradoxe : la ville compte plus d’emplois que d’actifs, sans que cela contribue à faire baisser le chômage puisque les entreprises recrutent à l’extérieur. Les militants d’Interco sont conscients des difficultés des jeunes, leurs collègues animateurs dans les trois maisons de quartier de Villiers-le-Bel s’en font l’écho. Aussi la section a-t-elle décidé de s’investir plus avant en organisant un forum de l’emploi dans leur ville à la rentrée 2016. À l’image de celui qui s’est tenu à Bagnolet en 2015, le forum de Villiers-le-Bel estampillé CFDT mettra en relation les jeunes de la région avec les entreprises en phase de recrutement.

« Ah bon, vous faites ça à la CFDT ? » C’est souvent la première réaction des interlocuteurs de Khalid, étonnés de cette initiative inhabituelle de la part d’une organisation syndicale… mais pas pour la CFDT. « En tant que syndicat, nous avons aussi un rôle à jouer dans la politique de la ville et dans l’accès à l’emploi », leur répond-il. Une fois que le choix de la ville de Villiers-le-Bel a été validé par l’Union régionale interprofessionnelle Île-de-France, qui pilote l’opération, la section s’est lancée dans la préparation de l’événement. Toutes les occasions de sensibiliser des employeurs potentiels, de les convaincre de participer au forum de l’emploi, sont bonnes à prendre. La zone aéroportuaire de Roissy, à une dizaine de kilomètres de Villiers-le-Bel, est le grand pôle pourvoyeur d’emplois du territoire. Khalid a rencontré les représentants du GIP (groupement d’intérêt public) Emploi Roissy CDG, qui associe l’État, la région Île-de-France, les départements de Seine-Saint-Denis et de Seine-et-Marne et des partenaires privés, dont le plus important est Aéroports de Paris (ADP). La mission du GIP est de mettre en adéquation les besoins en emploi des entreprises présentes sur la zone aéroportuaire et les ressources humaines à l’échelon local. Autre piste, le projet EuropaCity. Ce programme de grande ampleur, porté par Immochan, la branche immobilière du groupe Auchan, prévoit l’installation d’ici à 2025 d’un gigantesque centre commercial, culturel et de loisirs dans le triangle de Gonesse, à mi-distance entre Roissy et Le Bourget. Les promoteurs du projet, dans le souci d’éviter un phénomène de rejet comparable à celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ont pris la précaution d’organiser des débats publics dans les communes voisines. « J’ai pris part à la réunion publique de Villiers-le-Bel ; les représentants des grandes entreprises engagées dans le projet EuropaCity étaient là, je les ai invités à participer à notre forum de l’emploi, explique Khalid. En tant que citoyens, nous sommes méfiants vis-à-vis de ce projet qui va supprimer 1 000 hectares de terres agricoles, augmenter une pollution déjà élevée en raison de la présence de l’A1 et des deux aéroports, menacer le petit commerce… Mais si EuropaCity se concrétise, il y aura du travail à la clé, admet-il avec pragmatisme. Nous devons prévoir les choses en amont, nos jeunes doivent avoir accès à ces emplois, être formés à ces métiers. » Interpeller les patrons et les politiques est un travail de longue haleine dont les résultats ne sont pas immédiats. Ces contacts alimentent le carnet d’adresses des militants de l’Union régionale d’Île-de-France chargés de convier au prochain forum les entreprises et acteurs partenaires.

Une reconnaissance du travail accompli par la CFDT

Les Interco de Villiers-le-Bel vont dès la rentrée s’acquitter d’une tâche tout aussi indispensable à la réussite de l’événement. Il faudra informer les jeunes croisés au quotidien, les rencontrer à la sortie des établissements, dans leur quartier, les convaincre de venir au forum. La démarche ne va pas de soi pour beaucoup de ces jeunes découragés à la suite d’échecs ou de refus.

Engagée dans l’organisation de ce salon de l’emploi, l’équipe d’Interco n’en oublie évidemment pas sa mission première, la défense des agents. Ceux-ci ont d’ailleurs montré dans les urnes, aux élections professionnelles de 2014, une reconnaissance du travail accompli par la CFDT, en lui accordant 61 % des voix. « Notre travail de développement a payé, nous avons dans la section des agents de tous les services de la ville ; cela nous donne une forte légitimité et une bonne connaissance du terrain », explique le secrétaire adjoint. La campagne elle-même a débuté un an avant les élections. La mairie avait alors décidé d’appliquer la réforme des rythmes scolaires de façon anticipée, dans le cadre d’une expérimentation.

Agir sur les conditions de travail des agents

« Nous avons fait le tour des services pour expliquer la réforme et notre position, qui consistait à accompagner la collectivité sur ce dossier, indique Laurence. Le fait d’avoir parmi nos adhérents des professionnels de l’animation employés au service enfance de la ville nous a permis d’être force de proposition. » Aujourd’hui, la section est mobilisée sur un autre chantier. Le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) n’existe que depuis 2011 dans la fonction publique, où la dimension conditions de travail n’était pas prise en compte auparavant. « Comme dans toute collectivité, les problèmes relationnels ou de management génèrent des situations de souffrance au travail, parfois de harcèlement, analyse Laurence. Nous avons un énorme retard à rattraper par rapport au privé dans la prise en charge des risques psychosociaux. » Les élus CHSCT viennent tout juste de se former. Ils procèdent maintenant à un état des lieux service par service, en lien avec les ressources humaines, avant de se lancer dans cette nouvelle facette du dialogue social. Au contact du terrain, toujours.

mneltchaninoff@cfdt.fr

     


Repères

• Villiers-le-Bel est une commune d’environ 27 500 habitants située dans le département du Val-d’Oise, en Île-de-France.

• Avec 36,3 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, Villiers-le-Bel figure à la septième place des communes les plus pauvres de France. Son taux de chômage atteint 19,1 %. Les moins de 30 ans représentent 47,2 % de la population (contre 34,3 % pour l’ensemble des villes françaises).

• La CFDT compte 110 adhérents sur 600 agents municipaux