A la Société des autoroutes Paris-Normandie, la CFDT ne laisse personne sur le bord de la route

Publié le 04/10/2016

Trouver des solutions pour accompagner les salariés privés d’emploi à la suite de la modernisation des péages ? La dynamique section CFDT de la Société des autoroutes Paris-Normandie relève le défi.

La Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN) exploite et entretient 380 kilomètres d’autoroutes à travers 22 sites répartis le long du tracé, entre barrières de péage, postes de contrôle et sites d’entretien. Sur l’axe Paris-Caen, qui dessert les côtes normandes dont sont friands les Franciliens en week-end, le flux varie de 40 000 véhicules par jour à 75 000 certains dimanches… Afin d’assurer la sécurité des automobilistes sur le réseau et l’encaissement aux péages, les salariés de SAPN effectuent des horaires en deux-huit ou trois-huit, incluant trois dimanches travaillés par mois, des astreintes et des horaires de nuit. Cette organisation concerne aussi bien les opérateurs des postes de contrôle, qui surveillent le trafic et transmettent les informations en temps réel aux radios, et les patrouilleurs, qui interviennent lors d’accidents, chutes d’objets, etc., que le personnel chargé de l’entretien de l’autoroute, des aires de repos et de services, ainsi que les « assistants clients péage » (le nouveau nom donné aux receveurs dans leurs cabines). Cette dernière catégorie de salariés est la plus impactée par l’automatisation des systèmes de péage, amorcée il y a une dizaine d’années avec la privatisation de SAPN. En 2006, le groupe Sanef, dont SAPN fait partie, a été vendu par l’État au concessionnaire espagnol Abertis moyennant la préservation des emplois en France. Si, pour le moment, Abertis tient parole, le plan de modernisation du réseau s’accélère.

Sauver l’emploi malgré l’automatisation

     

Veille juridique et action syndicale
Le syndicat CFDT de SAPN s’est abonné à des revues juridiques en ligne, qui sont celles qu’utilise la direction. Un moyen astucieux d’être informé, à partir des mêmes textes, sur l’actualité juridique et sociale. Marc Benier, délégué syndical, y puise un grand nombre d’idées pour porter ses revendications et les défendre.

Tous concernés
Lorsque les salariés sont sur plusieurs sites, comme c’est le cas ici, il est encore plus difficile de les fédérer. La section CFDT de SAPN le sait bien et essaie, dès qu’elle le peut, d’être interactive avec les salariés, comme elle l’a fait pour préparer la négociation de l’accord de gestion des emplois et des parcours professionnels sur les départs en préretraite. À la suite d’une enquête, elle a soumis à la direction ses propositions, chiffres à l’appui.

L’information, toujours
La section publie un très grand nombre de tracts, un petit journal, Voix express, et rédige autant de comptes rendus qu’il y a de réunions. Les tracts, jusqu’à quatre pages A4, sont distribués à tous les salariés, un par casier. Et ils sont lus car, au final, ce sont souvent les seules informations dont ils disposent sur les décisions prises par la direction !

     

« L’enjeu depuis dix ans est de trouver une issue pour ceux qui perdent leur emploi avec l’arrivée des télépéages », explique Marc Benier, délégué syndical de SAPN. Un enjeu de taille puisque, non seulement, à terme, la totalité des receveurs vont disparaître mais les infrastructures péagères elles-mêmes seront supprimées. Les sociétés autoroutières expérimentent actuellement, dans d’autres pays et avec succès, le Free Flow (système de péage en flux libre) : plus de cabines ni de barrières mais un simple portique surplombant l’autoroute. L’automobiliste muni d’un badge pourra payer sans même ralentir. « Moins de bouchons, mais moins d’emplois », souligne Marc Benier : « Cette automatisation est notre épée de Damoclès. Pourtant, elle est incontournable. Nous sommes lucides sur une fonction qui doit nécessairement se transformer dans l’intérêt même des salariés, dont les conditions de travail sont peu enviables : qualité de l’air, bruit, horaires, salaires, tout plaide pour que ce métier disparaisse. Le problème, c’est de pouvoir reclasser tout le monde. »

La section CFDT-SAPN a décidé de prendre le taureau par les cornes en insufflant une stratégie en vue d’accompagner ces évolutions. « La seule contrainte légale de la direction était d’ouvrir la négociation sur la GEPP [gestion des emplois et des parcours professionnels, issue de la loi Rebsamen]. Elle n’avait pas d’obligation de résultat. C’est pourquoi nous avons décidé d’impulser nous-mêmes le changement en venant dès le premier jour de la négociation avec des propositions concrètes », poursuit Marc Benier. Pari gagnant : après plusieurs mois de négociation, un accord de GEPP offrant un dispositif d’accompagnement des fins de carrière beaucoup plus avantageux que le précédent a été signé en mai dernier.

