À Lille la section CDFT de Transpole roule pour tout le monde

Publié le 02/08/2018

Seule organisation syndicale à avoir progressé en nombre de voix aux dernières élections de Transpole, la section CFDT a également doublé le nombre de ses adhérents. Sa recette : changer l’image du syndicalisme dans son entreprise.

Être plus visible et plus facilement joignable, un facteur de développement pour la CFDT Transpole ? « Incontestablement », répond Anthony Kowalczuk, élu délégué syndical CFDT de Transpole depuis mai 2017.

Présente dans l’entreprise depuis vingt-huit ans, la CFDT avait perdu sa représentativité en 2009. Elle l’a retrouvée en 2013 avec 11 % des voix. En 2017, elle a doublé son nombre d’adhérents. Si elle reste troisième organisation syndicale, elle est la seule à progresser (14 %) tandis que FO n’est plus représentative et que Sud, qui totalise encore 20 % des voix, n’en recule pas moins de 10 points.

Pour la CFDT, le plus significatif à l’issue de ces élections est d’avoir réussi à s’implanter dans le premier collège (les ouvriers et les employés), dont elle était jusque-là absente. La section récolte les fruits d’un travail de proximité engagé depuis 2013 et a bénéficié d’un renouvellement générationnel au sein de son bureau : quatre jeunes militants travaillent en bonne intelligence avec quatre « anciens ». Ces derniers apportent leur connaissance des dossiers, des accords de branche… et des pièges à éviter. Les « nouveaux » ont décidé d’être plus présents sur le terrain en développant la communication à destination des adhérents pour faire connaître leur action. « La traversée du désert correspondant à la période 2009-2013 a été rude, se souvient Anthony. Dans un premier temps, nous avons cherché des militants disponibles dans toutes les unités, pour qu’ils nous représentent sur le terrain. » L’idée était de rencontrer les salariés avant ou après leur service dans les dépôts. Aux heures de pointe, près de 200 conducteurs sont présents en salle de service.

De l’individu au collectif

     

Combiner proximité et expérience
Les militants de la section CFDT Transpole se sont organisés afin d’être présents dans tous les dépôts et sites du réseau de transport de la métropole pour rencontrer les salariés avant ou après leur service. Ils consacrent autant de temps aux non adhérents. Une stratégie payante puisque la section a doublé le nombre de ses adhérents.

Communiquer mieux et plus
Réseaux sociaux, adresse mail, numéro de téléphone unique : la section a mis à contribution les quatre nouveaux militants qui ont rejoint le bureau depuis 2014 pour développer la communication et se faire connaître. Avec 14 sites sur un périmètre de 100 km et plus de 2 500 salariés, c’est devenu une pratique incontournable.

Montrer un front syndical uni et fort
Pour la première fois cette année, une intersyndicale a fait grève. La CFDT se réjouit de pouvoir montrer à la direction un front syndical fort et uni. D’autant que le contrat de délégation de service public de la métropole lilloise est en cours de renégociation et que les salariés ont intérêt à afficher leur détermination pour que leurs conditions de travail, très dégradées sur le réseau des bus notamment, s’améliorent.

     

Au début, Anthony y allait sur son temps libre, en tant que simple adhérent CFDT avec un pin’s sur sa veste. « Discuter, prendre des nouvelles, apporter des réponses dès que possible. Nous avons peu à peu construit une autre image que celle laissée par nos prédécesseurs. Nous voulions montrer que nous sommes là pour améliorer le travail, pas pour combattre les autres. Sur nos tracts, il n’y a pas un mot contre les autres organisations syndicales. Depuis quatre ans, nous avons défendu tout le monde. C’est notre marque de fabrique ! »

Devant composer avec 300 métiers différents, la section a prouvé qu’elle était capable de s’adapter au cas par cas et de gérer aussi bien des dossiers individuels que collectifs. « On s’efforce d’être justes, on ne vend pas du rêve », ajoute Fabrice Nam, également délégué syndical.

De fait, les militants s’emploient à résoudre des problèmes très divers : aider un salarié à se reloger après un divorce, un autre à récupérer ses points de permis (un accord de branche de 1993 stipule qu’en cas de retrait de points, l’employeur prend à sa charge une formation qui permet de les regagner) ; contacter les services sociaux pour renouveler une demande auprès de la maison départementale des personnes handicapées ; solliciter une aide exceptionnelle du comité d’entreprise dans un cas de surendettement ; obtenir le reclassement d’un salarié déclaré inapte par le médecin du travail…

Autre besoin identifié : beaucoup de salariés ont demandé à la CFDT de négocier un accord d’entreprise dans l’esprit de la « loi Mathys », de mai 2014, pour que les dons de RTT puissent être possibles entre collègues afin de soulager les aidants familiaux. « C’est en cours », précise Anthony.