Travailler avec l’appui des salariés

Si elle est deuxième organisation syndicale en nombre de voix, la CFDT se distingue dans l’entreprise comme première force de proposition. Née en 1999 à l’occasion du passage aux 35 heures, qu’elle a défendues bec et ongles afin de signer l’accord le mieux-disant en faveur des salariés, la section compte depuis sa création une dizaine de militants et s’est rapidement démarquée des autres syndicats en mettant systématiquement sur la table de réunion des dossiers complets et argumentés. Concernant l’accord GEPP, elle a ainsi commencé à travailler dès 2015, bien en amont des discussions avec la direction.

« Notre première piste de travail, compte tenu de la pénibilité de nombreux postes, a été de faciliter le départ des salariés qui se trouvaient proches de l’âge de la retraite », explique Marc Benier. À cette fin, la section a effectué un sondage auprès des salariés. Avec un bulletin « Pour ou contre une retraite anticipée chez SAPN » et des urnes « fabrication maison » à partir des caisses des receveurs qui n’étaient plus en service, les militants ont fait voter les salariés des 22 sites afin d’obtenir une photographie précise des souhaits des uns et des autres. Au total, 221 salariés sur 590 ont répondu favorablement, un résultat qui a incité la direction à plancher sur le volet préretraite du futur accord.

Un accord avantageux étendu au groupe

En vigueur depuis l’été 2016, l’accord de GEPP (signé par la CFDT, la CGT, la CFE-CGC et l’Unsa) permet des départs anticipés dans de bien meilleures conditions que celles prévues par la convention collective. Dorénavant, les salariés postés, soumis à des astreintes ou ayant travaillé de nuit pourront partir douze mois avant l’âge légal de la retraite. Les autres catégories de personnel pourront le faire six mois avant.

Tous percevront 70 % de leur salaire brut de référence pendant leur préretraite, continueront à bénéficier du régime de santé et de prévoyance de la société, de la cotisation patronale relative à la retraite à hauteur de 100 %, des avantages du comité d’entreprise ainsi que du badge Liber-t Loisirs leur permettant de circuler librement sur les autoroutes de France jusqu’à un montant de 400 euros.
Quant à ceux qui n’auraient pas suffisamment de trimestres, la direction accepte de racheter jusqu’à six trimestres pour les salariés postés et quatre trimestres pour les autres.

Tous les agents bénéficieront d’une prime de départ abondée de 40 %. L’accord prévoit aussi pour les plus de 58 ans un accompagnement gratuit par un prestataire spécialisé, afin de reconstituer leur carrière et d’engager les démarches administratives associées (rachat de trimestres, simulations de pension de retraite, etc.). De plus, une formation « Préparer son départ à la retraite » peut être demandée par tous les salariés de 55 ans et plus. « Au final, la SAPN est la seule à avoir de telles mesures pour la fin de carrière dans le milieu autoroutier ! », se réjouissent les militants CFDT. D’autant que cet accord va être étendu au groupe et impacter tous les salariés (3 000 bénéficiaires).

Favoriser une mobilité devenue incontournable

La démarche de l’équipe CFDT consiste aussi à travailler sur le maintien dans l’emploi. La section a donc réfléchi à des évolutions possibles du métier d’« assistant client péage » et a suivi la direction sur un projet de formation destiné à créer des postes d’« intervenants » : les receveurs, à l’issue de cette formation, sont capables d’assurer l’entretien des machines qui vont les remplacer et acquièrent le niveau d’agent de maîtrise. À SAPN, 19 opérateurs de péage ont déjà pu bénéficier du dispositif, ce que Marc Benier appelle « l’automatisation positive » puisque tout le monde y trouve son compte. Mais il n’y a pas de place pour tous. « Notre défi lors des trois années à venir est de tout mettre en œuvre pour que les salariés puissent évoluer vers des métiers stables ou laissés vacants par les départs en préretraite », insiste Audrey Bouvier, déléguée syndicale de SAPN.

Parallèlement, l’équipe CFDT a réclamé l’ouverture de discussions sur un accord qualité de vie au travail. Là encore, plusieurs points sont déjà à l’ordre du jour, dont le télétravail, l’indemnisation de certains déplacements, la mise en place d’un système de visioconférence ou l’aménagement des plannings offrant une meilleure visibilité à six semaines. « Ce qui compte pour nous, conclut Marc Benier, c’est de pallier les manques de notre convention de branche, qui n’est qu’une coquille vide, grâce aux accords que nous signons. » Et, dans l’immédiat, l’objectif pour les militants de SAPN est, bien entendu, d’arriver en tête du scrutin aux élections de janvier 2017.

cnillus@cfdt.fr

     

Repères

• La Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN) est une filiale du groupe Sanef-Abertis, qui emploie 3 000 personnes, gère les sociétés d’autoroutes de Normandie, du nord et de l’est de la France (2 063 kilomètres) et a réalisé un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2015. 590 salariés travaillent chez SAPN sur un réseau de 380 kilomètres qui compte 22 sites.

• En 2012, la CFDT a obtenu 31,95 % des voix, derrière FO (34,85 %) mais a pris 8 % à la CGT, troisième avec 21,16 %. L’Unsa Autoroutes pèse 12,03 %. Avec 90 adhérents, la CFDT espère devenir première organisation syndicale lors des élections de janvier 2017.