Collectivement, la section a réussi à mobiliser un tiers des salariés derrière un front syndical uni : le 20 octobre dernier, pour la première fois depuis très longtemps, les conducteurs de bus se sont mis en grève en intersyndicale, emboîtant le pas au mouvement national du Syndicat national des transports urbains (SNTU) de la CFDT, qui demandait l’ouverture d’une négociation d’un accord de branche sur l’intéressement. « En pleine renégociation de son contrat de service public, la métropole doit comprendre qu’elle ne peut pas nous ignorer, déclare Anthony. Il fallait montrer que nous sommes déterminés, notamment face à des conditions de travail qui se sont dégradées. »

Les conditions de travail ont bien changé depuis quelques années, surtout pour le réseau de bus : les lignes ont été prolongées (les conducteurs effectuent 25 % de kilomètres supplémentaires), les couloirs de bus se sont multipliés, la vitesse commerciale a augmenté et les ralentisseurs sont beaucoup plus nombreux. La conséquence directe, c’est le mal de dos : sur certaines lignes, lorsqu’un conducteur effectue six fois un même trajet pendant son service, il peut rouler sur plus de 300 dos-d’âne dans la même journée.

Réduire l’absentéisme et freiner l’inaptitude

« Les sièges des bus ont été conçus pour des lignes plus courtes, des trajets de quarante minutes, et ne sont plus du tout adaptés à des parcours de deux heures », précise Christian Casier, délégué syndical CFDT. L’absentéisme touche en moyenne 12 % des salariés de l’entreprise, avec des taux records dans certains secteurs du réseau Transpole comme celui de Wattrelos, où il avoisine 20 %. Les lombalgies arrivent en tête des causes d’arrêts maladie, les risques psychosociaux en deuxième position car, poursuit Christian, « les outils numériques ajoutent du stress au travail. Tout est tracé, enregistré, et la moindre faute, le moindre incident, peut se retourner contre les salariés, qui sont de plus en plus victimes d’agressions physiques ou verbales. Enfin, les temps de récupération sont maintenant utilisés à des fins de régulation du trafic, il n’y a plus de pauses ». Les vingt minutes de pause réglementaires toutes les sept heures de conduite sont fractionnées en quatre fois cinq minutes pour régulation. Les conducteurs n’ont même plus le temps de manger.

Le nombre de CDI qui quittent l’entreprise pour inaptitude augmente chaque année. « Nous essayons de récupérer quelques-uns des postes que l’entreprise sous-traite afin de reclasser des salariés pour qu’ils restent plus longtemps en emploi, mais ce n’est pas facile », reconnaît Christian. Certes, l’employeur dispense des formations « gestes et postures » (comment bien se tenir sur son siège) ou « faire face à une situation d’urgence » (par exemple, que faire si on vous crache dessus…). Selon la CFDT, il faut aller beaucoup plus loin ! La section a donc réclamé, et obtenu, l’ouverture d’une négociation sur un accord qualité de vie au travail dans le cadre des négociations annuelles obligatoires qui vont commencer.

La pratique CFDT de la démocratie participative

« Au sein de la nouvelle section, nous avons privilégié la démocratie participative avec nos adhérents. Lorsque la direction nous fait une proposition, nous les consultons d’abord par mail avant de répondre, détaille Anthony. Un second mail est envoyé pour faire part de notre décision en mentionnant la position des adhérents qui ont répondu. »

La communication s’est également développée grâce au compte Facebook de la section et la création d’une adresse mail. D’ici à la fin de l’année, la section Transpole disposera également d’un numéro de téléphone unique, inspiré du dispositif « Réponses à la carte » de la CFDT. À tour de rôle, les quatre délégués syndicaux de la section en assureront la permanence. La section projette aussi l’organisation d’une réunion annuelle des adhérents avec un ordre du jour et une foire aux questions. « Mais notre meilleure publicité, ajoute Anthony, c’est celle que nous font tous ceux que nous avons aidés ! »

 cnillus@cfdt.fr

Photo © DR

       

Repères

• Transpole est l’un des plus importants réseaux de transports urbains en France : 205 millions de voyageurs par an, 87 communes desservies dans la métropole lilloise, soit un périmètre de 100 km parcourus par 65 lignes de bus, 2 lignes de métro et 2 lignes de tramway.

• Le réseau emploie 2 585 salariés en CDI, dont 1 300 conducteurs de bus.

• Aux élections de mai 2017, la CFDT a remporté 14 % des voix ; elle arrive derrière la CGT (37 %) et Sud (20 %).